Jeux de dupés

Charles-Alexandre Haddad

Jade Lindgaard décrypte dans un essai engagé les répercussions socio-environnementales de l’organisation des JO sur la banlieue nord de Paris.

 

Aux comptoirs des cafés, dans le métro ou ailleurs, ils sont devenus depuis quelques mois le sujet de prédilection des Parisiens. Les Jeux olympiques, qui se dérouleront cet été dans la capitale, n’en finissent plus de susciter la polémique.

L’évincement prévu des bouquinistes des quais de Seine, finalement abandonné sur décision de l’Élysée [voir p. 64], fit certes un bruit relatif, mais cet assaut contre un symbole culturel immémorial de la ville, au nom de la sacro-sainte réunion olympique, ne représentait en réalité qu’une part très superficielle des problèmes engendrés par ce mirobolant événement sportif.

Dans le centre de Paris, les optimistes y voient la perspective d’un rayonnement international, une incontournable chance d’enrichissement économique, même si «les olympiades se distinguent par deux caractéristiques: leur déficit est systématique et colossal par rapport aux dépenses prévues». D’autres se montrent plus réticents, parlant même de plier bagage le temps de l’été, inquiets de la perspective d’une incontrôlable submersion touristique.

Au-delà de ces banales considérations quotidiennes, Jade Lindgaard, journaliste spécialisée dans les questions environnementales à Médiapart, et habitante d’Aubervilliers, livre dans Paris 2024, une ville face à la violence olympique une autre réalité, méconnue ou volontairement ignorée: celle de populations en grande difficulté économique et sociale, habitant les zones populaires et périphériques, non moins affectées que le centre de Paris par l’immensité des chantiers olympiques.

 
Au regard des prétentions écologiques de Paris, le bilan du projet olympique est désastreux.
 

Avec les Jeux à venir, le processus de gentrification de la petite couronne, entamé il y a plusieurs décennies, a reçu un grand coup d’accélérateur, étendant en particulier ses effets en Seine-Saint-Denis, dont d’innombrables habitants ont été récemment délogés et évacués, exclus vers des zones encore plus lointaines, sans aucune perspective d’avenir. Avec la bénédiction des autorités politiques, les Jeux de 2024 ont ouvert la voie à la promotion immobilière à outrance, censée rendre la capitale plus attractive et plus «présentable aux visiteurs».

Ce sommet sportif international devait «mettre notre ville à l’honneur». Mais, derrière cette formule somme toute assez vague, de quel Paris parle-t-on? D’une ville sans pauvres ni travailleurs modestes, refoulant ses décors les moins dignes de figurer sur une carte postale, repoussant la misère et les difficultés en tous genres, enfouissant ses problèmes endémiques sous le tapis olympique faute de pouvoir les régler durablement… Tout un programme.

Dans ce livre synthétique, engagé, étayé d’exemples concrets et de sources précises, Jade Lindgaard dresse le tableau sans concession des affres sociales et du déracinement imposés aux populations de la banlieue nord de Paris, alors qu’«en 2012, le dossier de candidature de Paris promettait qu’il ne serait pas nécessaire de démolir de logements pour la construction des sites olympiques». Elle y dévoile aussi le bilan environnemental du projet, désastreux et consternant au regard des prétentions écologiques de la ville. Un exemple: la destruction d’une partie des jardins ouvriers d’Aubervilliers, havre historique de biodiversité d’une commune en manque cruel d’espaces verts. 

 

 

Paris 2024, une ville face à la violence olympique de Jade Lindgaard, éd. Divergences, 164 p., 15 €

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Jade Lindgaard décrypte dans un essai engagé les répercussions socio-environnementales de l’organisation des JO sur la banlieue nord de Paris.   Aux comptoirs des cafés, dans le métro ou ailleurs, ils sont devenus depuis quelques mois le sujet de prédilection des Parisiens. Les Jeux olympiques, qui se dérouleront cet été dans la capitale, n’en finissent plus de susciter la polémique. L’évincement prévu des bouquinistes des quais de Seine, finalement abandonné sur décision de l’Élysée [voir p. 64], fit certes un bruit relatif, mais cet assaut contre un symbole culturel immémorial de la ville, au nom de la sacro-sainte réunion olympique, ne représentait en réalité qu’une part très superficielle des problèmes engendrés par ce mirobolant événement sportif. Dans le centre de Paris, les optimistes y voient la perspective d’un rayonnement international, une incontournable chance d’enrichissement économique, même si «les olympiades se distinguent par deux caractéristiques: leur déficit est systématique et colossal par rapport aux dépenses prévues». D’autres se montrent plus réticents, parlant même de plier bagage le temps de l’été, inquiets de la perspective d’une incontrôlable submersion touristique. Au-delà de ces banales considérations quotidiennes, Jade Lindgaard, journaliste spécialisée dans les questions environnementales à Médiapart, et habitante d’Aubervilliers, livre dans Paris 2024, une ville face à la violence olympique une autre réalité, méconnue ou volontairement ignorée: celle de populations en grande difficulté économique et sociale, habitant les zones populaires et périphériques, non moins affectées que le centre de Paris par l’immensité des chantiers olympiques.   Au regard des prétentions écologiques de Paris, le…

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