« Le grondement des pas »
À l’ombre de l’orme
je lisais Rilke
une odeur de pluie passée
ne suffisait pas
à rompre l’horizon
les mots vacillaient
au-delà des années
je ne cherchais pas d’autres mains
mais la tienne proche
sans cesse proche
et tachée d’une encre
que je reconnais
comme lorsque tu me regardes
et que cède la distance
en un rien de temps
il y a assez de raisons de vivre
On entend le grondement
la tempête des années
se rapproche
avec le vol interrompu d’oiseaux
la fatigue de nos rêves
comme une blessure inguérissable
la saison à laquelle on renonce
Des corps flottent
à la dérive comme
cassent nos espoirs
branches légères
après l’incendie
on arrête d’avancer
la bête que rien n’effarouche
trouble nos pas
On lèche les ossements de l’histoire
il n’y a pas de mot simple
dans la bouche de l’orage pas
de repentir on avale les sacrifices
épuise l’amour invente
une pluie de poussières
qui remodèle la route
et ses lents brouillards
La branche casse lourde
se détache du monde
jamais tu n’as été
jamais ne seras
nuit creusant son lit
de souvenirs et le ciel
plus loin que toujours
le cœur où nous entrons
la terre où l’ombre
et toujours
l’éclaircie des pas