L’art inouï
Poussé au milieu des glaces de l’Arctique, son cri s’est propagé sur toute la planète. Chanteuse et auteure inuite, Tanya Tagaq puise dans ses racines pour créer un art résolument moderne. Portrait d’une femme engagée.
À 48 ans, Tanya Tagaq est une artiste multiforme. Découverte comme chanteuse aux côtés de Björk – avec qui elle a collaboré –, elle écrit, peint, réalise des documentaires. Avec, toujours, cette urgence à dire, ce besoin d’expulser une rage au nom de quelque chose de plus grand qu’elle. « Même si je veux la paix, ce n’est pas vraiment désagréable de m’enivrer de violence. » Telle est sa confession dans Croc fendu, son premier roman paru en 2019. Omniprésente, la violence sature ses disques, hante ses textes, anime ses peintures. Et pourtant, quand elle parle, Tagaq a la voix douce, presque enfantine. Au début d’un concert, elle prévient avec candeur les spectateurs : « La salle est vraiment petite, alors si vous détestez, vous pourrez partir facilement. La sortie est juste là, c’est facile ». Avertissement poli d’une jeune femme qui paraît timide – avant que ne se déchaînent les éléments.
Plonger dans son univers, c’est se risquer à fréquenter des loups à la gueule béante, tachée de sang ; c’est arpenter des déserts de glace où rougeoient au loin les flammes d’une maison isolée ; c’est entendre dans la nuit les cris d’une voix qui n’a plus rien d’humain. Âmes sensibles s’abstenir. Tout devient fauve à son contact. À la première écoute de ses albums, on sursaute. À la deuxième aussi peut-être. Puis, inévitablement, le charme opère et l’on est emporté.
La particularité de Tagaq est le chant de gorge, appelé katajjaq en inuktitut, sa langue maternelle. Cette pratique ancestrale est d’abord un jeu, une compétition amusante entre deux femmes qui se font face en se tenant par les bras ou les épaules. Chacune d’elles émet un son, guttural ou aigu, grave ou tranchant, repris puis transformé par sa partenaire sur un rythme de plus en plus soutenu. Celle qui éclate de rire, qui perd son souffle ou qui ne parvient plus à maintenir la cadence a perdu. Et le jeu peut recommencer.
La musique produite imite la mélodie naturelle de l’Arctique. Les chanteuses de gorge s’inspirent de ce que leur environnement polaire a de plus saisissant à offrir : grognements d’ours, cris d’oie blanche, glapissements de loups… La respiration joue un rôle crucial, certaines sonorités sont produites lors de l’expiration, d’autres lors de l’inspiration, dans un halètement surprenant. Pour remporter la partie, les deux concurrentes rivalisent de talent. Elles se changent en ogre sanguinaire ou en proie agonisante pour montrer toute leur maestria dans l’art de la métamorphose. Et tout un règne animal surgit alors. Dents et crocs. La terre elle-même se met aussi à parler : celles qui se prêtent au jeu imitent le vent qui souffle, les rochers qui s’éboulent, la glace qui craque, les traineaux qui glissent sur la banquise, les hommes chaussés de peau de phoque qui marchent dans la neige.
Tagaq a appris seule le katajjaq, grâce à des cassettes audio que sa mère lui envoyait alors qu’elle vivait à Halifax, au Canada. Baignée de musiques électro, danse et techno, elle s’ennuyait de sa culture inuite. Elle s’approprie alors cette pratique vocale et la fait évoluer à sa guise : elle ne chante pas en duo mais seule. Dès lors, toute idée de compétition disparaît, Tagaq propose une performance bien plus profonde qu’un simple jeu. Hybridé et nourri d’influences occidentales contemporaines, le traditionnel chant de gorge devient avec elle la structure d’un art inouï, affranchi de toute idée de catégorie. Et c’est sur mesure qu’elle façonne une forme qui lui convient.
Ses albums ne se rangent dans aucune case, tout comme son roman, mêlant à la fois journal intime, poésie et prose. L’artiste crée en toute liberté, au-delà des genres. C’est sûrement ce qui a attiré l’attention de Björk, qui l’a invitée en 2004 à participer à son album Medúlla. Tagaq chante sur plusieurs titres et participe même à la tournée qui suit. C’est un point de bascule dans sa carrière. Grâce à la star islandaise, elle acquiert une notoriété mondiale. Dès lors, on ne cessera de comparer les deux femmes, de façon parfois excessive.
L’année suivante, en 2005, Tagaq sort son premier album, Sinaa, composé de chansons presque sans parole. Le travail d’hybridation se poursuit alors : elle y mêle l’inuktitut, la pop-électro et la txalaparta, percussion du Pays basque. L’alliage est étonnant, envoûtant. « Mes oreilles se plaisent à associer les sonorités comme d’autres les saveurs culinaires », confie-t-elle. Sinaa signifie bord en inuktitut, et c’est bien à la frontière des normes et des mondes que Tagaq nous fait voyager. Qu’est-on réellement en train d’écouter ? La question persiste tant que l’on cherche à raisonner – puis l’interrogation se dissout d’elle-même quand l’esprit lâche les amarres et se laisse emporter par des évocations de paysages, d’odeurs et de glace.
Quelque chose d’incroyablement tellurique se dégage de l’œuvre de Tagaq. Disque après disque, elle compose ce qui s’apparente à une épopée transculturelle, sensuelle, spirituelle. Elle réveille l’histoire d’un peuple, ranime une terre avec ses héros anonymes. L’entreprise est titanesque au point qu’elle déborde de la simple personne de Tanya. La voir sur scène, c’est assister à la convocation d’esprits lointains. L’effet est saisissant. Sa technique vocale donne l’impression qu’elle est possédée, habitée par deux êtres, deux bêtes ou même deux divinités qui se disputent en elle le droit de s’exprimer. Chanter, c’est lutter.
Le plus souvent, le katajjaq se pratique dans un balancement du corps, qui enivre et emporte l’esprit. Les concerts de Tagaq deviennent alors des performances très physiques : le corps, la voix, le rythme deviennent hypnotiques, on assiste à des mouvements de colère, à des emportements bestiaux. On est jeté au fond d’un gouffre, traversé par un feu de glace. « Lorsque je chante, dit-elle, je chevauche un ruban fou agité par le vent. Et pourtant, je me sens en sécurité. J’ai l’impression que ma vie n’est plus unique, je vois toutes les vies qui m’ont précédée et toutes celles qui me suivront. Je suis alors en paix. » Entre délicatesse et fougue, la transe fait partie d’une catharsis qui libère les énergies.
Puis, tout à coup, le corps se rompt, le cri se brise. Et une voix fragile émerge et s’élève, légère. On dirait le chant lointain d’une chouette, les échos d’une chanson d’enfant. C’est soudainement doux, tendre, onirique. La bourrasque a chassé la colère de Tagaq. L’ours et le loup en elle ont déguerpi, la queue entre les jambes. Ne reste plus dans le creux de sa gorge que le cours tranquille d’un ruisseau glacé. Lorsque je lui demande quelles sont les réactions des spectateurs, elle répond publiquement : « C’est à eux qu’il faut le demander ». Mais elle avoue préférer se produire en France qu’au Nunavut, sa région natale. « Chez vous, le public n’a pas peur de ce qui est différent. Il adore les choses étranges et bizarres. Il les accepte. »
Difficile de saisir pleinement son art si l’on ne prend pas en considération la croyance inuite selon laquelle chaque animal, végétal et objet du monde est habité par un esprit. Animism est d’ailleurs le nom de son album sorti en 2014, dans lequel se trouve une chanson qui imagine l’esprit d’un caribou revenu au monde sous forme humaine. Dans Croc fendu, le soleil parle, le vent respire, les renards communiquent avec les hommes au point que l’héroïne du roman affirme : « Je suis un navire. Je suis la foudre ». L’abolition de la hiérarchie entre les règnes, conjuguée à une certaine perméabilité entre eux, permet le voyage des âmes entre les pierres, les plantes et les êtres. Les portes s’ouvrent, l’esprit se délivre. Tagaq écrit : « J’ai soif de roc sous mes pieds / J’ai soif / Soif de vision claire / J’ai soif d’être / Tout sauf moi. » L’animisme inuit devient une réponse à l’enfermement d’être soi, de n’être que soi. Il libère de la prison du corps et crée entre les créatures un lien indéfectible : « Nous sommes la terre, les mêmes molécules, les mêmes atomes. La terre est notre salut. »
Il n’est donc pas étonnant que les animaux occupent une si grande place dans l’œuvre de Tagaq. Partout, chouettes, lapins, corbeaux, lagopèdes… Et pourtant, le regard occidental porté sur son travail provoque nombre de malentendus. À l’heure où le véganisme est devenu très populaire en Europe et aux États-Unis, la culture inuite, en ce qu’elle est totalement dépendante de la consommation de viande et, en particulier de viande de phoque, choque l’opinion publique, attendrie par leur ressemblance avec d’adorables peluches. Et la chanteuse de déclarer qu’elle en est friande ! Indignation immédiate. Quand un journaliste de l’émission culturelle « Tracks » sur Arte lui demande sa meilleure recette de phoque, Tanya surenchérit et répond du tac-au-tac : le foie cru.
La chanteuse s’amuse, elle veut provoquer une société qui ne comprend pas ce qui lui est étranger. Elle dénonce l’hypocrisie des véganes de Californie qui voudraient voir se propager leur mode de vie et leur alimentation sur des terres emprisonnées par les glaces où la culture des fruits et des légumes est tout bonnement impossible. Dans un de ses clips, Tagaq va même jusqu’à se mettre en scène en train de plonger ses doigts dans le corps d’un phoque éventré pour en retirer le foie et le porter à la bouche. Choc des cultures.
Dans Croc fendu, son héroïne mange des truites vivantes : « Cette chair si fraîche éveillait en moi quelque chose comme un vieux souvenir ; une souvenance ancienne, manger de la chair vive. La véritable union de la chair avec la chair. […] Quand on mange la chair vivante, on en moissonne l’âme en même temps que l’énergie. […] On se prenait pour des mouettes, on gobait les poissons sans même les mâcher, on les sentait frétiller dans nos gorges. […] Mon corps absorbait avec plaisir l’énergie de la vie des poissons. […] Peut-être qu’en les imitant on pourrait se transformer en mouettes et s’envoler en hurlant. Rentrer chez nous à tire-d’aile. »
Porosité des âmes : Tanya, la truite qu’elle dévore, la mouette qu’elle imite pour dévorer la truite – tout glisse et circule dans une véritable union des êtres. Le respect de l’animal est bien là, à chaque instant, et sûrement bien plus grand que dans nos sociétés. Mais c’est un tout autre paradigme que le monde occidental est inapte à comprendre et ne tolère pas.
La consommation de phoque est l’un des fers de lance du combat de Tanya. Selon elle, la question n’est pas la permanence ou non des traditions inuites, mais bien la survie de son peuple. Elle affirme que le point de vue dogmatique des associations de défense des animaux sur la chasse aux phoques relève d’une vision colonialiste et impérialiste du monde.
Lorsqu’elle poste sur Twitter une photo de sa fille allongée près d’un phoque mort, elle est aussitôt attaquée, harcelée, menacée de mort par des milliers d’activistes. Des internautes diffusent même un photomontage de sa fille égorgée à la manière d’un phoque. Alors, lorsqu’on lui décerne en 2014 le prestigieux prix de musique Polaris, elle hurle en guise de discours « Fuck PETA ! » [l’association People for the Ethical Treatment of Animals qui défend les droits des animaux].
Tagaq est une femme en colère. Il y a une soif de justice en elle. Une rage même. Quand je lui demande ce qu’elle aimerait détruire, elle répond : « Je renverserais tout le régime, et je foutrais probablement tout en l’air en essayant de le diriger moi-même. » Ce n’est pas pour rien qu’on la surnomme la « punk polaire ».
Malgré cela, Tanya n’est jamais la source de cette violence. Elle ne l’engendre pas. Sa rage vient d’ailleurs et de beaucoup plus loin qu’elle. De son enfance violée, de sa mère déportée, de son peuple colonisé. Peindre, chanter, écrire, c’est témoigner des traumatismes du monde.
La colonisation d’abord. La chanson Colonizer ne contient que quelques mots, mais, martelés de façon lancinante, ils deviennent un cri mortel lancé à la face du Canada : « Colonizer, you’re guilty ». Aucune explication. Nul besoin. La colère transpire. La chanson est assassine. L’œuvre de Tagaq est pétrie des blessures infligées à son peuple.
Lors de sa performance au prix Polaris 2014, sont projetés sur la scène les noms des 1 200 femmes autochtones disparues ou assassinées ces trente dernières années, dans l’indifférence générale. Tanya dénonce ce qu’elle appelle un génocide.
Récemment, elle a coréalisé un documentaire, Chasseuse de son, qui met en lumière l’histoire de sa propre mère et d’une centaine d’autres personnes de la communauté d’Inukjuak au destin semblable. Une scène montre Tanya et sa mère assises toutes les deux sur le canapé du salon. « Tu ne m’as jamais beaucoup parlé de la relocalisation », dit la fille à sa mère. Habillé d’images d’archives, le discours de cette dernière est glaçant. Elle et son peuple ont été déracinés et déplacés de force par les autorités fédérales canadiennes à des milliers de kilomètres de leur village, bien plus au nord, dans ce qu’on appelle l’Extrême-Arctique. Décision du gouvernement. Cet événement s’est déroulé dans les années cinquante. L’objectif était triple : permettre aux Inuits de renouer avec leur mode de vie traditionnel ; réduire, ce faisant, leur dépendance aux aides sociales étatiques ; et renforcer, dans un contexte de guerre froide, la souveraineté canadienne sur l’archipel arctique par la création de ces colonies.
Après un mois de navigation à travers les glaces, explique la mère de Tagaq, 19 familles ont été déposées sur une plage de la pointe sud de l’île d’Ellesmere, une toundra hostile, très froide où la nuit polaire dure plus de trois mois. Les familles relocalisées n’ont alors ni connaissance du territoire, ni matériel, ni chaloupes. L’approvisionnement promis en peaux de caribou est très insuffisant et beaucoup manquent mourir de froid dans les mois qui ont suivi. Les premières maisons ne sont construites que deux ans plus tard.
Dans les années 1980, quelques familles déportées réussissent par leurs propres moyens à revenir à Inukjuak, leur village d’origine. Une bataille s’engage alors pour que soit reconnu le sort de ces déportés. Mais il faudra attendre 2010 pour que John Duncan, ministre des Affaires autochtones et du Nord canadien, formule des excuses officielles au nom du gouvernement canadien.
Exiler les corps, mais aussi exiler la langue. Tagaq dénonce le processus par lequel les colons canadiens ont voulu tuer l’inuktitut. Dans Croc fendu, elle écrit : « Les pensionnats ont bouté l’inuktitut hors de cette ville au nom du progrès, au nom de la bienséance. Tout le monde voulait aller de l’avant. Avancer avec Dieu, avec l’argent, avec la peau blanche mais pas sur la voie du chamane. » La chanteuse a vécu dans l’un de ces pensionnats.
Créés au milieu du xixe siècle, ils avaient pour objectif d’évangéliser et d’assimiler les enfants autochtones à la civilisation canadienne. Dans la réalité, ils étaient des lieux de maltraitance, chargés de « tuer l’indien dans l’enfant », selon l’expression d’un des survivants, Murray Sinclair. Les professeurs faisaient croire aux enfants qu’ils n’avaient pas d’âme, que leur langue était celle du diable et qu’ils devaient en avoir honte. Conditions d’hygiène déplorables, manque de nourriture, travail pénible, brutalité du personnel, on estime qu’entre 3 000 et 6 000 enfants y sont morts.
En juin 2021, on a découvert un cimetière de 751 tombes non marquées autour de l’ancien pensionnat de Marieval, dans la province de Saskatchewan. En mai de la même année, les restes de 215 enfants ont été retrouvés près de Kamloops, en Colombie-Britannique, sur le site d’un ancien pensionnat, géré entre 1890 et 1969 par l’Église catholique au nom du gouvernement canadien. Alors, dans sa chanson Teeth Agape, Tagaq lance une menace : « Je vais m’aiguiser les griffes / Montrer les crocs / […] Tu n’as qu’à toucher mes enfants / Pour que mes dents s’approprient ton pharynx ». La colère de Tanya se fait incendiaire : réalisé en images de synthèse, le clip de sa chanson Colonizer, montre un de ces pensionnats dévorés par les flammes. « Je voudrais être la Justice elle-même, confie-t-elle, avant d’ajouter : Ce que je crains le plus, c’est le mal que l’on peut faire aux enfants. »
Se réapproprier sa langue. C’est là que réside tout l’art de Tanya. Si parfois elle chante en anglais, c’est un choix délibéré : il faut que les coupables comprennent de quoi on les accuse. Dans sa chanson Tongues, elle écrit : « They took our tongues / They tried to take our tongues / You can’t take that from us / You can’t take our blood / You can’t have my tongue / Inuuvunga (I am an Inuk) » (Ils ont pris nos langues / Ils ont essayé de prendre nos langues / Vous ne pouvez pas nous la prendre / Vous ne pouvez pas prendre notre sang / Vous ne pouvez pas avoir notre langue / Inuuvunga (Je suis inuite).)
Dans le clip qui accompagne cette chanson, on découvre une bouche gigantesque émergeant d’un sol rocailleux de toundra. Comme un animal quittant son terrier après l’hiver, une langue, timide d’abord, presque engourdie, apparaît puis se déploie sous un soleil rayonnant. Quand la nuit tombe, surgit dans les airs une croix chrétienne qui flotte au-dessus de la bouche. La croix est en réalité faite de deux épées qui livrent bataille à la langue. Mais après des effusions de sang, la croix se trouve vaincue, une mousse rougeâtre la dévore et l’anéantit. La langue sort victorieuse du combat. Tongues est un manifeste rempli d’espoir. Parler l’inuktitut devient donc un acte politique, militant, artistique, poétique. Il s’agit de redonner vie à un peuple, à une terre, en réparant les ravages du colonialisme.
Tout est affaire de langue chez Tagaq. C’est en cela qu’elle est une artiste fondamentale. Défense et illustration de la langue inuktitut, mais aussi de celle inarticulée du chant de gorge, de la langue de la terre, de la glace, des loups et des aurores boréales… L’artiste inuite module sa voix pour l’offrir à ceux qui en ont été dépossédés tout comme à ceux qui resteront à jamais muets pour nos oreilles occidentales. Grâce à elle, un peuple muselé, le vent, un continent de glaces et ces renards poussent un grand cri à travers le monde. Ils deviennent intelligibles sous toutes les latitudes. Les coupables de crimes sont désignés, les beautés du monde divulguées. Salvatrice colère.