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N° 34 · mars-avril 2025 · Bastille Café

À la page

par Léonard Desbrières 10 mars 2025 4 min de lecture

FAIS-MOI PEUR

La Nuit ravagée
de Jean-Baptiste Del Amo, éd. Gallimard, 464 p., 23 €.
En librairies le 13 mars.

 


Il fallait bien tout le talent et l’irrévérence de Jean-Baptiste Del Amo, Goncourt du premier roman avec Une éducation libertine (2009) et Prix du roman Fnac avec Le Fils de l’homme (2021) pour publier le tout premier conte horrifique de la prestigieuse et si sage « Blanche » de Gallimard. Reprenant tous les poncifs savoureux du genre – la bande d’adolescents trop curieux, la maison abandonnée, les bestioles dégoûtantes –, il nous propulse dans une redoutable machine à cauchemars. Mais en bon connaisseur des romans de genre, l’auteur sait que l’exploration de nos peurs et de nos passions morbides est le parfait catalyseur d’une réflexion plus profonde sur les démons qui rongent les hommes et les sociétés. Avec des conclusions presque plus terrifiantes que l’histoire qu’il a imaginée.

 

 

 

 

 

 

Fils prodigues
de Colin Barrett, traduit
de l’anglais par Charles
Bonnot, éd. Rivages,
350 p., 21 €

 

POUR UNE (GROSSE) POIGNÉE DE DOLLARS


Entre la superstar des millennials Sally Rooney et le prodige Michael Magee, repéré lors de la dernière rentrée avec son sublime Retour à Belfast, le roman irlandais a de beaux jours devant lui. Autre raison de s’emballer pour cette jeune garde qui croque avec une poésie crue les affres de la nouvelle génération, Colin Barrett s’apprête à marquer de son empreinte le printemps littéraire. Dans Fils prodigues, il met en scène une histoire de truands à la petite semaine, de prise d’otage laborieuse et raconte la solidarité d’une communauté pour payer une rançon démesurée. À mi-chemin entre les romans noirs poisseux, sous tension de Dennis Lehane et les tragicomédies de Ken Loach, une drôle de ballade irlandaise.

Fils prodigues de Colin Barrett, traduit de l’anglais par Charles Bonnot, éd. Rivages, 350 p., 21 €

 

 

 

 

 

 

Vasarely, l’héritage maudit
de Julie Malaure,
éd. Le Cherche Midi, 312 p, 21 €

UN UNIVERS IMPITOYABLE


Déformation professionnelle et passion pour la titraille choc, l’enquête littéraire signée par la journaliste du Point Julie Malaure s’annonce d’emblée comme un polar à grand spectacle : Vasarely, l’héritage maudit. Alliant minutie du reporter et fougue d’une romancière du réel, elle croque le portrait de Victor Vasarely (1906-1997), plasticien d’origine hongroise et inventeur de l’art optique. Elle raconte surtout comment la fortune amassée par l’artiste-star des années 1960 a suscité les pires convoitises. Un doyen d’université au passé d’escroc, un avocat radié du barreau qui, avec certaines toiles, s’est offert un château, une belle-fille en exil à Porto Rico avec des centaines de tableaux : plongée dans les coulisses d’une histoire vraie qui dépasse la fiction.

Vasarely, l’héritage maudit de Julie Malaure, éd. Le Cherche Midi, 312 p, 21 €

 

 

 

 

Nage libre
de Jessica Anthony,
traduit de l’anglais par Claro, éd. Le Cherche
Midi, 144 p., 18 €

LA PISCINE


Thomas Pynchon, Alasdair Gray, Helene DeWitt… La collection « Vice Caché », continuation de « Lot 49 » clôturée en 2019, regorge de trésors littéraires punk et sulfureux. Dans cette famille dysfonctionnelle, Jessica Anthony nous offre un drôle d’objet littéraire de 140 pages à peine, comme un épisode jubilatoire de Bartleby à la piscine. Un dimanche de novembre anormalement chaud, Kathleen, femme au foyer et incarnation de la middle class américaine des années 1950, décide d’aller piquer une tête dans sa résidence. Les minutes et les heures passant, elle refuse catégoriquement de sortir de l’eau, initiant par son geste le face à face tant attendu avec son mari. Une pépite étrange et dérangeante, le portrait d’une femme qui a choisi le nihilisme et l’absurde pour venger ses rêves sacrifiés et se réapproprier sa vie.

Nage libre de Jessica Anthony, traduit de l’anglais par Claro, éd. Le Cherche Midi, 144 p., 18 €

 

 

 

 

 

La Matinale
de Nolwenn Le Blevennec,
éd. Gallimard, 240 p., 20 €

 

TÉLÉMATIN


L’envers du décor de la télévision, ses petitesses et ses illusions, fournit ces derniers mois un terreau fertile à nos romanciers. Après le thriller effréné de Maxime Chattam – sur une prise d’otage en direct au 20 heures – et dans un tout autre registre, Nolwenn Le Blevennec raconte la chute, professionnelle et intime, de Léonore de Karadec, présentatrice-star de la première matinale télévisée française. Lassée de jouer des coudes au royaume des apparences et de naviguer en milieu hostile – surtout pour les femmes –, épuisée par le petit théâtre conjugal, rongée par le sort du monde qu’elle commente chaque matin, elle décide soudainement de tout plaquer et de trouver refuge sur l’île de Sein. Sans se douter qu’on peut toujours tomber plus loin.

La Matinale de Nolwenn Le Blevennec, éd. Gallimard, 240 p., 20 €

 

 

 

Uvaspina
de Monica Acito,
traduit de l’italien
par Laura Brignon,
éd. du Sous-Sol, 464 p., 24,50 €

UNE DESTINÉE PARTICULIÈRE


Naples, son histoire et ses croyances, la lutte des classes, l’éveil du désir et la fin de l’innocence : comment ne pas comparer le premier roman de Monica Acito avec la saga littéraire la plus acclamée de ces dernières années, L’Amie prodigieuse d’Elena Ferrante. Mais la jeune écrivaine de 32 ans est le fruit de l’ère du temps et pousse les potards à fond pour embrasser une littérature sans concession. Avec une poésie trash où la cruauté dispute à la tendresse, elle bâtit une chronique familiale fantasque et violente. Essoré par une mère pétrie de mysticisme, blessé par un père, caricature du riche notaire, qui ne supporte pas son homosexualité, terrifié par une sœur possédée par d’étranges démons, le jeune Uvaspina ne sait pas comment exister. Et le drame d’une passion contrariée va finir de l’achever.

Uvaspina de Monica Acito, traduit de l’italien par Laura Brignon, éd. du Sous-Sol, 464 p., 24,50 €

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