Invitée en Inde par l’Institut français, l’autrice était à Jaipur le temps d’un chapitre. Littérature, écriture et politisation des corps, autant de chemins vers l’émancipation. Elle est née dans la classe moyenne du Pays basque, à la fin des années 1960, dans une maison où les livres faisaient les murs, nécessaires plutôt qu’ornementaux. Sa mère, qui se rêvait hôtesse de l’air mais en fut empêchée par une tuberculose, est devenue prof de français par goût des mots. « Ce n’était pas une professeure classique, c’était une hôtesse de l’air qui n’avait pas pu l’être. » On y devine un personnage hautement romanesque, avant qu’un autre ne se dessine. « Mon père, lui, c’est un grand intellectuel qui n’a pas fait d’études. » Lecteur exigeant, elle dira de lui qu’il lit la « littérature virile », d’Ulysse de Joyce à Malraux, elle y voit surtout « un écrivain contrarié qui ne s’est jamais autorisé à écrire ». Halte : elle prendra le relais. Les livres sont partout, « il y avait énormément de bouquins chez moi ». Le premier choc est enfantin et péremptoire « la bande dessinée Astérix et Cléopâtre. C’était le seul personnage féminin fort et j’ai appris à lire là-dedans, littéralement. » À 4 ans, le père lit les bulles, puis soudain « je me rappelle être en mesure de les lire moi-même ». La lecture est une conquête physique « le sentiment de lutter pour mettre les lettres ensemble et que le sens jaillisse ». Viennent ensuite Le Club des Cinq, Alice, puis le saut brutal vers les classiques. « On passait du Clan des…



