Les œuvres cultes ne cherchent pas à faire consensus ; elles donnent envie de discuter. Il est des œuvres dont on parle avec une ferveur singulière. On ne se contente pas de les aimer, on les défend. On ne les recommande pas simplement, on les prêche. On en cite des passages comme d’autres invoquent les Écritures. On s’y réfère pour comprendre le monde, on traque les hérésies dans chaque adaptation, et surtout, on éprouve ce besoin presque irrépressible de convertir les autres. Vous avez dit culte ? À bien y regarder, le mot est remarquablement choisi. Car l’œuvre culte ne dit pas d’abord le succès, elle dit la fidélité quasi religieuse. Elle fait de ses lecteurs des passeurs, des missionnaires de leurs propres émerveillements. Italo Calvino écrivait qu’un classique est « un livre qui n’a jamais fini de dire ce qu’il a à dire ». On pourrait prolonger sa formule : une œuvre culte est peut-être un livre qui n’a jamais fini de trouver des lecteurs pour le dire en son nom. Le paradoxe est qu’il n’y a rien de plus collectif ni rien de plus intime que les œuvres cultes. Elles sont à la fois ce qui nous rassemble et ce qui nous distingue. Les Trois Mousquetaires, Astérix, Le Seigneur des anneaux, Dragon Ball, Les Misérables… Qu’on les admire ou qu’on les déteste, qu’on les ait lues ou non importe peu. Elles appartiennent à notre paysage mental. Elles circulent dans les conversations, les publicités, les discours politiques, les cours de récréation. Elles sont notre…



