Le peintre et graveur qui se réfère à la tradition symbolique est, sans doute plus que d’autres, conscient de ce que les mots ont d’insuffisant pour décrire nos réalités physique et psychologique. Gilles Alfera a un parcours particulièrement dense. S’il a milité, au début des années 1960, dans le mouvement Socialisme ou barbarie, c’est la découverte de l’œuvre de René Guénon (1886-1951) qui va profondément marquer sa peinture. Cet auteur a consacré son œuvre abondante à dévoiler les arcanes symboliques des grandes traditions – christianisme, hindouisme et islam notamment. Il a écrit en particulier La Crise du monde moderne (1927) et Le Règne de la quantité et les signes des temps, où il montre que l’Occident, ayant perdu l’intelligence spirituelle de sa Tradition, se distingue profondément de toutes les autres formes traditionnelles. Loin d’être prisonnier d’une forme de passéisme, et grâce à l’enseignement de René Guénon, Alfera comprend son époque – c’est-à-dire, dit-il, « les raisons qui la mènent » – et peut dès lors s’y insérer pour y participer avec sa vocation de peintre. C’est l’approche ésotérique de Guénon qui intéresse Gilles Alfera : il va puiser son inspiration dans les arts sacrés et dans un compagnonnage artistique avec les poésies mystiques. Il étudie de longue date les symboles, et René Guénon, ici encore, va être son guide par un autre ouvrage qui lui est indispensable pour travailler : Symboles fondamentaux de la science sacrée. L’artiste précise que « quand il s’agit de “symboles” et de “science sacrée”, nous sommes loin, très loin, des…

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Gilles Alfera, perpétuer les symboles
Par Paul Dozier



