L’énigme du petit barreur des Jeux de Paris
L’énigme du petit barreur des Jeux de Paris

L’énigme du petit barreur des Jeux de Paris

Sauveur Merlan

Sur la photo, encadré par deux solides gaillards, les rameurs néerlandais François Brandt et Roelof Klein, le bambin, coiffé d’une casquette, a le regard sombre et sévère. Pour les historiens de l’Olympisme et de l’aviron, ce jeune garçon, barreur du deux barré hollandais vainqueur des Jeux de Paris en 1900, est sans doute le plus jeune médaillé d’or de l’histoire olympique. Il a environ huit ans, mais personne ne sait vraiment qui il est, et son identité est devenue l’une des grandes énigmes des J.O.. Voilà plusieurs décennies que les historiens de l’Olympisme planchent sur la question. Sans succès. Cette photo, unique trace de ce champion d’un jour, a été exhumée dans les années 1960 par l’historien néerlandais Anthony Bijkerk, qui a par la suite interrogé les familles des deux premiers champions olympiques de son pays, sans parvenir à percer le mystère. Il n’était pas rare à l’époque de prendre pour barreur un enfant afin de réduire le poids de l’embarcation. C’est ainsi que le plus jeune médaillé olympique français est également un barreur, Noël Vandernotte, qui enleva deux médailles aux Jeux de Berlin en 1936 à l’âge de 14 ans sur le bateau de ses oncles. En 1900, il semblerait que Brandt et Klein, qui avaient disputé les séries de l’épreuve avec un équipier plus âgé et plus lourd, du nom d’Hermanus Brockmann, aient choisi un gamin dans le public pour augmenter leurs chances de succès.

À l’été 2016, une nouvelle hypothèse a vu le jour lorsque l’historien Paata Natsvlishvili a prétendu avoir identifié le garçon. Il s’agirait selon lui d’un Géorgien du nom de Giorgi Nikoladze, grand amateur de sport et de canotage, et qui se trouvait en vacances à Paris en 1900. Mais les photos fournies par ce chercheur n’ont pas convaincu les sceptiques. Le mystère reste entier. Pour l’heure, le plus jeune médaillé olympique avéré demeure le gymnaste grec Dimitrios Loundras, membre de l’équipe de barres parallèles qui termina troisième aux Jeux d’Athènes en 1896, à l’âge de 10 ans et 218 jours. Si son identité est un jour élucidée, le barreur inconnu ne pourra même pas être considéré comme le plus jeune médaillé : en 1900, Brandt et Klein n’avaient pas reçu de médaille, mais une statue de bronze représentant une chanteuse.

Cette anecdote est révélatrice du degré d’amateurisme des Jeux à cette époque. Les épreuves se déroulèrent sur une période de cinq mois, en marge de l’Exposition universelle, qui était alors la grande affaire des autorités, et de nombreux participants n’avaient pas conscience de participer aux Jeux olympiques. Le programme, conçu par les commissaires de l’Exposition universelle, et non par Pierre de Coubertin, incluait des concours de course en sac et de pêche à la ligne. Sacrilège plus grave encore pour le rénovateur des Jeux, les femmes y étaient admises, de même que les professionnels, puisque des primes en argent étaient prévues. Les premières Olympiennes furent des joueuses de croquet, un sport à recommander aux femmes si l’on en croit le rapport officiel : « On aurait tort de dédaigner le croquet. Il développe l’esprit de combinaison, on l’a vu transformer des jeunes filles chicanières en raisonneuses et des raisonneuses en raisonnables. » Ce tournoi de croquet féminin n’attira cependant qu’un seul spectateur payant. Le tournoi de golf fut lui aussi plus folklorique que sportif. Organisé à Compiègne par le maire de la ville, il réunit une trentaine de concurrents et un public fervent issu de la bonne société locale. Le titre féminin fut remporté par Margaret Abbott, une riche héritière de Chicago, venue en France avec sa mère pour étudier aux Beaux-Arts. Elle disparut en 1955 en ignorant qu’elle était la première championne olympique des États-Unis !

Pierre de Coubertin, qui avait souhaité coupler les Jeux à l’Exposition universelle pour leur offrir une meilleure visibilité, fut contraint de reconnaître son échec : « C’est un miracle que l’olympisme ait pu survivre à cette célébration. » 

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