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N° 42 · juillet-août 2026 · Livres

« J’aime les livres très littéraires mais où on se divertit »

propos recueillis par Marine Brugier-Dutournier 5 juillet 2026 3 min de lecture

Avec Shéhérazade et la 602e nuit, Sophie Fontanel nous en dit plus sur qui était cette mythique héroïne qui continue d’habiter nos esprits et dont, en réalité, on ne sait pas grand-chose après avoir lu les Mille et Une Nuits. Sophie, très vite, nous rassure, elle a vraiment lu entièrement ce livre que sa tante Anahide avait essayé de lui faire lire en italien quand elle était jeune… Elle montre la force des grands classiques, ceux qui nous habitent sans qu’on en ait conscience. Ceux qui traversent le temps sans prendre une ride. Alors on embarque pour Venise, on croise trois générations de femmes, on s’immerge dans la langue très poétique de Sophie. Shéhérazade invente des histoires pour préserver les autres femmes de la brutalité de cet homme qui tue chaque matin l’amante qu’il a eue la veille. Narratrice brillante, au travers d’histoires plus rocambolesques les unes que les autres, elle tente d’apprendre à cet homme la douceur. En cela, elle rejoint Sophie qui a fait de la douceur sa capitale. Puis, Anahide ouvre ce livre avec cette page de dictionnaire en arménien qui énumère les synonymes de « sublime ». J’en vole quelques-uns pour vous inviter à lire ce livre : sublime, qui élève et d’une haute stature.

 

 

 

 

Manhattan Transfer de John Dos Passos
« Parce que ça va d’un personnage à l’autre, d’un destin à l’autre, d’une période à l’autre, parfois dans une même page, et jamais l’émotion ne se perd. On s’attache à toutes ces vies. La ville de New York les broie ou les fait naître et il y a une telle humanité dans ce roman… tout le monde a essayé d’imiter ce principe d’écriture. Et pour cause ! C’est devenu un classique car il y a un avant et un après ce roman. »

 

 

 

 

 

 

Les Contemplations de Victor Hugo.
« Ces poèmes écrits après la perte de sa fille, morte noyée avec son mari dans un accident de barque, sont comme un cœur mis à nu, vulnérable et encore plus attendri que d’habitude. Hugo jouait avec ses enfants à quatre pattes, comme eux. Et ce livre est plein d’enfance. Je connais quelques poèmes par cœur. Enfin, presque. C’est là où je vais quand le monde est trop absurde et violent. Me coller contre Hugo. »

 

 

 

 

 

 

Mort sur le Nil d’Agatha Christie
« Je cite ce roman mais je pourrais citer tout Agatha Christie. J’aime retourner dans cette époque, il y a une élégance absolument partout et un niveau d’écriture trop souvent traité avec condescendance. J’aime qu’Agatha Christie ait inventé le personnage d’Hercule Poirot. Il est un chef-d’œuvre à lui tout seul. Agatha Christie le voulait ridicule, mais ce personnage ne s’est pas laissé faire et il est tout simplement génial. »

 

 

 

 

 

 

Le Lion de Joseph Kessel
« Je l’ai lu à l’âge adulte. Et, à l’âge adulte, soudain, on voit le drame se nouer. C’est l’histoire d’une petite fille qui apprivoise un lion, au Kenya. Leur fusion est totale. Mais le drame, c’est que cette union de câlins et de jeux n’est pas viable. Un lion reste un lion. Et une petite fille n’a pas suffisamment de maturité pour comprendre le monde. Alors, il se passe quelque chose. De terrible. Tout cela observé par le narrateur. Merveille. »

 

 

 

 

 

 

 

Cent ans de Solitude de Gabriel García Márquez
« J’ai lu ce pavé il y a plus de vingt ans, et je ne pouvais pas le lâcher, envoûtée par la langue. Par la poésie, par le lyrisme. Pourtant, l’autre jour, quelqu’un m’a demandé de quoi ça parlait, et je n’ai pas su quoi répondre. Parfois, un immense livre est un flux de mots et de phrases et d’images (un homme suivi par des papillons, par exemple) et l’histoire compte peu. Le feu est là, et nous hypnotise. »

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