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Une alliance pour les réunir tous ?

Par Guillaume Ancel

La guerre lancée par la Russie en Ukraine a sorti l’OTAN d’une léthargie qui semblait sans retour.
Les 32 pays membres de l’OTAN, ce club de défense collective, se sont réunis les 7 et 8 juillet 2026 à Ankara, en Turquie, qui dispose d’une des armées les plus puissantes de l’organisation. Le contexte est évidemment compliqué, nous sommes loin de « l’état de mort cérébrale » que le jeune président Macron annonçait trop vite, en 2019, au sujet de cette alliance qui se cherchait une utilité en l’absence de menace avérée…

Que de changements majeurs avec le déclenchement de la guerre russe contre l’Ukraine, en 2022 – je le précise, car cela semble presque lointain après plus de quatre années d’une guerre particulièrement meurtrière –, la transformation même de la guerre comme confrontation armée et l’évolution désormais radicale du rôle des États-Unis avec l’arrivée à la Maison-­Blanche de Donald Trump et de son « cercle de pouvoir » marquée par une idéologie d’extrême droite, dont le vice-président JD Vance est l’illustration-type.

Le premier sujet de ce sommet fut probablement d’afficher « l’unité » des pays membres alors même que cette organisation a été créée pour suppléer à la dispersion politique des pays européens. L’OTAN est en effet d’abord destinée à permettre à des systèmes militaires différents « d’opérer » ensemble, des armées qui sinon pourraient à peine se parler, encore moins se comprendre et partager. À ce titre, l’OTAN n’a pas d’armée, c’est une alliance défensive de pays qui dispose chacun de son armée.

L’avantage des pays européens désormais est qu’ils se sentent à peu près tous concernés (même la Suisse, qui n’est pas membre de l’OTAN) par l’agressivité de la Russie de Poutine et le risque d’une confrontation directe, tandis que ce dernier perd pied dans cette guerre contre l’Ukraine qu’il croyait remporter sans ­difficulté, et sans réaction substantielle des autres pays européens.

Cela explique notamment l’adhésion très récente de la Suède et de la Finlande qui faisaient jusqu’alors de la neutralité une politique intangible. Il est assez paradoxal de noter que l’OTAN, dont la dislocation est une des principales cibles de la politique de Poutine, est sortie de son coma et s’est même renforcée du fait de celle-ci.

Notons aussi que les relais du « maître du Kremlin », comme CNews et le Rassemblement « national » en France, continuent pourtant à clamer que c’est la menace de l’OTAN qui serait à l’origine de cette guerre contre l’Ukraine, alors même que l’organisation n’avait jamais été aussi moribonde de son histoire. Encore une inversion de la réalité, chère aux extrémistes qui veulent déstructurer nos sociétés démocratiques.

 

L’OTAN fait désormais face à un triple défi, se préparer à se battre avec ou sans les États-Unis, s’adapter aux nouvelles formes de guerre et soutenir collectivement la résistance ukrainienne.

En premier lieu, la menace militaire exercée par Poutine n’a jamais été aussi dangereuse et l’OTAN essaye de se préparer face aux multiples possibilités de réaction de la Russie, du fait que sa guerre contre l’Ukraine est en échec. Provocations, sabotages, utilisation de drones sur la totalité de l’espace européen, tir de missiles balistiques difficiles à intercepter, intrusion militaire dans les pays frontaliers les moins armés comme les pays baltes, l’OTAN est cruciale pour coordonner les « réponses adaptées » susceptibles de dissuader Poutine d’agresser militairement un ou plusieurs de ces pays.

Le sommet a ainsi décidé du renforcement du déploiement de forces des pays membres pour mieux protéger les pays frontaliers de la Russie, dans les pays baltes et en Finlande par exemple, où une force multinationale se prépare à la frontière suédoise. Autant d’initiatives qui engagent les armées d’à peu près la moitié des États membres et qui ne suscitent heureusement plus de polémiques dans leurs sociétés respectives, comme si ce déploiement préventif devenait enfin une évidence dans les esprits.

 

Préparer l’alliance au retournement de situation en Ukraine et aux réactions probables de Poutine

Pourtant, si cette force multinationale devait « s’engager » – concrètement, se battre – contre un corps expéditionnaire russe, cela impliquerait des centaines de morts et de blessés, comme sur le front ukrainien aujourd’hui… Évidemment, l’objectif même de ces déploiements internationaux est de dissuader une agression militaire russe, mais organiser de tels déploiements revient à accepter de se battre si nécessaire, un changement d’état d’esprit notable pour nos pays européens qui croyaient depuis des décennies être exemptés de guerre…

L’autre aspect structurant de ces déploiements préventifs de force est qu’ils soient suffisants pour dissuader d’une attaque militaire et donc capables de la stopper dès les premières heures. Même si l’aspect symbolique et politique d’une telle présence, française en Lituanie ou britannique en Estonie, est crucial, la capacité de combat de ces déploiements est essentielle pour ne pas se faire balayer dans une opération éclair, qui relancerait inévitablement un débat sur l’opportunité d’agir quand tout cela va très vite.

C’est d’ailleurs pour cette raison que Poutine voulait procéder en moins de trois semaines contre l’Ukraine, en imposant aux Européens un dilemme « fait accompli » vs « escalade militaire longue et incertaine » auxquels ces derniers n’étaient absolument pas préparés.

De fait, les déploiements actuels de forces multi­nationales de l’OTAN dans les pays frontaliers sont sous-­dimensionnés : ils se comptent en centaines de militaires dans les pays baltes par exemple quand la Russie tenterait une opération avec plusieurs dizaines de milliers de soldats. Même en défensive, le rapport de force ne peut pas être inférieur au dixième de la force attaquante, mais il est aujourd’hui de l’ordre du centième…

« Valider un renforcement important du déploiement multinational aux frontières de l’empire russe pour constituer un rempart dissuasif. »

Bien sûr, il est coûteux d’entretenir des forces militaires sur un territoire voisin, mais c’est exactement ce que les alliés de l’OTAN ont fait avec succès en Allemagne de l’Ouest pendant quarante-cinq ans. La question au sommet d’Ankara était donc de valider un renforcement important du déploiement multinational aux frontières de l’empire russe pour constituer un rempart dissuasif. Et la France y joue un rôle clé pour donner l’exemple et assurer sa crédibilité quand elle mène avec la Grande-Bretagne la « coalition des volontaires » qui s’est réunie le 13 juillet à Paris et dont de nombreux membres ont défilé sur les Champs-Élysées le 14 juillet.

 

Quelle place pour les États-Unis au sein de l’OTAN ?

Tandis que le Canada, membre historique de l’OTAN, réaffirme son engagement dans la défense de l’alliance, l’attitude des États-Unis est d’autant plus ambiguë que Donald Trump brille par son incohérence et son inconstance. Certes, il s’est affiché bienveillant aux côtés du président ukrainien Volodymyr Zelensky, mais nul ne doute qu’il pourrait basculer en un éclair sur cette connivence avec Poutine qu’il affichait il y a un an encore, à Anchorage, en Alaska, en août 2025.

Au-delà des déclarations sans lendemain du président états-unien, force est de constater que les 31 autres membres de l’alliance ont acté qu’ils devaient assumer leur défense et qu’ils ne pouvaient plus reposer aveuglément sur une police d’assurance états-unienne qu’ils croyaient même ne pas avoir à payer…

Il faut rappeler cependant que les États-Unis pourraient difficilement quitter l’OTAN, d’une part pour des questions juridiques qui sont relativement contraignantes en ce qui concerne un traité international dûment ratifié, mais surtout pour la raison que l’OTAN est le principal marché d’armement pour les industriels états-uniens de l’armement !

Et si les dirigeants du « complexe militaro-­industriel » sont très sensibles aux augmentations de commandes militaires par l’administration Trump, ils savent aussi se rappeler à son bon souvenir quand il s’agit de défendre leurs intérêts économiques en Europe et au Canada, tandis que ces marchés d’armement ont notamment pour particularité d’être étendus sur de relativement longues périodes, un jackpot pour ces industriels.

 

Une licence à l’Ukraine pour fabriquer des missiles Patriot… dans plusieurs années

Durant ce sommet, Trump a concédé à l’Ukraine le fait de pouvoir fabriquer sous licence les fameux missiles Patriot qui sont globalement les plus adaptés à l’interception des missiles balistiques russes. Un soutien en réalité plus politique que pratique, car il faut de l’ordre d’une année pour monter une chaîne de fabrication aussi sophistiquée et de nouveau entre un à deux ans pour fabriquer ce missile… soit entre deux et trois années avant de produire ces Patriot alors que le besoin des Ukrainiens est immédiat.

Néanmoins, le fait que Trump accorde publiquement cette licence à l’Ukraine relève d’un soutien affiché des États-Unis que Poutine doit apprécier à sa juste valeur, de même que l’approbation de Trump à la stratégie ukrainienne de frapper des infrastructures clés – pétrolières notamment – en Russie. Une stratégie sans doute difficile à critiquer pour Trump, c’est celle qu’il voulait utiliser contre l’Iran…

Quant au développement de systèmes antimissiles et antidrones efficaces et pour un coût acceptable, la question reste entière pour les Euro­péens qui ne pourront avancer dans ce domaine critique que s’ils s’unissent industriellement et militairement, à l’instar d’Airbus pour l’aviation civile.

 

Soutien à l’Ukraine et adaptation aux nouvelles formes de guerre

Le point essentiel du sommet de l’OTAN était d’afficher un soutien uni et une solidarité de fait entre ses 32 membres pour l’Ukraine. Dont acte avec une promesse de financement militaire de la résistance ukrainienne de 70 milliards d’euros pour chacune des années 2026 et 2027 (sans les États-Unis), soit largement de quoi acheter de l’armement et d’en produire.

Ce sommet d’Ankara marque aussi un début de prise de conscience que la guerre s’était transformée en Ukraine et que les armées européennes étaient inadaptées dans leur format actuel à une confrontation désormais habitée par les drones, l’IA et la robotisation. Le partage d’expérience avec l’armée ukrainienne et le développement commun d’armements adaptés sont devenus une nécessité.

Rajoutons à cela la réaffirmation du principe cœur de l’OTAN, l’engagement « indéfectible » de tous les États membres, États-Unis compris, envers la clause d’assistance mutuelle consacrée par l’article 5 du traité de l’Alliance : « Une attaque contre un allié est une attaque contre tous. Notre unité, notre solidarité et notre force collective restent le socle sur lequel reposent la paix, la sécurité et la prospérité ». [Déclaration finale du sommet d’Ankara, 7 au 8 juillet 2026]

Une belle promesse qui n’engage probablement que ceux qui veulent y croire, mais qui contribue à obliger Vladimir Poutine sur la voie de la négociation, celle qui mettrait fin à cette guerre et aussi à son pouvoir d’effrayer ses voisins par son agressivité et ses mensonges. L’empire menaçant de Poutine n’aura jamais autant ravivé le besoin des Européens de se défendre – collectivement – et autant redonné à l’OTAN le rôle que voulait faire disparaître le maître du Kremlin.

Guillaume Ancel est un ancien lieutenant-colonel, saint-cyrien, breveté de l’École de guerre et de l’Institut royal supérieur de défense de Bruxelles. Il a quitté l’armée française en 2005 pour rejoindre le monde des entreprises où il est actuellement directeur de la communication d’une grande organisation. Il est aussi chroniqueur dans les médias sur les sujets de défense. Il anime le site Ne pas subir (nepassubir.fr)....

La guerre lancée par la Russie en Ukraine a sorti l’OTAN d’une léthargie qui semblait sans retour. Les 32 pays membres de l’OTAN, ce club de défense collective, se sont réunis les 7 et 8 juillet 2026 à Ankara, en Turquie, qui dispose d’une des armées les plus puissantes de l’organisation. Le contexte est évidemment compliqué, nous sommes loin de « l’état de mort cérébrale » que le jeune président Macron annonçait trop vite, en 2019, au sujet de cette alliance qui se cherchait une utilité en l’absence de menace avérée… Que de changements majeurs avec le déclenchement de la guerre russe contre l’Ukraine, en 2022 – je le précise, car cela semble presque lointain après plus de quatre années d’une guerre particulièrement meurtrière –, la transformation même de la guerre comme confrontation armée et l’évolution désormais radicale du rôle des États-Unis avec l’arrivée à la Maison-­Blanche de Donald Trump et de son « cercle de pouvoir » marquée par une idéologie d’extrême droite, dont le vice-président JD Vance est l’illustration-type. Le premier sujet de ce sommet fut probablement d’afficher « l’unité » des pays membres alors même que cette organisation a été créée pour suppléer à la dispersion politique des pays européens. L’OTAN est en effet d’abord destinée à permettre à des systèmes militaires différents « d’opérer » ensemble, des armées qui sinon pourraient à peine se parler, encore moins se comprendre et partager. À ce titre, l’OTAN n’a pas d’armée, c’est une alliance défensive de pays qui dispose chacun de son armée. L’avantage des pays européens…

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