Bastille en accès libre jusqu’au vendredi 9 octobre, midi. S’abonner pour continuer à lire →
Aller au contenu
N° 26 · mars 2024 · Bastille Café

À la page en mars

par Léonard Desbrières et Hugo Lafont 25 février 2024 4 min de lecture

Paranormal

Après David Grann en septembre, c’est à une autre fine plume du New Yorker, Sam Knight, de nous offrir une enquête littéraire à couper le souffle, le roman d’une histoire vraie à dormir debout. Le Britannique retrace l’incroyable destinée du Bureau des prémonitions, un groupe d’investigation paranormale, créé par le psychiatre John Baxter suite à la catastrophe minière d’Aberfan en 1966, une unité chargée de récolter les rêves et visions de personnes possédant un don : celui de prédire les drames à venir. Moqué, incapable du moindre résultat, le Bureau continue contre vents et marées. Jusqu’au jour où le créateur est dépassé par le pouvoir de sa création.  L. D.

Le Bureau des prémonitions de Sam Knight, traduit de l’anglais par Paul-Simon Bouffartigue, éd. Sonatine, 256 p., 21 €

 

Firmament 

Aucune joie ici ne se gâche ni ne s’épuise. La vie là gronde de ses épanchements et de ses embrasements. Le Ciel ouvert, c’est de prime abord l’alliage des poèmes écrits par Nicolas Mathieu sur Instagram, racontant l’amour, l’attente et l’absence. Les trois grands A du cœur passionné. Mais c’est bien plus encore. Dans ce recueil parsemé des dessins couleur incendie d’Aline Zalko, les deux artistes narrent nos existences plurielles, où attendent de se révéler les révoltes et les suffocations. C’est de notre cœur à tous qu’ils parlent. De ce firmament crevé d’où s’écoulent nos rêves inassouvis, nos regrets et nos espoirs secrets. De l’humanité, en somme.   H. L.

Le Ciel ouvert de Nicolas Mathieu, dessins d’Aline Zalko, éd. Actes Sud, 128 p., 18,50 €

 

Techno révolution

Le sultanat de Brunei s’apprête à vivre un coup d’État d’un nouveau genre. Ce n’est pas un homme, un parti ou une junte qui va prendre le pouvoir mais une start-up californienne disposant d’une technologie révolutionnaire. Petite-fille d’un célèbre mercenaire, jeune femme intrépide au caractère bien trempé, Flora se retrouve au cœur de l’action. Avec D’or et de jungle, Jean-Christophe Rufin nous rappelle qu’il est l’un des seigneurs du roman d’aventure, capable de transformer la moindre épopée en grande fresque humaniste qui capture les enjeux de notre temps.  L. D.

D’or et de jungle de J.C. Rufin, éd. Calmann-Levy, 400 p., 22,50 €

 

La rue se lève

Vivre est un métier que peinent à exercer les invisibles. Dans ce premier roman coup de poing, Max de Paz rappelle le luxe insouciant et la chance oubliée d’avoir un toit, quatre murs autour de soi et des carottes pour le dîner. Par un portrait sans fard de ceux que, trop souvent, l’on se refuse à voir, La Manche est un cri de révolte aussi douloureux que nécessaire, porté par une écriture d’une justesse assourdissante d’où sourdent des revendications muettes. Et Paris qui toujours ignore sa misère, et les hommes, leurs confrères… La rue finira bien par réclamer son dû.   H. L.

La Manche de Max de Paz, éd.Gallimard, 128 p., 16 € 

 

Tribulations tragiques

Il faut avoir un sacré culot et une bonne dose de talent pour proposer une réécriture contemporaine, transposée dans les Appalaches, du roman le plus personnel d’un géant de la littérature anglaise : David Copperfield de Charles Dickens. Ça tombe bien, Barbara Kingsolver a les deux. Au cœur d’un territoire sauvage, ravagé par la misère et la crise des opioïdes, elle met en scène Demon Copperhead, un jeune garçon né sous une mauvaise étoile, fils d’une mère toxicomane et d’un père disparu. De services sociaux en familles d’accueil, d’espoirs en désillusions, se dévoile la furieuse odyssée d’un gamin qui survit à la seule force de son instinct, comme tant de laissés pour compte du rêve américain.   L. D.

On m’appelle Demon Copperhead de Barbara Kingsolver, traduit de l’anglais par Martine Aubert éd. Albin Michel, 624 p., 23,90 €

 

Un dernier vers

L’amour ne sera pas essentiel aux larmes… Le temps d’une ultime valse parée du silence que dénude la beauté, le poète, disparu fin 2022, nous fait éprouver dans Le Murmure l’architecture vibrante et éternelle de son âme volatile, partie rejoindre le tout bleu des cieux qu’il aimait tant. Qu’il ait su une dernière fois soutirer au poids du trépas sa légèreté incomprise finit d’annihiler nos possibles désespoirs. Christian Bobin aura finalement accompli la plus grande mission du poète : rendre à la vie son indicible miracle. « Aucune voix aimée ne disparaît », écrit-il enfin. Non, aucune, Christian, et encore moins la vôtre.  H. L.

Le Murmure de Christian Bobin, éd. Gallimard, 144 p., 17 €



L’infolettre de Bastille Magazine

Pour ne rien manquer de nos actualités.

Confirmation par e-mail, désinscription en un clic, aucune revente d'adresse.