La diffusion de l’intelligence artificielle génère des interrogations sur l’avenir du travail. Dans l’histoire industrielle, chaque innovation a entraîné le développement de nouvelles activités et par la création de nouveaux emplois. Avec l’IA, rien de pareil : elle s’impose dans le traitement de tâches qui occupaient naguère des professions entières (graphistes, juristes, comptables, conseillers en tout genre…) sans ouvrir d’autres horizons ou si peu. Elle fait plus et mieux, plus vite et pour un coût moindre que les humains auxquels, logique compétitive oblige, elle se substitue irrésistiblement.
D’où une inquiétude qui grandit à mesure que les emplois sont supprimés. Les nouveaux seigneurs de la technologie qui veulent éviter une révolte des gouvernements et des gouvernés pensent avoir trouvé la solution : l’instauration d’un revenu universel versé à chacun. Pour Elon Musk et consorts, une telle initiative est d’autant plus séduisante qu’elle peut installer une nouvelle stratification sociale avec une élite contrôlant l’outil de production – de même que le système politique – et une masse qui se contente de miettes pour survivre.
En assurant que les individus « pourront dépenser davantage en loisirs », le milliardaire d’extrême droite livre sa pensée profonde : la population a juste besoin de s’amuser. Du pain et des jeux : depuis l’Antiquité, la vision qu’ont les élites du peuple n’a pas changé. À ceci près que désormais les entrepreneurs américains, obsédés par l’argent et le pouvoir, cherchent aussi à contrôler les esprits.
Or, le travail n’est pas qu’utilitaire. En d’autres termes, il ne permet pas seulement d’obtenir des moyens de subsistance. C’est surtout le moyen par lequel la conscience se réalise et accède à une forme d’autonomie.
Les philosophes ont très tôt opéré la distinction entre travail (issu du latin tripalium et associé à la douleur) et œuvre. D’un côté, la nécessité pour vivre, de l’autre la volonté de s’inscrire dans la durée et de s’élever. Les compagnons qui construisaient les cathédrales avaient la tâche dure mais ils avaient le sentiment d’œuvrer pour quelque chose de grand, de transcendant.
Tout l’enjeu des années qui viennent sera de redonner au travail ses lettres de noblesse, que ce soit au niveau de l’intérêt ou de la rémunération. Car en construisant le monde, l’être humain se construit lui-même. ...
La diffusion de l’intelligence artificielle génère des interrogations sur l’avenir du travail. Dans l’histoire industrielle, chaque innovation a entraîné le développement de nouvelles activités et par la création de nouveaux emplois. Avec l’IA, rien de pareil : elle s’impose dans le traitement de tâches qui occupaient naguère des professions entières (graphistes, juristes, comptables, conseillers en tout genre…) sans ouvrir d’autres horizons ou si peu. Elle fait plus et mieux, plus vite et pour un coût moindre que les humains auxquels, logique compétitive oblige, elle se substitue irrésistiblement. D’où une inquiétude qui grandit à mesure que les emplois sont supprimés. Les nouveaux seigneurs de la technologie qui veulent éviter une révolte des gouvernements et des gouvernés pensent avoir trouvé la solution : l’instauration d’un revenu universel versé à chacun. Pour Elon Musk et consorts, une telle initiative est d’autant plus séduisante qu’elle peut installer une nouvelle stratification sociale avec une élite contrôlant l’outil de production – de même que le système politique – et une masse qui se contente de miettes pour survivre. En assurant que les individus « pourront dépenser davantage en loisirs », le milliardaire d’extrême droite livre sa pensée profonde : la population a juste besoin de s’amuser. Du pain et des jeux : depuis l’Antiquité, la vision qu’ont les élites du peuple n’a pas changé. À ceci près que désormais les entrepreneurs américains, obsédés par l’argent et le pouvoir, cherchent aussi à contrôler les esprits. Or, le travail n’est pas qu’utilitaire. En d’autres termes, il ne permet pas seulement d’obtenir des moyens de…