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N° 42 · juillet-août 2026 · Musique

Robin Fincker « Le temps, en musique, n’est pas linéaire »

propos recueillis par Paul Dozier 5 juillet 2026 3 min de lecture

Two Minds (BMC Records) de Shadowlands

Habitué à jouer collectif, Robin Fincker a retrouvé la chanteuse irlandaise Lauren Kinsella et le pianiste britannique Kit Downes, au sein de Shadowlands, pour un nouvel album, Two Minds, qui mêle chants traditionnels irlandais et compositions originales nourries de folk et de jazz européen. Se partageant entre Londres et Paris, le saxophoniste est d’un naturel curieux. « Dans ma musique j’essaye de ne pas hiérarchiser les sons, de décoller les étiquettes et de ne pas me poser la question de ce qui est vieux ou neuf. Le temps, en musique, n’est pas linéaire mais plutôt une sorte de spirale, qui repasse par le même chemin au gré des tours. Pour cette sélection,j’ai essayé de choisir des morceaux qui m’ont touchés et font écho à cela. »

 

 

 

 

 

 

Westward Airways, John Parish
Cet album occupe une place particulière dans tout ce que j’ai pu entendre de John Parish. Il y a un son incroyable dans ce morceau. Quand on écoute de près, tout est très simple (quelques riffs, pas de chant) et dès qu’on recule un peu on entend une sorte d’essence de pop anglaise hyper riche et complètement intemporelle.

Reach Down Into the Deepest White, Ruth Goller
La musique de Ruth Goller est si singulière ! Sur ce morceau, qui figure sur l’album Skyllumina, la voix et la basse semblent n’être qu’un seul instrument, une sorte d’orgue polyphonique de voix qui percent la brume.

Georgie, Levi Smith
Ce morceau est tiré d’une compilation intitulée Songs of the Open Road qui regroupe des chants gitans d’Angleterre, entre autres. Avec celui-ci, comme avec beaucoup de chants traditionnels folks, je me demande quelle formule magique ils contiennent pour pouvoir traverser le temps, parfois plusieurs siècles, en restant quasi inchangées.

Grand Duc, Tatiana Paris
Cette chanson figure sur le deuxième disque en solo de la guitariste sur le label Carton Records. Elle apparaît comme un carrefour entre musique expérimentale, électronique et une boîte à musique de folk un peu déglinguée. C’est hyper beau.

Jesus Maria, Jimmy Giuffre
Le son de clarinette de Jimmy Giuffre m’accompagne et me hante un peu… Jesus Maria est une magnifique chanson écrite par Carla Bley, ici joué en trio de manière très sobre. C’est pour moi un des piliers de toute une école de son dans le jazz qu’on pourrait qualifier de « chambriste », en référence à la musique de chambre dans le classique. On y privilégie le son d’ensemble aux individualismes, les egos au placard.

Music for 18 Hairdressers : Braids & Fractals, Ben LaMar Gay
J’aime beaucoup de choses dans le travail de Ben LaMar Gay, un artiste de Chicago. Ce morceau est comme une transe de tradition qu’on peut imaginer venant d’Afrique, qui tourne en boucle. Petit à petit la production du son, les timbres, le choix de laisser les bruits de souffles font du morceau une construction électro-acoustique qui pourrait durer des heures.

Step Up to the Altar, Laura Jurd
Un morceau issu du dernier disque de la trompettiste anglaise Laura Jurd. C’est une composition originale mais pourrait aussi bien être une danse ancienne. En revanche, le son du groupe et la manière d’improviser avec la composition le classe définitivement dans la catégorie « folk du futur ».

Afternoon Variant, Skúli Sverrisson & Óskar Guðjónsson
Ce duo d’Islandais a un son incroyable. Le saxophone d’Óskar Guðjónsson semble irréel et on a du mal à identifier l’instrument. La musique est assez pop et complètement en apesanteur. C’est un ovni total.

A Simple Fall, Vincent Courtois & Colin Vallon
Cela fait quinze ans que je joue avec Vincent Courtois dans de multiples contextes, et je l’écoutais déjà depuis longtemps avant de jouer avec lui ! Il a un des plus beaux sons de violoncelle que j’ai entendu. Ce morceau issu de son disque en duo avec le pianiste Colin Vallon ne déroge pas à la règle.

Echos, Beatriz Ferreyra
Une pièce de musique concrète à base d’enregistrements de chants par la nièce de Beatriz Ferreyra. L’utilisation de la voix comme instrument est parfois proche des sons vers lesquels nous allons avec Shadowlands.

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