«La pauvreté dans l’abondance» menace le nouveau capitalisme

La révolution des nouvelles technologies de l’information et l’ouverture du commerce mondial à des pays aussi énormes que l’Inde et la Chine ont entraîné, dans les vingt- cinq dernières années, une expansion mondiale extraordinaire dont la classe moyenne a peu profité. Ses conditions de vie et de travail ont en effet enregistré dans les pays développés une dégradation flagrante et incessante, qu’elle supporte de moins en moins. 

Parallèlement, l’instabilité endémique inflationniste antérieure de nos systèmes a laissé place à une instabilité financière « non inflationniste » bien plus redoutable. Les bulles se succèdent de façon totale- ment « atypique », défiant, par leur durée de plusieurs années, les lois et la rationalité de l’économie classique et de la finance. Leur éclatement inévitable provoque des crises de plus en plus menaçantes pour la survie du capitalisme. 

La solution proposée par les autorités pour y faire face apparaît aussi surprenante qu’explosive. Afin d’éviter toute chute des marchés, les banques centrales achètent des actifs financiers à tour de bras. Ce faisant, elles soutiennent le gonflement des bulles, aggravant ce « paradoxe de la pauvreté dans l’abondance ». Car, si les détenteurs de hauts patrimoines en bénéficient énormément, la classe moyenne subit les affres des bulles immobilières qui l’écartent toujours plus de l’accession à la propriété. Les politiques monétaires menées aujourd’hui renforcent inévitablement la rancœur grandissante des salariés de la classe moyenne vis-à-vis d’un système de plus en plus injuste qui les appauvrit et qui ne semble qu’enrichir les plus riches. Les États tentent de colmater cet appauvrissement par des aides publiques qui, initialement provisoires, deviennent durables, faisant d’ailleurs exploser la dette publique. 

L’instabilité de nos systèmes économiques provient du développement d’une forme nocive de monnaie. 

Cette fuite en avant n’a aucune issue heureuse perceptible, ni socialement ni politiquement. En reniant les valeurs du libéralisme, fondé sur le juste prix notamment de tout actif patrimonial, sur le partage équitable des richesses et la maîtrise des dépenses publiques, les autorités offrent aujourd’hui un ersatz de libéralisme. Comment peuvent-elles alors continuer à demander aux peuples de croire au libéralisme quand elles-mêmes y ont renoncé ? Le dépeuple- ment inexorable du centre politique au profit des extrêmes n’est qu’une conséquence de ce libéralisme à la dérive qui a perdu repères et valeurs. 

Pour autant, les gouvernements n’en sont pas seuls responsables : ils sont tributaires des carences de la théorie économique. Ce tohu-bohu économique, financier, social et politique est en effet à l’image du désarroi actuel des économistes pour expliquer ce que nous observons. Selon la théorie économique, la liberté des marchés devrait conduire au meilleur des mondes, où chacun des éléments de la force de travail serait utilisé et rétribué à hauteur de sa contribution à la production. Pourtant, la crise des années 1930 avait déjà balayé toutes ces certitudes, la « main invisible du libéralisme » ayant à cette époque conduit à un désastre : la guerre. Keynes avait alors érigé une « nouvelle théorie » qui s’opposait à la théorie néoclassique, fondement de la pensée libérale. Sa vision totalement novatrice est aujourd’hui la seule qui permette de comprendre comment le libéralisme peut mener aux plus grandes catastrophes sociales et économiques. Selon Keynes, la faute en incombe aux marchés financiers, et plus particulièrement à l’incertitude et à l’irrationalité à l’origine de tout krach, cause potentielle de toute dépression. Et afin d’éviter que l’esprit animal de l’homme ne s’exprime et ne cause un krach dépressif, les banques centrales ont trouvé la parade : la politique monétaire quantitative qui, par les achats d’actifs, dresse un filet de sécurité à la chute des marchés. Les banquiers centraux sont-ils devenus keynésiens sans l’avouer ? Ont-ils oublié que la théorie keynésienne a été contredite par les faits économiques pendant toute la seconde moitié du xxe siècle, et balayée dans les années 1970 par le monétarisme, incarné par Friedman et fondement des politiques monétaires modernes ? 

L’économie patrimoniale apporte une toute nouvelle grille de lecture. Tout en mettant en exergue le nouveau régime non classique dans lequel nous évoluons aujourd’hui et qui explique tous les mécanismes atypiques de nos économies, elle partage avec l’économie classique le constat selon lequel l’instabilité de nos systèmes économiques provient du développement d’une forme nocive de monnaie, que l’on doit savoir réguler si on veut éviter la grande crise. Dans le régime classique, il s’agit de la monnaie de transaction que l’on régule par la politique monétaire des taux d’intérêt. Dans le nouveau régime non classique, il s’agit de la monnaie patrimoniale dont la régulation échoit à l’État, et non aux banques centrales. Écarté de toute régulation dans le régime classique, l’État retrouve son statut fondamental de régulateur dans le régime non classique qui ne consiste pas en une relance des dépenses publiques, recette keynésienne face à la dépression. Contrairement à la théorie de Keynes, qui porte sur un système qui échappe à l’homme, l’économie patrimoniale redonne un rôle central à « l’homme éclairé », dont l’action corrigera ce « paradoxe de la pauvreté dans l’abondance », qui n’est pas une fatalité du libéralisme. 

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