Révolution sexuelle

Omar Youssef Souleimane

Inlassablement, la même scène m’obsède. Pour moi, le temps s’est arrêté au soir du 18 avril 2011. Ce jour-là, la foule occupe tout l’espace autour de la nouvelle horloge, dans le centre-ville de Homs. Des militants se tenant par la main forment une chaîne humaine autour des manifestants. Ils fouillent tous ceux qui arrivent afin de s’assurer que personne ne porte d’armes. Je scrute les visages, vivants, pleins d’espérance. Les bouteilles d’eau passent de main en main. Des familles entières sont allongées sur les pelouses du jardin Dababir, entre la place et le cinéma Al Amir. Des jeunes se relaient pour porter les banderoles et les drapeaux. La foule manifeste sa joie : « Liberté, liberté. Musulmans et chrétiens. » C’était un mois après le début de la révolution syrienne. À cette époque, la propagande du régime présentait les opposants comme des islamistes armés alors que nous manifestions pacifiquement, ivres de tolérance et de liberté. Le slogan « Le peuple veut la chute du régime » n’était pas encore très répandu, ce n’est que par la suite qu’il fut lancé et repris par les rebelles.

Ce 18 avril, la ville est en effervescence, elle enterre les victimes tombées la veille, sept participants à un grand rassemblement assassinés par le régime de Bachar al-Asad. Partie du cimetière, la foule s’est dirigée vers la place de l’Horloge. Malgré le danger, le peuple est résolu à affronter le pouvoir fasciste. Nous sommes enthousiastes, décidés à poursuivre le mouvement jusqu’à la victoire. Après tout, des soulèvements populaires avaient déjà réussi à dégager les dictateurs dans d’autres pays, en Tunisie, en Égypte. Pourquoi ce printemps arabe ne triompherait-il pas chez nous, en Syrie ?

Je me lève pour me servir un verre d’eau. Le bruit du robinet rompt le silence effrayant de la nuit. La cuisine résonne de ma solitude. Une série d’images envahit ma mémoire : l’écho des slogans ébranle le ciel, un festival sans fin. De temps en temps, on se tourne vers la place de la vieille horloge où les forces de répression se rassemblent. Je lis les réactions à la manifestation sur Facebook. Soudain la communication s’interrompt. La police projette-t-elle de nous attaquer ? Pour certains, le régime a donné jusqu’au matin aux gens pour se disperser, d’autres affirment qu’il n’aura pas le courage de tuer qui que ce soit : nous sommes très nombreux, plus de cent mille.

Je m’éloigne pour tenter de reprendre mes esprits. Je marche le long des boutiques fermées. Devant la vieille horloge, une mitrailleuse lourde posée sur des sacs de sable est dirigée vers les manifestants. J’ai mal aux genoux après être resté si longtemps debout. Je me dirige vers la maison de mes grands-parents dans la vieille ville. Ma mère et mes frères veulent aller manifester le lendemain. Ils me demandent de tout raconter de ce qui se passe là-bas, mais je suis trop fatigué pour répondre. Je monte dans ma chambre, pose mes lunettes à côté de l’oreiller et m’abîme dans la contemplation du plafond : l’image de cette foule rassemblée sur la place m’obsède. À 1h45 du matin, quand je ferme enfin les yeux, le massacre commence.

Devant la maison, un voisin, qui a participé à la guerre d’octobre 1973 contre Israël, nous dit que jamais il n’a entendu de tirs aussi fournis. Que devons-nous faire ? Mon petit frère regarde par la fenêtre, mort de peur. Quelques hommes se tiennent debout, immobiles, dans la rue. Si l’un d’entre nous se risquait à regarder en direction de la route menant vers la nouvelle horloge, il pourrait recevoir un projectile. Venu de la place, un jeune se dirige vers nous : « Des gens sont tués, massacrés, venez. » Puis il s’en va.

Je rapproche le verre du lavabo, il tombe sur le sol. Je ramasse les morceaux, une petite coupure apparaît sur un doigt. Je la recouvre d’un mouchoir, la tache de sang s’étend, petit à petit. Je pense à un autre mouchoir, tendu sur ma bouche par ma mère, afin que la sécurité ne me reconnaisse pas. Au lieu de cela, j’ai essuyé la sueur de mon front et le lui ai redonné. C’est alors que j’ai appelé la BBC avec mon propre portable. Je n’aurais jamais dû faire cela, je vais être tout de suite repéré par les services de renseignement, mais vu l’horreur de la situation, je ne me contrôle plus. Le journaliste me demande ce qui se passe, je lève mon mobile au-dessus de ma tête : « Vous entendez les tirs ? Des centaines de civils sont assassinés en ce moment et personne ne les protège. »

Un groupe arrive d’une ruelle proche, l’un d’entre eux tient un pistolet qu’il agite devant lui. Il pleure. Il crie. « À la manifestation, les jeunes ! » « Nous n’avons pas d’armes », lui répond un autre. Nous étions comme des oiseaux aux ailes brisées entourés par une meute de loups. Angoissé, stressé, j’allais et venais dans la rue.

À 3h du matin, les tirs ont cessé. Nous sommes rentrés chez nous, avons fermé la porte de l’immeuble avec une grande plaque de métal et renforcé les fenêtres avec ce que nous avions sous la main : planches de bois, sacs remplis de vêtements. Chacun assurait l’autre que tout allait bien se terminer. Nous savions tous qu’il n’en était rien.

À ce jour, le nombre des victimes de cette nuit tragique n’est toujours pas connu. À 5 h, alors que la foule s’était dispersée, les cadavres ont été ramassés par un bulldozer et jetés dans de grands camions, emportés vers des destinations inconnues. Les membres des forces de sécurité ont nettoyé le sang répandu sur le sol avec des lances de pompiers. C’est ce que dirent des témoins qui avaient tout vu depuis leur fenêtre. C’est aussi ce que déclara un soldat qui avait participé à l’opération avant de déserter et de s’enfuir au Liban. Il affirma que le massacre avait été commis par les services de renseignement de l’armée de l’air dirigés par Hafez Makhlouf, un cousin de Bachar al-Asad.

Le lendemain, j’ai reçu plusieurs messages de militants. Ils avaient entendu mon témoignage sur la BBC. Ils m’ont alerté : on allait venir m’arrêter, il était urgent que je m’échappe. À l’époque, pour éviter les ennuis, il suffisait de s’éloigner quelque temps en se rendant à une adresse inconnue de la police. Je me suis installé dans la banlieue de Homs, où ma mère possédait un appartement. Elle le louait en été aux touristes et, le reste du temps, il restait vide. Bien avant la révolution, je m’y réfugiais régulièrement, pendant des jours, pour m’isoler, être au calme. Là, je pouvais écrire et lire. C’était mon propre monastère ; cinq pièces au quatrième étage, des couloirs larges, un plafond marron, des canapés bleu foncé. Le logement donne sur un espace vert, des lumières brillent au loin, celles des voitures. D’une fenêtre, j’observais les passants en contrebas, durant de longues heures, comme si je regardais un film réaliste, celui de la vie.

La tache de sang sur le mouchoir a cessé de s’élargir. Je regarde à nouveau dehors. Pas de lumière, ni de mouvement dans les rues. Depuis le massacre, personne ne sort plus une fois le soleil couché. Cadre déserté du spectacle donné par les assassins, la ville se vide. Les voitures de la gendarmerie et de l’armée circulent partout. Ils arrêtent les rares passants, les frappent ; des échanges de tirs déchirent régulièrement ce silence de tombeau. Je verrouille la porte d’entrée. Je n’attends personne. Mes seuls visiteurs possibles sont les flics.

Trouver l’inspiration pour écrire n’a pas été l’unique raison pour laquelle je venais ici. Un autre désir se manifestait : vivre mes premières aventures sensuelles. La plus remarquable se déroula avec une étudiante de l’université de Homs, Imane – « croyance » en arabe. Son nom lui ressemble, mais pas dans le contexte religieux : si Imane croit, c’est en la révolution contre tous les tabous. Pour elle, être rebelle, c’est avant tout gagner sa liberté individuelle. On s’était rencontrés lors d’un cours à la fac, peu avant Noël. Homs baignait dans l’ambiance chaleureuse des fêtes, les sapins remplissaient la rue Hadhara – « civilisation » – dans la nouvelle ville. On se moquait ensemble de la manière dont les professeurs enseignaient : ils entraient dans la salle, nous lisaient des textes, et on devait se contenter de noter ce qu’ils disaient. Je lui ai proposé de se revoir ailleurs, dans le jardin de l’université. C’était un endroit discret, caché derrière les bâtiments administratifs. J’avais pris sa main, et on s’était embrassés à l’abri des regards, conscients d’enfreindre les règles de la société syrienne. Les jours suivants, nous avons continué à nous voir, nous dissimulant ici ou là, mal à l’aise. À la veille des vacances, avant qu’elle ne parte dans sa famille sur la côte méditerranéenne, je lui ai suggéré de venir chez moi, dans l’appartement de ma mère. Je suis monté avant elle afin que les voisins ne nous voient pas ; ils peuvent appeler la police et porter plainte pour « comportement offensant la morale publique ». Malgré cela, on l’a fait. Et on a fêté Noël à notre propre manière. Douces, discrètes, les lumières de la rue parvenaient jusqu’à nous malgré les rideaux tirés. On échangeait sur toutes sortes de sujets, autour d’un verre de vin rouge. Et on s’embrassait. Nos deux corps se mélangeaient, nus, comme les branches du quinquina qui atteignaient le balcon, c’était notre propre sapin. Elle répétait une chanson de Noël « C’est la nuit de la fête, les décorations, les gens, le son des cloches résonne au loin… » J’étais fasciné par sa voix, ses paupières qui clignaient lorsqu’elle riait, ses discours sur la révolution, le quotidien, la cuisine. Sa curiosité, sa simplicité, sa tendresse, tout en elle me touchait, me séduisait. Bref, j’étais amoureux.

À ce jour, le nombre des victimes de cette nuit tragique n’est toujours pas connu.

Je me dirige vers la chambre à coucher. Depuis des jours, c’est là que je passe le plus clair de mon temps. Le matin, je traîne au lit. Quand je finis par me lever, muscles bloqués, je prépare mon café et m’assois sur le canapé pour consulter les réseaux sociaux. Les manifestations s’étendent. Toutes les heures, un nouvel événement se produit. Dans le sud, à Deraa, les opposants continuent d’occuper les places. Un peu partout, de petites villes sont complètement libérées de la police. Ailleurs, des victimes tombent. À Hama, la vieille ville accueille, tous les jours, des centaines de milliers de rebelles. À Damas, la capitale, des quartiers entiers reprennent les slogans de la révolution qui demandent la chute du régime et le départ d’Asad. Toute l’après-midi, je brûle d’utiliser mon portable, mais je ne le fais pas, mon numéro étant sans doute connu des services de renseignement. Dès que je mets la batterie, ils peuvent me localiser. Entre chien et loup, je commence à penser à Imane ; c’était dans ces mêmes pièces que nous refaisions le monde, au rythme de notre désir. Je m’abandonne à une rêverie, revis un moment intime, un soir où, légèrement ivre, je m’étais mis à danser. Imane riait de me voir onduler maladroitement, mais cela lui plaisait, elle me demandait de continuer.

Imane sait que je suis dans cet appartement. Nous avions un code. Si elle recevait ce message : « je vais cuisiner un grand plat », cela signifiait que j’allais me cacher ici. C’est le dernier SMS que j’ai envoyé en partant, juste avant d’éteindre mon portable. Je ne sais pas si elle a répondu. Tout le jour, j’essaie d’arrêter d’y penser, repars à la chasse aux informations. Mais dès que le soir tombe, son image me hante. Avec Imane, j’ai découvert mon corps, ses désirs et ses exigences. Il a soif d’elle. Or il est impossible qu’elle vienne : elle loge à la cité universitaire, de l’autre côté de la ville. Entre elle et moi, des checkpoints, des soldats, des combats… Je le sais, j’essaie de me raisonner, mais j’ai besoin d’elle, de sentir son odeur de printemps. J’ai envie de douceur, de fleurs, de prendre un bain, d’être en terrasse. Toutes choses insignifiantes qui deviennent essentielles en ces temps cruels qui nous font ressentir la fragilité de la vie. Du jour au lendemain, elle peut disparaître, d’où la nécessité d’en apprécier chaque instant.

Je reviens vers la cuisine. Je voulais y aller pour une raison précise, mais en y arrivant, j’ai oublié laquelle. Oui, je me rappelle maintenant, c’était pour éteindre la lumière. Il est minuit. Les voisins ne doivent pas savoir que je suis dans cet appartement, il est toujours possible que l’un d’eux travaille pour les services de renseignement. Les deux passions qui m’animent, pour Imane et pour ma patrie, m’obligent à la clandestinité alors que je ne rêve que de les exposer à la vue de tous. Dans une société démocratique, je pourrais. Pas dans la Syrie de Bachar al-Asad.

Mais jusqu’à quand tout cela va-t-il durer ? J’ai l’étrange sensation de m’être emprisonné pour éviter la prison. J’ai ici tout ce dont j’ai besoin, mon ordinateur, un cahier, des livres et assez de provisions pour une semaine au moins. Mais depuis mon arrivée, je me sens étouffé, j’ai envie de sortir, de me balader. Avant, je m’isolais volontiers dans ce refuge, sans aucune envie de le quitter. Souvent, je déclinais toutes les invitations à des soirées entre amis afin de jouir de la solitude. Aujourd’hui, je ne songe qu’à la rompre. Curieuse nature humaine, qui nous conduit toujours à désirer ce qui nous est interdit…

Je me sens idiot de rester caché pendant que les autres manifestent, mais il est hors de question que je me fasse arrêter par ces monstres. Plusieurs de mes amis ont été interpellés depuis le début du mouvement, certains ont succombé sous la torture, d’autres en sont sortis complètement détruits aux plans psychologique et physique. Désormais, j’attends mon tour. La police peut-elle deviner que je suis ici ? Vont-ils aller chez nous, dans la vieille ville, arrêter ma famille ? C’est possible. D’autant qu’un de mes amis, avec qui j’ai participé à plusieurs manifestations, a déjà été incarcéré. Va-t-il donner mon nom ? Et que ferais-je s’ils venaient ici ? Peut-être qu’ils ne me trouveraient pas si je me cachais sous un lit… J’avais conscience de la faiblesse de ce plan enfantin mais dans l’insécurité, nous essayons toujours de trouver une issue, aussi incertaine soit-elle.

Comme toutes les nuits, j’éteins mon ordinateur et me réfugie dans les livres. J’ouvre un recueil de poésies de Paul Éluard, traduites en arabe « À haute voix/L’amour agile se leva/Avec de si brillants éclats/Que dans son grenier le cerveau/Eut peur de tout avouer. » On sonne, une seule fois, très brièvement. Pris de panique, je pense immédiatement à courir vers le lit. Presque aussitôt, je me ressaisis et décide de marcher lentement, sur la pointe des pieds, sans faire aucun bruit, pour regarder à travers l’œilleton. C’est elle, Imane ! Je regarde une deuxième fois pour être sûr de ne pas me tromper. Mais je ne rêve pas, c’est bien elle, c’est bien son visage, ses grands yeux sombres, ses sourcils fins, noirs, ses paupières mobiles. J’ouvre la porte très doucement. Elle sourit, entre sans un mot. Je n’arrive pas à lui demander par quel miracle elle a réussi à traverser l’enfer des barricades pour venir jusqu’ici. Elle s’installe, je reste debout, stupéfait. Elle rit. « Tu ne veux pas m’offrir quelque chose à boire ? »

Il me reste la moitié d’une bouteille de vin rouge, fait maison dans un village chrétien à côté de Homs. Elle traîne dans l’appartement depuis un mois, depuis la dernière fois où elle est venue. Je ne sais pas si le vin est toujours buvable, mais c’est tout ce que j’ai à lui offrir. Je suis en pyjama, cheveux longs, barbu, les traits tirés. Je sers un verre à Imane, elle enlève sa veste noire, ses chaussures, et croise ses jambes. « Je me sentais seule. Comme c’est sans doute aussi ton cas, je me suis dit qu’on pourrait unir nos solitudes. » Elle prend une longue gorgée. J’attends qu’elle m’explique comment elle a réussi à venir jusqu’ici. Je sais qu’elle aime les surprises, et qu’elle se décide toujours à la dernière minute. Mais pas au point de se mettre en danger. Elle continue : « J’ai obtenu la carte de médecin d’une étudiante à la fac, j’ai prétendu me rendre en urgence à l’hôpital de ton quartier, les soldats m’ont laissé passer. Il y avait quelques tirs dans le centre-ville, mais globalement ça s’est bien passé. Le chauffeur de taxi était un as, il a évité les rues chaudes. »

Je m’assois à son côté, me rapproche d’elle pour être sûr de n’être pas victime d’une hallucination. Je lui prends la main, la serre fort. Elle remarque la petite blessure sur mon doigt. « C’est l’effet d’un combat ou tu t’es volontairement mutilé car je te manquais ? » me demande-t-elle. Je réponds que « c’est le résultat de ma lutte avec un verre ». Elle rit, écartant sa chevelure de son front. J’embrasse longuement la main que je n’ai pas lâchée. Elle caresse ma nuque : « Si on écoutait Chopin ? » Elle sait que j’aime le son du piano lorsque nous faisons l’amour. Je ne réponds pas, nos lèvres s’unissent. Le goût du vin sur les siennes m’enivre, m’embrase. Une douce chaleur m’envahit, se propage jusqu’à mon sexe. Une détonation retentit au loin, portée par le vent qui fait vibrer les fenêtres. Nos deux corps se nouent. Elle m’entraîne vers la chambre à coucher, s’assoit au bord du lit, enlève son pull. « On n’a pas besoin de musique, celle de ton cœur me suffira », lui dis-je. « Tu es toujours romantique avec tes phrases idiotes. » Elle rit encore. « Tu m’as tellement manqué », murmure-t-elle à mon oreille. Je sens ses seins contre ma poitrine et soudain, plus rien d’autre n’existe. Tandis que, de l’extérieur, nous parviennent les bruits étouffés des combats, nous nous étreignons sans remords. On entend le bruit d’une bombe, on s’embrasse, et on se serre, encore, plus fort. On insulte le régime, on rit, et on refait l’amour.

Son front est contre ma joue, sa main sur mon épaule. Elle me demande ce que je faisais avant qu’elle n’arrive. Je retourne au salon, lui montre le recueil d’Éluard et lis la suite du poème :

« À haute voix/Tous les corbeaux du sang couvrirent/La mémoire d’autres naissances/Puis renversés dans la lumière/L’avenir roué de baisers./Injustice impossible un seul être est au monde/L’amour choisit l’amour sans changer de visage. »

Tout en lisant, je l’observe dans le miroir accroché face à nous, sur le mur de la chambre. Des larmes coulent des yeux d’Imane, toujours émue en écoutant de la poésie.

C’est ainsi que nous avons passé le temps, entre la contrainte et la liberté, la passion et la folie. Nous ne nous sommes pas revus depuis. Je suis parti une semaine plus tard pour Homs, rejoindre des militants qui m’ont procuré une fausse carte d’identité grâce à laquelle j’ai pu quitter la Syrie. Plus de dix années ont passé mais, aujourd’hui encore, je me souviens de chaque instant de cette nuit. Certains soirs, je songe que si j’ai renoncé à appliquer mon douteux plan initial, me cacher sous le lit, c’est au contraire sur le lit, avec cette femme, que j’ai oublié un temps les malheurs du monde.

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