La richesse de cette décennie flamboyante réside dans la diversité et la rapidité d’apparition des mouvements artistiques. Ils se télescopent, s’hybrident sans se remplacer. Au fil de mes recherches, j’ai été frappé par la densité des liens qui unissent les artistes majeurs de la modernité. Bien plus que de simples contemporains, beaucoup se sont réellement connus, fréquentés, parfois influencés de façon décisive. Certains ont été élèves dans les mêmes ateliers, d’autres ont voyagé ensemble, ou encore exposé côte à côte dans les Salons parisiens. Ce tissu relationnel, fait d’amitiés, de rivalités créatrices et d’admirations réciproques permet d’entrer dans une véritable généalogie de la modernité. On ne va pas s’attarder sur Monet, dont l’influence sur le postimpressionnisme et ses avatars bien que « lumineuse » est déjà peu « en pointillé » en 1905 ! Plus certainement le jaillissement de la modernité coule de trois sources Cézanne, Gauguin et Van Gogh/Toulouse-Lautrec, ces deux derniers ayant eu des réseaux d’influence très proches. Prenons l’exemple du groupe issu de l’atelier Moreau : Camoin, Manguin, Friesz, Puy, Rouault et Valtat, tous fascinés par Cézanne, se rendent ensemble à Aix pour rencontrer le maître, copier ses œuvres et s’imprégner de sa vision. De même, les cubistes français Gleizes, Metzinger, Lhote ou La Fresnaye se rassemblent au sein du groupe de Puteaux, partagent débats, écrits théoriques, expositions, et affirment leur filiation à Cézanne. Autour de Gauguin se constitue un réseau international : les Nabis comme Sérusier, Denis, Ranson ou Vallotton, mais aussi les peintres de PontAven tels Moret, Boch ou Émile Bernard, se…



