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“Mon Amérique à moi”

par Jolan Thomas

L’arrivée du chemin de fer marque le début de la modernité aux États-Unis et la fin d’un monde, celui des cow-boys
Je suis diplômé de Brassart, une école de dessin de Bordeaux. Pendant mes études, je nourrissais déjà l’ambition de faire de la bande dessinée. En réalité, je dessine depuis mon enfance, j’étais peu attiré par les romans et les écrans. Ce qui m’attirait avant tout, c’était la bibliothèque de bandes dessinées de mon père. Mes premières lectures ? Léonard et Astérix. Un peu plus tard, j’ai découvert Lanfeust de Troy d’Arleston, le manga Dreamland de Reno Lemaire et puis Thorgal, le chef-d’œuvre de Rosiński. Mon prénom, je le dois d’ailleurs à Thorgal… enfin à mes parents qui m’ont donné le prénom du fils de Thorgal, Jolan. Ma passion pour le dessin, je la dois aussi à mon grand frère que j’admirais plus que tout et qui dessinait beaucoup. C’est donc devenu très vite mon passe-temps favori.

Ayant dévoré tout ce qui était à ma portée dans la bibliothèque de mon père, j’ai commencé à aller tout seul à la médiathèque de Floirac pour satisfaire mon appétit. C’est là-bas que j’ai eu de véritables révélations esthétiques comme La Colère de Fantômas de Julie Rocheleau ou Étunwan de Thierry Murat. Je cherchais à être surpris en prêtant une attention particulière à la mise en scène et au rythme.

Quand j’ai eu mon diplôme en poche, je me suis donné un an pour développer un projet BD. Je suis parti trois mois en Nouvelle-Zélande avec l’ambition de revenir avec un scénario. Là-bas, j’ai découvert des paysages arides et des tussock grass (des hautes herbes jaunes) qui m’ont fait penser aux grandes étendues du Far West tel qu’on les voit dans les westerns. C’est de là qu’a germé l’idée du Procès des affamés.

Mais j’avais envie de m’éloigner des codes du western classique. Je voulais raconter une histoire inexplorée et surprenante, comme celles que j’avais pu lire plus jeune. Je voulais prendre l’histoire par en bas, raconter celle des laissés-pour-compte, le génocide des Amérindiens et le massacre des bisons. La période sur laquelle je m’appuie coïncide avec le développement du train à la fin du xixe siècle. L’arrivée de la locomotive marque le début de la modernité aux États-Unis et la fin d’un monde, celui des cow-boys. Dorénavant le bétail sera acheminé par wagons.

J’ai voulu raconter cette période de transition où certains ont réussi à prendre le wagon en marche et se sont enrichis, et où d’autres sont restés sur le bas-côté. Les anciens cow-boys dont font partie mes personnages cherchent à survivre à ce changement d’ère. Mais ils sont démunis, ils ne savent rien faire d’autre. Alors comme ceux qui n’ont plus rien, ils échafaudent un plan pour sortir de la misère mais, vous vous en doutez, ça ne va pas se passer comme ils le souhaitent…

Quand je pense à l’Amérique d’aujourd’hui, je me dis que les choses n’ont pas vraiment changé. Depuis la deuxième moitié du xixe siècle, le pays n’a cessé de poursuivre sa quête de progrès technologique. Cent-cinquante ans plus tard, les locomotives à vapeur de l’Union Pacific ont cédé la place aux Big Techs. Nouveau Graal technologique : l’intelligence artificielle. À mesure qu’elle se développe, elle laisse derrière elle son cortège de laissés-pour-compte. La loi du 6-coups a repris vie à travers les exactions de l’ICE, la police de l’immigration qui joue du pistolet dans les 51 états. L’Amérique de 2026, celle de Trump et de ses cavaliers du chaos, c’est un écho du Far West où la loi des puissants soumet les plus faibles….

Jolan Thomas est auteur de bande dessinée. Il a publié cette année Le Procès des affamés chez FamiliaR éditions....

L’arrivée du chemin de fer marque le début de la modernité aux États-Unis et la fin d’un monde, celui des cow-boys Je suis diplômé de Brassart, une école de dessin de Bordeaux. Pendant mes études, je nourrissais déjà l’ambition de faire de la bande dessinée. En réalité, je dessine depuis mon enfance, j’étais peu attiré par les romans et les écrans. Ce qui m’attirait avant tout, c’était la bibliothèque de bandes dessinées de mon père. Mes premières lectures ? Léonard et Astérix. Un peu plus tard, j’ai découvert Lanfeust de Troy d’Arleston, le manga Dreamland de Reno Lemaire et puis Thorgal, le chef-d’œuvre de Rosiński. Mon prénom, je le dois d’ailleurs à Thorgal… enfin à mes parents qui m’ont donné le prénom du fils de Thorgal, Jolan. Ma passion pour le dessin, je la dois aussi à mon grand frère que j’admirais plus que tout et qui dessinait beaucoup. C’est donc devenu très vite mon passe-temps favori. Ayant dévoré tout ce qui était à ma portée dans la bibliothèque de mon père, j’ai commencé à aller tout seul à la médiathèque de Floirac pour satisfaire mon appétit. C’est là-bas que j’ai eu de véritables révélations esthétiques comme La Colère de Fantômas de Julie Rocheleau ou Étunwan de Thierry Murat. Je cherchais à être surpris en prêtant une attention particulière à la mise en scène et au rythme. Quand j’ai eu mon diplôme en poche, je me suis donné un an pour développer un projet BD. Je suis parti trois mois en…

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