Surf

François Thomazeau

D’abord il y a la mer
Et tout ce qu’elle prétend Apaisante, éphémère
Elle prend tout son temps
Pour ronger de caresses
Les falaises, les dunes,
Les terres qui disparaissent, Les îles et les lagunes.
En face, il y a toi,
Qui te donnes en pâture
Au mercure dur et froid,
À sa douce morsure.
D’abord elle te méprise
Ne te reconnaît pas,
Une chétive prise
Pour un maigre repas.
C’est le retour au ventre
Le retour à la mère
Le long voyage au centre
De l’univers.
Déjà elle t’enlace,
T’ensevelit,
Elle t’attire dans la nasse
De son corps, de son lit.
Et voilà, tu t’y vautres,
Et tu t’y abandonnes,
L’enfer n’est pas un autre
Il est à qui se donne.
Tu la sens qui s’anime, S’interroge,
Doute, pusillanime,
Joue l’horloge.
Comment va-t-elle te fendre, T’apeurer,
Te happer, te pourfendre, T’écœurer ?
Tu sens monter en douce,
Les remous de ses tripes,
La houle, la secousse,
Une main qui t’agrippe.
Elle se dresse soudain,
Comme la lourde cape
D’un magicien,
Elle est force et attrape,
Elle te tient.
C’est lorsqu’elle te bouscule Qu’elle t’affole,
Que soudain tu bascules
Tu t’envoles.
Elle qui pensait te prendre,
Te faucher,
Soudain sans rien comprendre, La voilà chevauchée.
Tu files, tu lui échappes,
Tu glisses entre ses doigts.
Tu te dresses sur la nappe,
Tu t’enfuis par les toits.
Elle te porte en elle
Comme un enfant
Et elle rejoint le ciel
En enflant.
Elle a fait de ton corps
Un nuage,
Qu’elle dépose à remords
Sur la plage. 

—François Thomazeau

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