Buren fait son cirque

Philipe de Boucaud

ART

Peu prophète en son pays avant que ses colonnes zébrées n’envahissent la cour cardinalice du Palais Royal parisien, Daniel Buren était pourtant déjà l’artiste français le plus exposé à l’étranger (Lion d’Or, biennale de Venise 1986). Ses « Deux Plateaux » ont été la seconde secousse du séisme politico-culturel initié par la pyramide de Peï (1985-1989) au cœur du palais du Louvre, dans la perspective des Tuileries. Le président Mitterrand était décidé à bousculer les Français, quitte à ce que les jardins de Victor Louis
soient déclassés.

Après avoir conquis le monde, Buren et sa rayure monochrome de 8,7 cm, représentant l’espace idéal longitudinal, allaient séduire la France. Au-delà de travaux classiques, comme la verrière du jardin d’hiver de l’hôtel d’Évreux (palais de l’Élysée) ou l’Observatoire de la lumière à la fondation Louis Vuitton (2016), il s’est aussi attelé à des projets aussi baroques que pédagogiques, comme une boîte collector de la Vache qui rit, la « mise en formes et en couleurs » de « L’Histoire de Babar, le petit éléphant » pour le Théâtre du Jardin d’Acclimatation (2008) ou encore l’installation « Excentrique(s) » au Grand Palais en 2016. Il n’en délaisse pas pour autant l’étranger : à l’occasion de l’inauguration du Centre Pompidou de Malaga en 2015, il réalise in situ « ncubé », une sculpture géométrique et multicolore. Et, jusqu’au 29 janvier prochain, le musée d’art de Daegu, en Corée, lui consacre une immense rétrospective.

Son étroite collaboration entamée avec le galeriste parisien Kamel Mennur en 2007, ne l’empêche pas de développer d’autres projets avec des marchands aussi bariolés que lui. Début septembre 2022, Arnaud Faure Beaulieu a par exemple inauguré sa nouvelle adresse luxembourgeoise avec l’exposition « Ah ! les belles Italiennes ». Si Buren entretenait de bonnes relations avec Enrico Lunghi, directeur du musée d’Art moderne  du Luxembourg, il n’était pas encore représenté au Grand-Duché. La complicité avec Arnaud Faure Beaulieu fut immédiate. Ce dernier proposa d’y monter une exposition et Daniel eut l’idée de travailler sur une nouvelle thématique, les tubes en volume. L’artiste français était fier de montrer ses œuvres, hauts-reliefs constitués de tubes carrés en acier, non fermés et sans bouchons aux extrémités, peints et accrochés au mur. Les tubes au nombre variable (3, 5, 9 et plus) sont tous présentés « collés » les uns aux autres avec cette alternance de peinture colorée monochrome/ blanche/monochrome à nouveau, donnant à l’œuvre un aspect monolithique. Les peintures ont été choisies parmi les nuanciers d’automobiles italiennes : Lamborghini, Fiat, Maserati ou encore Ferrari.

Son étroite collaboration entamée avec le galeriste parisien Kamel Mennour en 2007, ne l’empêche pas de développer d’autres projets avec des marchands aussi bariolés que lui.

Buren aime s’amuser et il est bon camarade. Fidèle en amitié, il renoue avec Claude Mollard, directeur de l’Action culturelle pendant la période Jack Lang, avec qui il avait planifié la mise à mort du parking hideux occupé par les fonctionnaires au Palais-Royal. La complicité des deux maîtres ne s’est jamais démentie, qui s’est déployée cet automne à Paris sur le parvis de l’Institut du Monde Arabe (IMA), où il a posé le chapiteau du cirque Buren. Pendant trois week-ends consécutifs, l’IMA a présenté le spectacle « Rotation » du Burencirque, imaginé par le plasticien et deux pionniers du cirque contemporain, Dan et Fabien Demuynck. 

Devenu artiste à son tour, Claude Mollard commente plus sobrement :  « On est différents mais on est pareils ». Reste que  la confrontation du cirque et de la façade de l’IMA par Jean Nouvel avait du sens, enjoignant le dialogue entre deux artistes français majeurs à résonance internationale en un lieu non moins emblématique.

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