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N° 19 · juillet-août 2023 · Bastille Café

Hello Submarine

par Nicolas Roux-Chaykine 27 juin 2023 3 min de lecture

Et si on plongeait ? 20 000 lieues sous les mers, promis, mais avant ça, dans le noir. Le noir le plus total, le noir, décor nécessaire à la magie. Celui qu’on trouve quand on ferme les yeux pour mieux rêver. Ici, miracle du théâtre, on peut les garder ouverts et se souvenir, émerveillé, que cet art est fait pour ça : nous aider à nous échapper.

On connaît tous, plus ou moins bien, l’histoire du capitaine Nemo et de son Nautilus nés de l’imagination fertile de Jules Verne. On se souvient des monstres marins qui hantent cette aventure. Soit parce qu’on a lu le livre, paru en 1870, soit parce qu’on a vu le film de 1954. Alors tous ceux qui n’ont pas encore vu cette pièce doivent se demander comment on peut retrouver ces sensations au théâtre. On les comprend, mais surtout on les rassure : tout est là.

Le spectacle a été pensé par un duo, Christian Hecq et Valérie Lesort. Lui est acteur et metteur en scène, elle est metteuse en scène et plasticienne. Ensemble, ils ont imaginé le dispositif qui rend cette adaptation non seulement possible, mais aussi, et c’est encore mieux, poétique et réussie. Il s’agit donc d’un mélange de comédiens de chair et d’os et de marionnettes aussi sophistiquées qu’artisanales. Et, dans le noir le plus total, la féérique faune marine, colorée, spectaculaire, tout droit sortie d’un film d’animation, se met à flotter dans la salle avec une agilité fragile, aquatique et surprenante.

Dans le fameux submersible, le Nautilus, on retrouve donc l’iconique capitaine Nemo, pirate du fond des mers, écologiste avant l’heure, colérique et misanthrope, qui veut sauver et venger « les sauvages » qu’il appelle aussi « les naturels ». Et autour de lui, trois compagnons forcés, trois prisonniers. Le professeur Aronnax, Conseil, son fidèle domestique, et Ned Land, le harponneur avec qui ils ont tenté de faire la peau au narval géant qui sème la terreur sur toutes les mers du globe. À bord du sous-marin, ils vont faire en une heure et demie, record battu, le tour du monde pour découvrir la beauté de ce qu’ils détruisent avec tant d’obstination.

Le résultat est à la fois drôle, ro–
cam–bolesque et poétique. Ça relève en même temps du tour de force, tant on passe son temps à se demander comment c’est possible, et de la fluidité d’une balade peinard sur la mare aux canards, tant on prend du plaisir à la contemplation ébahie de cet ovni. C’est interprété avec intelligence par des comédiens qui s’amusent. C’est porté par une voix off envoûtante. Et… ça fait déjà quelques années que ça dure.

Le voyage a commencé en 2015, date à laquelle le spectacle a été créé au Vieux-Colombier. Il a reçu, l’année d’après, le Molière de la création visuelle. Puis, victime de son succès, il a beaucoup tourné et il mouille maintenant, depuis le mois de mai, sur les planches de la Porte Saint-Martin, à Paris, qui ouvre régulièrement ses écoutilles bienveillantes à des créations publiques. Et ça cartonne. Ce n’est d’ailleurs pas le plus petit des plaisirs de constater que le public vient régulièrement se prendre dans ces filets audacieux.

Quand il parlait de cette pièce, Éric Ruf, administrateur général de la Comédie-Française, qui a aussi participé à l’élaboration du décor, disait qu’elle convenait à tous les publics mais qu’il était quand même conseillé de venir avec son âme d’enfant. C’est peut-être la recommandation la plus utile que l’on puisse adresser aux adultes qui accompagneront des plus jeunes découvrir cette féérie. Les marmots qui vont découvrir le théâtre avec ce 20 000 Lieues sous les mers ne sont pas près de s’arrêter de nager. Les adultes qui retrouveront le goût simple de ce qui les a fait aimer le théâtre n’ont pas fini de sourire. Alors, on plonge ? 

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