À la page
| Nantis vs. fauchés
Quel meilleur genre que la farce pour croquer la situation politique actuelle de la France. À la manière d’un Jarry dans Ubu Roi, avec une langue infusée à Rabelais et Frédéric Dard, l’inclassable Marcus Malte met en scène une tragicomédie jupitérienne qui choisit l’humour et l’absurde pour tirer à boulet rouge sur un pouvoir et une société qui marchent sur la tête. Dans le royaume de Frzangzwe, deux camps s’affrontent. D’un côté les puissants, ceux du Palais, des laquais obséquieux à la solde du premier fifrelin Gabriel Pipaudi. De l’autre, une équipe de bras cassés qui fomentent un coup d’État retentissant et prévoient de démonter la Tour Eiffel. Un festin littéraire grotesque et réjouissant. L. D. |
![]() Aux marges du palais de Marcus Malte, éd Zulma, 496 p., 24 € |
Thomas Helder |
La vie est un songe
Chaque rentrée littéraire recèle sa part de poussière d’étoile. Les pages de Thomas Helder renferment quelques-uns de ces éclats. À travers l’un des personnages de ce roman où le deuil et la mémoire sont centraux, Muriel Barbery écrit : « La vie est un rêve dont on s’éveille à l’heure de mourir. » Peut-on lire plus belle invitation à vivre un peu mieux, au plus près de ce qui nous transporte et nous unit ? Il importe finalement assez peu que nos songes respectifs aient été hantés par les regrets, les mensonges, les non-dits, les oublis. Seul persiste l’amour. Ce huis clos convoqué par la mort du personnage éponyme semble être de ces livres à lire avant que l’aube vienne nous prendre. H. L. |
| No future ?
Nous voilà désormais plus de 8 milliards sur Terre, pourtant nous n’avons jamais été aussi seuls. Ce livre s’adresse aux parents comme aux générations nouvelles dont les échappées possibles sont assombries par la solitude, par un monde à bout de souffle qui n’a presque plus rien à offrir. Presque. Roman total, symbole d’une époque, Lighieri nous interroge. Avons-nous tout bien fait comme il faut ? Ne serait-il pas temps de tendre l’oreille à nous-mêmes et à la nature ? Nous refermons ce roman prodigieux saisis par cette unique volonté : faire en sorte qu’il ne soit jamais trop tard. H. L. |
Le Club des enfants perdus |
![]() Le Déluge de Stephen Markley, traduit de l’anglais par Charles Recoursé, éd. Albin Michel, 1056 p., 24,90 € |
Verte rage
On se souvient comme si c’était hier d’Ohio, roman choral au noir qui fracassait sans concession l’illusion du rêve américain, peut-être un des plus grands romans étrangers de ces dernières années. Après quatre ans d’un silence qui nous a paru interminable, Stephen Markley signe son grand retour et change de braquet. Le Déluge est une dystopie écologique majestueuse qui s’étend de la présidence Obama aux années 2040 et qui emprunte autant aux grands films catastrophes hollywoodiens qu’à L’Arbre-monde de Richard Powers. Prophètes maudits, scientifiques de génie, militants utopiques et écoterroristes enragés croisent le fer dans un raz-de-marée romanesque qui engloutit tout sur son passage. L. D. |
| Inextinguible humanité
Les êtres qui peuplent le dernier roman de Sandrine Collette font trop écho aux luttes universelles pour qu’on ne puisse s’y retrouver. Les habitants des Montées, hameau rude et isolé, sont nos aïeux, nos enfants, et nous-mêmes avant eux. Ils sont ceux que l’autorité n’a jamais réussi piétiner. Ceux que l’espoir d’un lendemain meilleur fait travailler jusqu’à l’épuisement des corps. Ceux que la liberté anime sans même qu’elle n’ait jamais été connue. Madelaine avant l’aube, c’est l’humanisme que rien ne pourrait corrompre, et encore moins l’obéissance et la mort. C’est l’âme qui résistera toujours, quoi qu’il en coûte. H. L. |
![]() Madelaine avant l’aube de Sandrine Collette, éd. JC Lattès, 252 p., 20,90 € |
![]() Cabane d’Abel Quentin, éd. L’Observatoire, 480 p., 21 € |
Au rapport
En 1972, le rapport Meadows souligne pour la première fois les conséquences néfastes de la croissance économique sur les ressources de notre planète. En partant de cet épisode tombé dans l’oubli, Abel Quentin donne à lire une satire climatique qui s’étend sur près d’un demi-siècle et façonne un roman choral qui met la lumière sur les auteurs de ce texte fondateur de l’écologie moderne. Mildred et Eugene Dundee, le couple d’Américains militants, le Français Paul Quérillot, cynique et ambitieux, et le Norvégien Johannes Gudsonn, surdoué mystérieux.Une équipe de choc qui sera marquée au fer rouge par cette grande aventure scientifique. Pour le meilleur ou pour le pire. L. D. |





