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RÉSISTANCE
Conclusion d’un diptyque dont le premier tome a été porté à l’écran par Cédric Jimenez (film en salles en octobre), Zem commence là où nous a laissé Chien 51. Dans un futur proche, une ville rongée par les pluies acides et une chaleur d’enfer. Une société où ultracapitalisme et tout technologique se sont alliés, sous la houlette de l’impitoyable multinationale GoldTex. Zem Sparak, un policier déclassé, exilé de sa Grèce natale, est devenu garde du corps d’une huile du système. Rongé par une sourde colère, avide de se réapproprier son histoire et son nom, il tombe nez à nez avec une affaire qui pourrait bien attiser les braises de la rébellion. Quand grande littérature rime avec anticipation.

HISTOIRE DE FAMILLE
Raconter « plus tant mes amis et mes amours que mes parents et mes enfants, l’enfant que j’ai moi-même été ». Cinq ans après le raté Yoga, autofiction sursaturée de « moi », Emmanuel Carrère bâtit le château de sa mère, Hélène Carrère d’Encausse, historienne renommée de la Russie, première femme secrétaire perpétuelle de l’Académie française, née apatride à Paris en 1929 d’un père philosophe géorgien fusillé pour collaboration et d’une mère issue de la noblesse russe, obligée de fuir la révolution bolchévique. Une fresque familiale époustouflante, immergée dans le chaos du xxe siècle. Le portrait bourré d’amour et d’admiration d’une grande intellectuelle de notre temps, entre prophéties et aveuglements.

LA FIGURE DU PÈRE
Après la déflagration Tu t’appelais Maria Schneider (2018), consacrée à sa cousine, actrice du Dernier Tango à Paris, abusée par la folie créatrice de Bernardo Bertolucci et de l’ogre Marlon Brando, Vanessa Schneider s’attaque à une autre icone familiale, complexe et tourmentée : son père, Michel Schneider. Qui se cache derrière l’imposant haut-fonctionnaire, derrière la grande figure littéraire ? Avec la juste distance, celle de la grand-reporter mais aussi la tendresse, la fougue, parfois la colère de la romancière qui dévoile une part de sa propre vie, elle reconstitue le puzzle d’une existence symbolisant à elle seule une génération d’hommes furieusement libres, des jouisseurs qui furent aussi des modèles destructeurs.

À LA RECHERCHE DE CHRISTINE PAWLOWSKA
Après Adrien Bosc qui, dans L’Invention de Tristan, partait sur les traces du romancier américain Tristan Egolf, auteur maudit du Seigneur des porcheries, qui s’est donné la mort en 2005 à seulement 33 ans et Johanne Rigoulot qui, dans La Vie continuée de Nelly Arcan, vengeait l’héroïne suicidée de son adolescence, l’autrice québécoise du sulfureux Putain (2001), c’est au tour de Pierre Boisson, journaliste à qui l’on doit l’enquête à succès du magazine Society sur Xavier Dupont de Ligonnès, de ressusciter un météore littéraire : Christine Pawlowska, autrice d’un seul livre sidérant, Écarlate, écrit en 1974 alors qu’elle était adolescente. Un roman-enquête frénétique sur les traces d’une virtuose, versant noir de Françoise Sagan.

JEU DANGEREUX
Nouvelle venue dans l’édition, Les Léonides s’offre un lancement en grande pompe. Avec Marie Charrel, qui confirme son statut d’écrivaine majeur mais surtout avec l’éclosion définitive d’un nouveau talent, Pauline Gonthier. Son second roman rassemble tous les démons de notre époque et passe notre société à la paille de fer. Parthenia comme ce monde virtuel participatif où chacun déverse ses fantasmes et ses angoisses pour bâtir une société idéale. C’est dans les tréfonds de ce jeu en ligne que vont se croiser Baptiste, un ado solitaire et torturé, qui venge sa rupture sur les forums masculinistes et Léa, lesbienne, fille d’immigrés mais nouveau visage de ces extrêmes décomplexés qui exploitent la détresse pour faire triompher leurs idées.

À LA RECHERCHE DE CHRISTINE PAWLOWSKA
Anna, 26 ans, n’a pas respecté la promesse faite à sa colocataire Simone, 75 ans, quelques jours avant sa mort. De confession juive, elle souhaitait être enterrée en Israël. Hantée par cette trahison, elle décide alors de remonter le fil de l’existence de cette vielle dame qui dissimulait bien des secrets et dont l’histoire résume à elle seule les tensions à l’œuvre dans la région. De 1955 à aujourd’hui, entre Jérusalem et Ramallah, Marie Semelin, journaliste au Moyen-Orient pour Radio France et le quotidien belge Le Soir, ébranle les certitudes et nous touche en plein cœur avec un portrait croisé de femmes, empli d’humanité. Un pari risqué transformé en l’un des meilleurs premiers romans de la rentrée. L. D.

La littérature pense de Marc Guillaume, éd. Descartes & Cie. 96 p.,12 €
LIRE POUR VIVRE
Et si face à la numérisation du monde, accentuée par le développement de l’intelligence artificielle, nous retrouvions les goût de lire, de nous évader, d’accepter une « transformation silencieuse » ? Dans ce livre, Marc Guillaume convoque nombre d’auteurs – de Bataille à Calvino en passant par Balzac, Proust et Ferrante pour ne citer que quelques-uns – pour clamer son amour de la littérature, qui permet d’explorer les modalités de ce qu’on appelle vivre. Ce petit ouvrage, qui évoque la tension entre l’auteur et ses personnages et la tension que ressent le lecteur, devrait convaincre tous ceux qui aiment être dérangés par l’écrit. W. E.