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Les écrivains dans la lumière

Texte et photos Nikos Aliagas

Je photographie les écrivains depuis une vingtaine d’années. Dans leur regard, je guette l’instant fragile qui précède la phrase, ce qui lui survit aussi. Un dialogue sans mots, un passage vers une chambre secrète où se déposent les doutes, les ombres et les prémices d’une inspiration. Je ne cherche pas à capturer une expression originale, j’essaie de ressentir leur contour intérieur.

Dans le miroir d’une loge, Amélie Nothomb se regarde comme une enfant qui se découvre. Son double la suit, la défie presque. L’écriture naît souvent dans ces brèches où l’incrédulité devient tremblement.

Blanche de Richemont, elle, vit dans le mouvement. Elle cherche une lumière intérieure, celle qui survit à la nuit. Sa douceur farouche, son regard d’azur, sa manière d’habiter Paris comme on traverse le désert font d’elle une voyageuse de l’âme. Son bouquet de fleurs est plus puissant que l’acier de son vélo.

Didier Van Cauwelaert traverse les frontières invisibles. Dans une vitre, son visage hésite entre le réel et un territoire plus ancien où tout communique. Il écoute ce qui monte derrière ses pensées, curieux de l’improbable, attentif au vivant que les algorithmes ignorent.

Marc Levy, lui, s’installe simplement face à moi. Sa main soutient une pensée en marche. Dans ses yeux, le mélange rare de mélancolie et d’élan. Il est déjà un peu dans demain, fidèle pourtant à ce qui l’a façonné.

Jean-Christophe Rufin porte dans le regard les pays traversés, les vies soignées, les blessures du monde. À une terrasse parisienne, la lumière et son reflet racontent deux hommes pour une seule quête : comprendre, transmettre, raconter l’existence.

Devant un Modigliani, David Foenkinos avance en douceur. Il cherche ce que la peinture murmure. Ses livres naissent dans ces interstices où la beauté se cache.

Les mains de Vassilis Vassilikos restent gravées en moi. Une vie d’encre, de luttes, de mots qui hantent encore les murs du monde, une simple lettre, z, a régi son existence.

Philippe Sollers me regardait comme on perce un voile. Un visage d’un autre temps, marqué par Venise, l’errance, les braises de ses nuits blanches.

Avec Nathacha Appanah, nous sommes à Nancy, au festival du livre. Elle vient d’être récompensée pour Rien ne t’appartient. C’est un moment hors du temps. On entend déjà les murmures d’à côté, mais, elle, est ailleurs dans les limbes de ses doutes.

Je laisse la lumière traduire ce qui m’échappe. Chaque portrait est une question. Qui êtes-vous quand vous n’écrivez pas. Quelle part de vous se cache derrière le regard que l’on croit connaître. Je ne cherche pas la réponse. Je me contente de la trace.

Amélie Nothomb en 2016, un dernier regard dans le miroir de la loge avant de se rendre sur le plateau pour une interview.

Jean-Christophe Rufin à l’automne 2025, au Café des officiers à Paris, près de l’école militaire.

Natacha Appanah, en 2021, à Nancy, remporte le prix des Libraires pour Rien ne t’appartient.

Les mains de l’écrivain grec Vassilis Vassilikos, en 2020, au café Hara à Athènes.

Philippe Sollers pose pour moi en 2014, à Paris.

David Foenkinos au Musée d’art moderne de Paris, en 2018, devant La Femme aux yeux bleus de Modigliani.

 

 

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Je photographie les écrivains depuis une vingtaine d’années. Dans leur regard, je guette l’instant fragile qui précède la phrase, ce qui lui survit aussi. Un dialogue sans mots, un passage vers une chambre secrète où se déposent les doutes, les ombres et les prémices d’une inspiration. Je ne cherche pas à capturer une expression originale, j’essaie de ressentir leur contour intérieur. Dans le miroir d’une loge, Amélie Nothomb se regarde comme une enfant qui se découvre. Son double la suit, la défie presque. L’écriture naît souvent dans ces brèches où l’incrédulité devient tremblement. Blanche de Richemont, elle, vit dans le mouvement. Elle cherche une lumière intérieure, celle qui survit à la nuit. Sa douceur farouche, son regard d’azur, sa manière d’habiter Paris comme on traverse le désert font d’elle une voyageuse de l’âme. Son bouquet de fleurs est plus puissant que l’acier de son vélo. Didier Van Cauwelaert traverse les frontières invisibles. Dans une vitre, son visage hésite entre le réel et un territoire plus ancien où tout communique. Il écoute ce qui monte derrière ses pensées, curieux de l’improbable, attentif au vivant que les algorithmes ignorent. Marc Levy, lui, s’installe simplement face à moi. Sa main soutient une pensée en marche. Dans ses yeux, le mélange rare de mélancolie et d’élan. Il est déjà un peu dans demain, fidèle pourtant à ce qui l’a façonné. Jean-Christophe Rufin porte dans le regard les pays traversés, les vies soignées, les blessures du monde. À une terrasse parisienne, la lumière et son…

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