Découvrez Zone Critique

Un monde plus africain !

Par Jean-Christophe Bas

L’Afrique, qui représentera un quart de l’humanité d’ici 2050, souffre de divers handicaps mais des solutions existent pour favoriser le développement et créer des emplois.
« Le monde devient plus africain », c’est avec ce titre un brin provocant que le New York Times ouvrait l’année dernière une série d’articles consacrée à l’Afrique. Les chiffres et les perspectives, il est vrai, sont édifiants : en 1950, le continent représentait à peine 8 % de la population mondiale ; un siècle plus tard, il en représentera un quart. Dans le même temps, la population européenne devrait se réduire de 20 %. L’âge médian en Afrique est de 19 ans ; en Inde il est de 28 ans, en Chine et aux États-Unis de 38 ans et en Europe 42 ans. En 2030, un jeune sur deux qui entrera sur le marché mondial du travail sera africain. D’ici 2050, le continent comptera plus de 800 millions de personnes en âge de travailler.

C’est dire si le thème « Relever le défi de l’emploi des jeunes en Afrique », proposé par la 16e Conférence Europe-Afrique de l’Institut Aspen France organisée récemment à Annecy, est au cœur des préoccupations. Confrontée à une progression démographique vertigineuse, l’économie africaine peine à créer massivement les emplois nécessaires pour répondre aux attentes de cette jeunesse. Six millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail, alors que seulement 500 000 emplois formels sont créés.

L’Europe et l’Afrique ne sont séparés que par 8 miles nautiques, soit 14,5 petits kilomètres. Les deux continents ont un destin lié par leur histoire bien sûr, mais plus encore aujourd’hui par leur proximité. La pression migratoire qui pourrait s’abattre sur l’Europe dans les prochaines années a été évoquée lors du Sommet UE-Union Africaine tenu à Luanda en novembre dernier.

Ainsi que le rappelle Benoît Chervalier, dans son récent ouvrage, Ce qu’attend l’Afrique (éd. de l’Aube), « au niveau économique, le poids des 54 pays du continent s’est élevée en 2024 à environ 3 000 milliards de dollars, représentant près de 3,3 % du PIB mondial. À titre de comparaison, le PIB des États-Unis dépasse les 25 000 milliards de dollars et ceux de l’UE et de la Chine oscillent autour de 18 000 milliards de dollars. » Et de souligner l’extrême fragmentation et disparité des économies africaines : sept pays représentent 68 % du PIB africain.

Handicap majeur pour l’industrialisation du continent, 40 % de la population n’a pas accès à l’électricité, et aujourd’hui l’Afrique subsaharienne a une capacité de production d’électricité inférieure à la France !

Les discussions menées au cours de la conférence/sommet conduisent à cinq conclusions majeures pour relever le défi de l’emploi des jeunes en Afrique :

• Les institutions et infrastructures publiques sont le socle de l’emploi. Les entreprises créent des emplois, mais ces derniers ne peuvent prospérer que si les institutions publiques garantissent stabilité, clarté des règles et confiance, le tout soutenu par des infrastructures fiables. En fournissant des capitaux à long terme et des structures de co-investissement, la Caisse des dépôts et consignations du Bénin soutient les pôles agroalimentaires et logistiques, créant ainsi des emplois au-delà du simple apport de capitaux. De même, en Côte d’Ivoire, le fonds de garantie des PME mis en place par l’État – couvrant jusqu’à 70 % des prêts agricoles – a été présenté comme un mécanisme crédible pour réduire les risques liés aux prêts privés.

• Les systèmes éducatifs doivent évoluer de pair avec le marché du travail. La politique des compétences doit passer d’un modèle axé sur l’offre à un écosystème axé sur la demande, privilégiant l’employabilité et établissant des parcours structurés entre l’école et l’emploi. Les dispositifs de subventions salariales pour les jeunes, les garanties de premier emploi et les programmes de mentorat – tels que ceux expérimentés au Kenya et en Côte d’Ivoire – peuvent faciliter leur entrée sur le marché du travail.

• La création d’emplois à grande échelle exige des écosystèmes systémiques : les emplois productifs émergent de systèmes intégrés combinant infrastructures, financement, compétences et accès au marché. Les pôles industriels, les chaînes de valeur agroalimentaires et les centres d’innovation numérique illustrent comment ce modèle peut être déployé à plus grande échelle.

L’agriculture demeure le premier employeur d’Afrique – occupant plus de la moitié de la population active – mais contribue à moins d’un cinquième du PIB. La création d’emplois ne réside pas dans l’agriculture de subsistance mais dans le développement des chaînes de valeur – reliant la production, la transformation, la logistique et l’accès aux marchés, multipliant ainsi les emplois à chaque étape. L’écosystème régional du groupe OCP – qui combine production d’engrais, formation des agriculteurs et logistique – est un exemple de la façon dont les stratégies industrielles intégrées peuvent accélérer la création de valeur ajoutée et créer des emplois à grande échelle.

• L’accès aux financements demeure le principal obstacle pour les petites et moyennes entreprises (PME), qui représentent environ 90 % du secteur privé et plus de 60 % de l’emploi dans la plupart des pays africains. Les exigences en matière de garanties, les taux d’intérêt élevés et la perception d’un risque accru limitent l’octroi de crédits. L’expansion du financement requiert des instruments de partage des risques plutôt que de nouvelles subventions. En Côte d’Ivoire, le fonds de garantie des PME a élargi son offre de prêts à l’agriculture et aux entreprises dirigées par des femmes sans fausser les incitations du marché. Au Bénin, la Caisse des dépôts et consignations mobilise l’épargne intérieure pour cofinancer les infrastructures logistiques et agro-industrielles, démontrant ainsi comment les capitaux nationaux peuvent soutenir l’investissement à long terme.

• Développer les perspectives d’avenir offertes par l’économie numérique africaine et l’essor de l’IA. La numérisation remodèle déjà les marchés du travail, mais ses bénéfices restent inégaux selon les pays, les villes et les genres. Selon la Société financière internationale, la transformation numérique du continent pourrait générer environ 180 milliards de dollars, soit environ 6 % du PIB, d’ici 2030. Pourtant, la répartition des opportunités reste très concentrée : quatre pays – l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Kenya et l’Égypte – attirent plus de 80 % des flux totaux de capital-risque.

L’expérience kenyane illustre comment l’innovation mobile peut transformer les écosystèmes de l’emploi. Par exemple, le système de microfinancement et de transfert d’argent par téléphone mobile M-Pesa, avec un réseau dense d’agents, une carte d’identité nationale universelle, des systèmes de connaissance du client (KYC) et une approche réglementaire ont permis à cette solution de se développer et de prendre rapidement de l’ampleur. La plateforme Twiga Foods s’est également distinguée, mettant en relation 13 000 agriculteurs avec près de 6 000 fournisseurs et 2 000 points de vente.

Des recommandations qui pourront nourrir utilement les échanges du prochain Sommet France-Afrique qui se tiendra en mai prochain à Nairobi.

Jean-Christophe Bas est vice président de l’Institut Aspen France....

L’Afrique, qui représentera un quart de l’humanité d’ici 2050, souffre de divers handicaps mais des solutions existent pour favoriser le développement et créer des emplois. « Le monde devient plus africain », c’est avec ce titre un brin provocant que le New York Times ouvrait l’année dernière une série d’articles consacrée à l’Afrique. Les chiffres et les perspectives, il est vrai, sont édifiants : en 1950, le continent représentait à peine 8 % de la population mondiale ; un siècle plus tard, il en représentera un quart. Dans le même temps, la population européenne devrait se réduire de 20 %. L’âge médian en Afrique est de 19 ans ; en Inde il est de 28 ans, en Chine et aux États-Unis de 38 ans et en Europe 42 ans. En 2030, un jeune sur deux qui entrera sur le marché mondial du travail sera africain. D’ici 2050, le continent comptera plus de 800 millions de personnes en âge de travailler. C’est dire si le thème « Relever le défi de l’emploi des jeunes en Afrique », proposé par la 16e Conférence Europe-Afrique de l’Institut Aspen France organisée récemment à Annecy, est au cœur des préoccupations. Confrontée à une progression démographique vertigineuse, l’économie africaine peine à créer massivement les emplois nécessaires pour répondre aux attentes de cette jeunesse. Six millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail, alors que seulement 500 000 emplois formels sont créés. L’Europe et l’Afrique ne sont séparés que par 8 miles nautiques, soit 14,5 petits kilomètres. Les deux continents ont un destin lié…

Pas encore abonné(e) ?

Voir nos offres

La suite est reservée aux abonné(e)s


Déjà abonné(e) ? connectez-vous !



S’abonner pour 1€ S’abonner

Zeen is a next generation WordPress theme. It’s powerful, beautifully designed and comes with everything you need to engage your visitors and increase conversions.

Top Reviews