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Traverser le miroir

Par Félicité Herzog

Comment entre-t-on en littérature ? De la lecture à l’écriture, retour sur un parcours marqué par la volonté de transmettre.
Je n’ai pas choisi la littérature : c’est elle qui m’a prise. Enfant, je me suis laissée emporter par les mots avec la facilité instinctive de celles et ceux qui trouvent dans les livres un refuge naturel. Les contes, la mythologie, les textes pour la jeunesse furent mes premières frontières abolies. Je me projetais dans les univers de leurs auteurs comme on traverse un miroir : Giono, Aragon, Théophile Gautier… chacun ouvrait un passage vers un ailleurs où ma propre imagination trouvait enfin un territoire.

Très vite, la littérature est devenue ma double respiration : construction et évasion. Construction, parce qu’elle m’apprenait comment pensent les autres, comment se fabriquent les idées, comment une vie peut se concevoir autrement que la sienne. Évasion, parce que la vie d’enfant me paraissait morne, souvent ingrate, tandis que les romans de Barjavel, de Wilde ou les aventures de Dumas me donnaient accès à mille existences possibles. Les livres étaient autant de fenêtres ouvertes sur le romanesque et le fantastique.

Dès l’adolescence, j’ai compris que mon attachement ne portait pas seulement sur les histoires, mais sur la manière de les dire. Le style a été pour moi une révélation : la possibilité de désigner le réel dans sa finesse, de donner sa juste forme à une émotion, de rendre éloquentes les choses les plus simples comme les plus complexes. Lire et écrire, pour moi, c’était déjà mettre en scène. Je restituais des scènes imaginées ou inspirées de faits historiques, en tentant de capter la sensibilité humaine qui habite les instants.

Je pense, par exemple, à un dialogue que j’ai inventé pour mon dernier livre : hiver 1941-1942, à l’école d’Uriage, mon héros rencontre pour la première fois son chef, le capitaine Dunoyer de Ségonzac. Aucun détail ne m’avait été transmis, mais j’ai écrit cette rencontre comme si j’avais pu en être la scénariste, la caméraman, la témoin. Cette capacité à créer une atmosphère – par le rythme, la ponctuation, la nuance – constitue pour moi le miracle du roman. La littérature est une forme de peinture : je suis incapable de dessiner mais, par les mots, je peux suggérer une perspective, une couleur, un détail qui restituent une émotion.

J’ai grandi parmi les livres, dans l’écrin silencieux des bibliothèques. Celle dans le donjon du château d’Apremont-sur-Allier m’a marquée pour toujours : des volumes anciens, une odeur de papier, une lumière presque sacrée. Et puis, il y eut cette petite librairie du faubourg Saint-Honoré où, chaque jour après le collège, deux dames m’autorisaient à rester lire une heure. Elles ne le savaient pas, mais elles furent mes premières passeuses. Car la littérature n’existe jamais seule : elle circule grâce à des auteurs, des éditeurs, des critiques, des libraires, des lecteurs qui deviennent à leur tour des messagers.

Tout est dans les livres. Même face à la censure, aux effacements, aux renoncements, tout a été écrit, et ne cesse d’être réécrit. La littérature est un espace d’apprentissage, de passion, mais aussi d’apaisement. Elle bouscule parfois, elle mord, elle questionne. Dans mon cas, elle m’a donné l’audace d’écrire Un héros, où la figure de mon père devenait à la fois sujet, mythe et défi. C’est par là que je suis véritablement entrée en littérature.

Félicité Herzog est écrivaine, présidente de la librairie L’Écume des pages. Elle vient de fonder Badabook, un outil de recommandation de lecture fondé sur l’IA générative....

Comment entre-t-on en littérature ? De la lecture à l’écriture, retour sur un parcours marqué par la volonté de transmettre. Je n’ai pas choisi la littérature : c’est elle qui m’a prise. Enfant, je me suis laissée emporter par les mots avec la facilité instinctive de celles et ceux qui trouvent dans les livres un refuge naturel. Les contes, la mythologie, les textes pour la jeunesse furent mes premières frontières abolies. Je me projetais dans les univers de leurs auteurs comme on traverse un miroir : Giono, Aragon, Théophile Gautier… chacun ouvrait un passage vers un ailleurs où ma propre imagination trouvait enfin un territoire. Très vite, la littérature est devenue ma double respiration : construction et évasion. Construction, parce qu’elle m’apprenait comment pensent les autres, comment se fabriquent les idées, comment une vie peut se concevoir autrement que la sienne. Évasion, parce que la vie d’enfant me paraissait morne, souvent ingrate, tandis que les romans de Barjavel, de Wilde ou les aventures de Dumas me donnaient accès à mille existences possibles. Les livres étaient autant de fenêtres ouvertes sur le romanesque et le fantastique. Dès l’adolescence, j’ai compris que mon attachement ne portait pas seulement sur les histoires, mais sur la manière de les dire. Le style a été pour moi une révélation : la possibilité de désigner le réel dans sa finesse, de donner sa juste forme à une émotion, de rendre éloquentes les choses les plus simples comme les plus complexes. Lire et écrire, pour moi, c’était déjà mettre en scène. Je…

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