Bastille en accès libre jusqu’au vendredi 9 octobre, midi. S’abonner pour continuer à lire →
Aller au contenu
N° 32 · novembre-décembre 2024 · Livres

À la page

par Léonard Desbrières 16 novembre 2024 4 min de lecture

 

CHOC À LA MAISON BLANCHE

4 novembre 2008. Barack Obama est le premier Afro-Américain élu à la présidence des États-Unis. Pour beaucoup, un pas de géant. Mais pour certains, comme Le Gros Bonnet,  un cauchemar, celui de voir un Noir s’installer à la Maison Blanche. De cette journée fatidique à la prise de fonction du président, le 20 janvier 2009, on suit les tribulations  tragi-comiques de ce Républicain convaincu et du drôle de comité d’action qu’il a formé  pour changer le cours de l’histoire. Entre rendez-vous secrets et réunions stratégiques, Le Gros Bonnet s’enferme dans unecroisade absurde pendant que sa famille vole en éclat. Mais pour lespatriotes, l’Amérique n’attend pas.


Les Hommes

de toujours
d’A. M. Homes,
éd. Actes Sud,
416 p., 23,50 €

 

Ailleurs
chez moi
de Douglas
Kennedy,
éd. Belfond,
264 p., 24 €

À LA RECHERCHE DE L’ÂME AMÉRICAINE

Après Les Hommes ont peur de la lumière (2022) et C’est ainsi que nous vivrons (2023),  Douglas Kennedy, le plus français des écrivains américains, poursuit le dialogue houleux avec son pays natal mais délaisse cette fois le roman pour se laisser aller à la déambulation littéraire. En se replongeant dans son enfance, en parcourant certains moments clés de l’histoire, de l’après-guerre à l’élection de Donald Trump, à travers les lieux qui composent cette nation morcelée, de New York au Texas mais aussi à travers les œuvres cultes qui  nourrissent son imaginaire, il questionne son identité plurielle et pointe du doigt les contradictions coupables d’une Amérique en pleine déliquescence.

DES AMIES AUX DESTINS SI DIFFÉRENTS

Après des études loin de chez elle qui lui ont permis d’embrasser une carrière de journaliste politique, Monica Potts revient enquêter à Clinton, Arkansas. Là-bas, au cœur des monts Ozark, dans une région sublime mais gangrenée par l’intégrisme religieux, par la pauvreté et la crise des opiacés, elle retrouve Darci, sa meilleure amie d’enfance qui, contrairement à elle, n’a jamais réalisé ses rêves d’ailleurs. Mère célibataire passée par la case prison, addict à la meth, elle partage une caravane avec un homme qu’elle connaît à peine. Frappée de plein fouet par cette image désolante, la journaliste remonte en parallèle le fil de leur existence pour comprendre le sort réservé aux femmes dans l’Amérique des déshérités.

 

Les Oubliées
de l’Arkansas
de Monica Potts,
éd. Globe,
416 p., 24 €


La Règle
du crime
de Colson
Whitehead,
éd. Albin Michel,
464 p., 22,90 €
VIBRANTE HARLEM

L’année dernière, en publiant Harlem Shuffle, Colson Whitehead, entamait un nouveau cycle romanesque avec une trilogie new-yorkaise dédiée à son quartier natal, mettant en scène Ray Carney, un filou, presque criminel malgré lui, bien décidé à se ranger. Dans La Règle du crime, deuxième volet qui se déroule dix ans plus tard, dans les années 1970, Ray est devenu un commerçant prospère qui mène la belle vie. Le moment idéal pour que le crime se rappelle à lui. Derrière la trajectoire chahutée de ce truculent anti-héros, c’est l’évolution d’une ville tout entière qui se dévoile entre crise sociétale et émergence des contre-cultures afro-américaines. Une fresque drôle et frénétique.

VERY ROAD TRIP

Pour se réconcilier avec son fils Paul, condamné par la maladie de Charcot, Franck Bascombe, le héros qui accompagne Richard Ford depuis plus de trente ans, s’élance dans un road trip à travers l’Amérique. Mais comme un ultime pied de nez à ce pays qu’il n’a cessé de scruter de son regard singulier, à la fois moqueur et fasciné, c’est un drôle de pèlerinage qu’il entreprend, sur les traces de certains monuments désuets devenus les symboles d’une gloire passée. Du Palais du Maïs géant au fameux mont Rushmore et ses Dead Presidents se dévoile un pays enlaidi, sur le déclin, divisé : le décor parfait pour un dernier tour de piste aux airs de comédie grinçante.


Le Paradis
des fous
de Richard
Ford, éd.
de l’Olivier,
384 p., 24 €

Les Deux
visages
du monde
de David Joy,
éd. Sonatine,
432 p., 23 €
LUTTE RACIALE

Au cœur de sa Caroline du Nord natale, le nouveau prodige du noir, David Joy, raconte en parallèle deux retours au pays qui vont mettre le feu aux poudres. Celui de l’artiste afro-américaine militante Toya Gardner d’abord. Venue rendre visite à sa grand-mère, elle multiplie les happenings tapageurs pour dénoncer le passé esclavagiste de la région et s’attire les foudres d’une partie de la population locale. Celui d’un homme mystérieux ensuite, arrêté par Ernie, le flic local, avec en sa possession une liste de notables de la région affiliés au KuKluxKlan. Deux drames à l’horizon qui disent tout de la nouvelle guerre raciale en préparation dans un pays toujours hanté par ses démons.

L’infolettre de Bastille Magazine

Pour ne rien manquer de nos actualités.

Confirmation par e-mail, désinscription en un clic, aucune revente d'adresse.