Une résistible chute

Charles-Alexandre Haddad

Le Bal des illusions dissèque les ressorts d’un fantasme national, celui de la grandeur éternelle de la France. Une nostalgie paralysante, en décalage avec la réalité contemporaine.

 

Si le sentiment du déclin français semble si fréquent dans notre pays, il serait essentiellement le fruit de chimères tenaces berçant notre inconscient national et nous empêchant de comprendre notre place réelle dans un monde ayant radicalement muté depuis le Grand Siècle, celui de Louis xiv. C’est en tous cas l’impression que laisse la lecture du Bal des illusions des journalistes François d’Alançon et Richard Werly (contributeur régulier de Bastille Magazine), paru en mars aux éditions Grasset.

En interrogeant nombre d’observateurs étrangers des affaires publiques de l’Hexagone, et de son influence internationale, les deux auteurs nous offrent le recul nécessaire à l’établissement d’un constat sans appel: le temps des maréchaux français, maîtres du Vieux Continent, l’époque de la maestria d’un Talleyrand ou d’un Clemenceau, l’âge de l’intimidante stature royale des présidents monarques sont bel et bien révolus et doivent cesser de nous attendrir. Car de toute évidence ces vieux souvenirs d’une France lointaine et fréquemment regrettée, s’ils continuent de susciter notre enthousiasme voire d’alimenter notre rêverie, n’ont plus rien de semblable avec la réalité effective de notre puissance contemporaine, ponctuée de débâcles ou de déconvenues militaires et diplomatiques À ce titre, les deux journalistes relèvent que « [l]es tentatives de médiation [d’Emmanuel Macron] avec Vladimir Poutine ont coupé la France d’une grande partie de l’Europe ».

 
La recherche d’une puissance absolue a fait son temps.
 

Pourtant, à condition qu’elle se libère de ses rêves fastueux et conquérants, le monde semble encore attendre et respecter la parole souvent singulière d’un vieil État fort d’une expérience millénaire. Le général de Gaulle lui-même, régulièrement repris à leur compte par l’ensemble des forces politiques, parfois antagonistes, était le héros d’une France aspirant à la tranquillité, la sécurité et la paix, soucieuse de ne pas se laisser mourir, mais en aucun cas le chef d’un nation conquérante ou arrogante.

La recherche d’une puissance absolue, si ancrée dans notre inconscient populaire, a fait son temps. Comme le notent Richard Werly et François d’Alançon, la persistance de cette quête révèlerait une inadéquation grave entre le réel et nos fantasmes, paralysant nos perspectives collectives d’avenir et diminuant la crédibilité de notre rôle sur la scène internationale. En cause, « le souci du “rang” et le volontarisme », signes d’un « activisme brouillon, à la recherche du coup d’éclat », dont « le coût est bien connu : l’isolement ou du moins l’impossibilité d’amener les autres Européens à une position commune ».

Le Bal des illusions, témoignant d’un souci de rompre avec plusieurs décennies d’illusions françaises nous auraient empêchés de sonner le tocsin du redressement, se lit comme un urgent manifeste de réalisme politique, seule démarche capable de sortir un peuple de ses lamentations stériles et de le remettre sur la voie de la prospérité tranquille. Charles Péguy, souvent cité à tors et à travers, résumait déjà il y a plus d’un siècle le modus operandi de la démarche proposée dans cet essai: « Il faut toujours dire ce que l’on voit: surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit. » Après tout, la paisible résurrection espérée vaut sans doute bien un peu de lucidité douloureuse.

 

Le Bal des illusions de Richard Werly et François d’Alançon, éd. Grasset, 240 p., 22 €...

Le Bal des illusions dissèque les ressorts d’un fantasme national, celui de la grandeur éternelle de la France. Une nostalgie paralysante, en décalage avec la réalité contemporaine.   Si le sentiment du déclin français semble si fréquent dans notre pays, il serait essentiellement le fruit de chimères tenaces berçant notre inconscient national et nous empêchant de comprendre notre place réelle dans un monde ayant radicalement muté depuis le Grand Siècle, celui de Louis xiv. C’est en tous cas l’impression que laisse la lecture du Bal des illusions des journalistes François d’Alançon et Richard Werly (contributeur régulier de Bastille Magazine), paru en mars aux éditions Grasset. En interrogeant nombre d’observateurs étrangers des affaires publiques de l’Hexagone, et de son influence internationale, les deux auteurs nous offrent le recul nécessaire à l’établissement d’un constat sans appel: le temps des maréchaux français, maîtres du Vieux Continent, l’époque de la maestria d’un Talleyrand ou d’un Clemenceau, l’âge de l’intimidante stature royale des présidents monarques sont bel et bien révolus et doivent cesser de nous attendrir. Car de toute évidence ces vieux souvenirs d’une France lointaine et fréquemment regrettée, s’ils continuent de susciter notre enthousiasme voire d’alimenter notre rêverie, n’ont plus rien de semblable avec la réalité effective de notre puissance contemporaine, ponctuée de débâcles ou de déconvenues militaires et diplomatiques À ce titre, les deux journalistes relèvent que « [l]es tentatives de médiation [d’Emmanuel Macron] avec Vladimir Poutine ont coupé la France d’une grande partie de l’Europe ».   La recherche d’une puissance absolue a…

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