I.A. : le consensus 2.0

Xavier Couture

Comme beaucoup d’entre nous j’ai voulu interroger ChatGPT, acronyme que l’on peut traduire en bon français (?) par « conversation avec un transformateur génératif pré-entraîné ». Ce nouvel eldorado de la panne d’inspiration fait les beaux jours des petits et des grands. Des papiers de journaliste sont écrits par lui, mais aussi des scénarios, des conférences, sans oublier le stock de dissertations que les « auteurs » recopient sans en comprendre toujours le sens. L’intelligence artificielle (IA) a ceci de bon : elle permet aux ignorants de mesurer leurs lacunes et aux sachants désabusés d’aller à la pêche.

OpenAI avait lancé le projet en 2015 avec la participation d’Elon Musk, toujours lui ! Depuis, Musk a préféré raccourcir sa prose grâce à Twitter et, sans lui imposer de devenir CloseAI, Microsoft en a pris le contrôle et s’apprête à limiter son ouverture en créant des services payants, on ne se refait pas.

Avant d’interroger ChatGPT, je me suis souvenu de quelques données sur notre propre cerveau. Avec ses 1,3 kg, il affiche des performances à faire pâlir les ingénieurs d’Apple et de Microsoft réunis en congrès : 90 milliards de neurones, ce qui produit, et c’est vertigineux, 10 000 milliards de synapses par centimètre cube. Notre cerveau contient plus de synapses que la totalité des astres de l’univers. Un peu de modestie, Monsieur ChatGPT ! La différence entre lui et nous ? Une masse d’intelligence collective et humaine l’a gavé d’informations qu’il n’oublie pas, dont il est capable de se servir à 100 %, malgré ses toutes petites connexions comparées aux nôtres. Ce nouvel outil devrait nous ouvrir l’appétit. Nous sommes des machines prodigieuses qui ne demandent qu’à être nourries, à apprendre, à dévorer la connaissance.

J’ai donc interrogé ChatGPT avec une question basique sur les réseaux sociaux et le nouvel impérialisme du clic, ce geste simple qui transforme l’individu en narcisse solitaire, le consommateur en produit, la communauté en troupeau de clones :

Les algorithmes de Facebook et de TikTok sont-ils conçus pour nous retenir ?

Voici la réponse de l’IA : « Oui, les algorithmes utilisés par les réseaux sociaux tels que Facebook et TikTok sont conçus pour maintenir l’engagement de l’utilisateur. Cela signifie que l’algorithme affiche du contenu qui est jugé le plus susceptible de retenir l’attention de l’utilisateur et de les inciter à rester sur la plateforme le plus longtemps. Cependant, il est important de noter que les algorithmes sont conçus pour améliorer l’expérience de l’utilisateur, mais ils peuvent également avoir des effets négatifs tels que la boucle de recommandation qui montre principalement du contenu similaire à ce qui a été vu auparavant, plutôt que de découvrir de nouveaux points de vue et de nouvelles perspectives. Il est important de faire preuve de conscience technologique et de modération pour éviter les effets négatifs potentiels de l’utilisation excessive des réseaux sociaux ».

Alors là, chapeau ! D’abord, le bon français est encore en souffrance et puis, surtout, on dirait la synthèse des huit sous-courants d’un parti centriste. On voudrait lancer Cyrano pour corriger ce texte à l’eau tiède. Ah ! non ! C’est un peu court jeune Acronyme ! L’IA qui sait tout aurait pu aussi nous rappeler le temps de présence sur les écrans et ses conséquences sur l’enseignement et l’information. Personne ne conteste que cette vie numérique, réseaux sociaux compris, est un levier de progrès, mais nul ne peut démentir la transformation de notre société provoquée par ce nouveau paradigme et la fracture générationnelle qui l’accompagne. Le fait est là, et la moindre des politesses des experts de la parole préformatée serait de nous interroger sur les conséquences de cette mutation sociologique, ou plutôt de cette mue ethnologique. À ce stade il faudrait convoquer les héritiers de Lévi-Strauss pour analyser ces nouvelles tribus et abandonner Debord qui a disséqué les causes du phénomène jusqu’à l’os. Un exemple quotidien et crucial du basculement est sous nos yeux : la relation au travail. Son acceptation par les nouvelles générations dépend avant tout de son utilité pour l’intérêt général. Le contrôle de l’œil numérique est-il vertueux en générant cette solidarité généreuse ou faut-il s’inquiéter de l’apparition d’un Big Brother culpabilisant et normatif ?

En croyant célébrer ses nouvelles idoles, autonomie et liberté, en privilégiant le respect de pratiques sociales inédites dans tous les domaines, la société des plus jeunes oublie-t-elle la notion d’individu au profit d’un collectif tolérable, voire imposé ? La liberté du choix doit rester un territoire sacré, mais il semble souvent qu’il ne soit dicté que par un besoin de ressemblance et d’appartenance, soutenu par la peur du rejet. Nos milliards de milliards de synapses nous donnent un avantage que nous devons célébrer en le rappelant à chaque être humain réfugié, en suçant son pouce régressif, dans la moiteur de son écran : la liberté. Cette liberté passe par la transgression, le pouvoir d’exercer son jugement sur tout, y compris sur soi-même, le pouvoir de lire ou relire Kierkegaard ou Foucault, Bataille, Pascal ou Spinoza et de nous souvenir à chaque instant que nous possédons 1,3 kg de la plus grande richesse du monde : la pensée....

Comme beaucoup d’entre nous j’ai voulu interroger ChatGPT, acronyme que l’on peut traduire en bon français (?) par « conversation avec un transformateur génératif pré-entraîné ». Ce nouvel eldorado de la panne d’inspiration fait les beaux jours des petits et des grands. Des papiers de journaliste sont écrits par lui, mais aussi des scénarios, des conférences, sans oublier le stock de dissertations que les « auteurs » recopient sans en comprendre toujours le sens. L’intelligence artificielle (IA) a ceci de bon : elle permet aux ignorants de mesurer leurs lacunes et aux sachants désabusés d’aller à la pêche. OpenAI avait lancé le projet en 2015 avec la participation d’Elon Musk, toujours lui ! Depuis, Musk a préféré raccourcir sa prose grâce à Twitter et, sans lui imposer de devenir CloseAI, Microsoft en a pris le contrôle et s’apprête à limiter son ouverture en créant des services payants, on ne se refait pas. Avant d’interroger ChatGPT, je me suis souvenu de quelques données sur notre propre cerveau. Avec ses 1,3 kg, il affiche des performances à faire pâlir les ingénieurs d’Apple et de Microsoft réunis en congrès : 90 milliards de neurones, ce qui produit, et c’est vertigineux, 10 000 milliards de synapses par centimètre cube. Notre cerveau contient plus de synapses que la totalité des astres de l’univers. Un peu de modestie, Monsieur ChatGPT ! La différence entre lui et nous ? Une masse d’intelligence collective et humaine l’a gavé d’informations qu’il n’oublie pas, dont il est capable de se servir à 100 %, malgré ses toutes petites connexions comparées aux nôtres. Ce nouvel outil devrait…

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