Yannick Haenel propose un texte nécessaire, un aiguillon indispensable pour les consciences endormies. Depuis les assassinats de Samuel Paty et de Dominique Bernard, le débat public s’est souvent figé dans des postures politiciennes. C’est précisément dans cette brèche ouverte par l’effroi que le dernier livre de Yannick Haenel, La Solitude des professeurs est infinie, publié chez Gallimard en août, s’avère indispensable. Face à la tragédie, l’écrivain ne livre pas une énième tribune républicaine ni une analyse sociologique de plus ; il fait le choix viscéral de la littérature pour sonder l’épaisseur d’un drame que la société préfère parfois regarder de loin. Ce texte court, dense et incandescent, prend le parti de ceux qui restent en première ligne : les enseignants, condamnés à une solitude que notre époque rend vertigineuse. Prendre position sur ce livre, c’est d’abord saluer le déplacement radical du regard qu’il opère. Haenel rappelle une vérité fondamentale que la technocratie contemporaine s’efforce d’effacer : enseigner n’est pas un simple transfert de compétences techniques ou de contenus standardisés, c’est une transmission spirituelle, existentielle et sensible. À l’heure où les algorithmes et les écrans menacent de déshumaniser le lien pédagogique, l’auteur rappelle que la classe reste le lieu d’une rencontre d’âmes, une aventure vivante et incarnée qui ne se laisse pas réduire à des grilles d’évaluation. En convoquant la figure du professeur de lettres, celui qui ouvre les vannes du langage, l’auteur redonne ses lettres de noblesse au métier. Il démontre avec force que la solitude des professeurs n’est pas seulement institutionnelle –…



