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Oser le bonheur

Par Bertrand Vergely

Le bonheur est-il encore possible ? Dans notre monde dominé par le pragmatisme, il lui est reproché sa naïveté, son imprudence et son inactualité. Or, sa quête est plus nécessaire que jamais.

L’Antiquité, avec Épicure, a fait du bonheur et de sa quête le fondement de la sagesse. Il a vu en lui un progrès pour l’intelligence. La modernité, avec Nietzsche, a fait du tragique le fondement de la sagesse. Il a vu dans le bonheur une décadence pour l’intelligence. Épicure et Nietzsche paraissent se contredire. Ils poursuivent un même but. Le bonheur est sage parce qu’il apprend à voir le divin en soi et non à l’extérieur. Le tragique est sage parce qu’il apprend à ne pas avoir besoin d’être heureux pour vivre. Vivre suffit. Il est sage de voir le divin en soi et non à l’extérieur. Il est sage de voir le bonheur dans la vie et non la vie dans le bonheur. Être intérieur à soi comme Épicure, être intérieur à la vie comme Nietzsche : dans tous les cas, il s’agit d’être intérieur. Sages leçons d’intériorité. On n’en finit pas de l’apprendre. La question du bonheur ne se limite pas toutefois à cette discussion.

Aujourd’hui, notre rapport au bonheur n’est pas de nous demander s’il est sage ou pas, mais s’il est possible. Cela signifie deux choses. D’abord, cela veut dire interroger le bonheur. Est-il possible ? Il n’est pas sûr qu’il le soit. Ensuite, cela veut dire interroger la possibilité. On croit qu’il s’agit d’une question pertinente. Est-ce si sûr ?

Nous vivons dans un monde dominé par le pragmatisme. On croit intelligent de se demander à propos de tout si cela est possible. Le possible doit-il décider de tout ? La vie est-elle heureuse parce qu’elle est possible ? N’est-elle pas heureuse parce qu’elle est heureuse ? On pense sage de douter du bonheur et de faire confiance à la faisabilité. Et si c’était dans le bonheur qu’il faille avoir confiance et de la faisabilité dont il faille douter ?

Les esprits pragmatiques de notre époque, qui doutent du bonheur, lui reprochent trois choses : sa naïveté, son imprudence et son inactualité.

Le bonheur est une idée naïve, souligne toute une tradition de pensée. Façon policée de dire que le bonheur n’est pas une idée intelligente.

Le temps passe, les hommes meurent et le monde est dur. En croyant au bonheur, n’a-t-on pas tendance à l’oublier. ? L’illusion n’étant jamais heureuse, l’idée du bonheur n’est-elle pas faussement heureuse ?

Dans ce monde rien ne dure. Comme l’enseigne le Bouddha, tout est impermanent. Le sage l’accepte et renonce à ses rêves. L’irresponsable le refuse et s’accroche à eux. L’homme n’est pas le maître du temps qui passe. C’est le temps qui passe qui est son maître. Quand ce ne sont pas les sages qui le disent, ce sont les poètes.

Comme le dit un proverbe venu de loin :

Tout passe, tout casse, tout lasse

 

Comme le chante Rutebeuf au Moyen Âge :

Que sont mes amis devenus

Que j’avais de si près tenus […]

Le vent je crois les a ôtés

Ce sont amis que le vent emporte

Il ventait devant ma porte

 

Plus près de nous, on pense à Lamartine :

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d’ivresse,

Où l’amour à longs flots nous verse le bonheur,

S’envolent loin de nous de la même vitesse

Que les jours de malheur ?

 

On pense à Apollinaire :

Les jours s’en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines,

Ni le temps passé

Ni les amours reviennent

Sous le pont Mirabeau coule la Seine.

 

On pense à Léo Ferré :

Avec le temps, va, tout s’en va. […]

Avec le temps tout s’évanouit.

 

Il n’y a pas que temps. Il y a la mort. « Un type comme moi, ça ne devrait jamais mourir », a dit un jour une star du rock. Naïveté touchante. Orgueil derrière elle. Ce sont les dieux qui ne meurent pas. Ils sont immortels. Les hommes meurent. Ils sont mortels. Attention à ne pas se tromper en voulant ce qui est fait pour les dieux et non pour nous. En pratiquant une telle confusion, on se condamne à la folie et, avec elle, au tragique.

Enfin, il y a la dureté du monde. Implacable elle aussi, comme le temps et comme la mort. Pour parler de bonheur, il faut qu’il y ait un lien entre le bonheur dont on parle et le monde. Il faut que le monde soit sinon heureux du moins qu’il ne soit pas outrageusement malheureux. Quand tel n’est pas le cas, à moins d’être totalement irresponsable, en parler est impossible.

Il est naïf de croire au bonheur. Il est aussi imprudent d’en faire la valeur. Autre façon policée de dire que le bonheur n’est pas une idée sage.

Quand on rêve de bonheur en attendant qu’il arrive, toujours déçu, on se fait souffrir. On fait aussi souffrir. Le désir d’éternité est une passion dangereuse, rappelle Ferdinand Alquié. Othello, qui ne veut pas que son amour lui échappe, le tue. Il y a quelques années, un jeune couple a sauté d’un 6e étage, main dans la main. Ils étaient amoureux. Ils pensaient que la société allait leur voler leur amour. Pour être sûrs de le préserver, ils ont préféré mourir. En politique, la quête du bonheur est encore plus folle. Le ­totalitarisme s’est nourri du rêve des lendemains qui chantent. Le bien rend aveugle. Quand on le poursuit, on se croit tout permis. Puisque l’on sert le bien, le mal que l’on fait en son nom n’est pas un mal. Il ne peut pas l’être. Avec le bonheur, il en va de même. Puisque l’on va rendre le monde heureux, on a le droit d’être violent. Cette violence n’en est pas une.

Enfin, il importe de s’interroger. Le bonheur concerne-t-il encore notre temps ? Il a été la grande idée du xviiie siècle. L’est-il encore ?

On se souvient de Saint-Just disant que le bonheur est une idée neuve en Europe. Il faut se remettre dans le contexte.

En 1789, le monde étant encore marqué par la religion chrétienne, il n’était pas question de bonheur mais de paradis, et ce dernier n’était pas sur terre mais dans le ciel, pas pour maintenant mais pour plus tard. Soudain, coup de tonnerre. Tout change. On ne parle plus de paradis, mais de bonheur. Il est sur terre et non plus dans le ciel, pour maintenant et non pour plus tard. On comprend alors que cela ait surpris à l’époque en paraissant neuf. Mais, aujourd’hui, est-ce le cas ?

On ne rêve plus au bonheur comme on en rêvait. Le pragmatisme en est la cause. Voulant le bonheur sur terre et non dans le ciel avec le paradis, il s’est efforcé de le réaliser. Cette réalisation a tourné et tourne encore au désastre. Deux choses font peur à notre monde épris de bonheur concret : le tragique et la mort. Aussi fait-il tout pour les éliminer. Pratiquement, cela donne la bêtise d’un monde qui à force de vouloir éliminer le tragique sombre dans le tragique de l’absence de tragique. En 1941, Henry Miller écrit. Le Cauchemar climatisé pour décrire le cauchemar d’une société où tout est aseptisé. En 1964, Herbert Marcuse écrit L’Homme unidimensionnel. Quant à la question de la mort, l’agitation du transhumanisme pour y mettre fin par un homme augmenté est bien plus porteuse de mort que ne l’est la mort elle-même.

Le bonheur est impossible, nous disent les objections au bonheur. Rien de plus normal. Celles-ci pratiquent une confusion. Elles ne voient pas qu’il est un état intérieur et non un état du monde. Cette confusion s’explique. Au lieu de se demander ce que l’on peut faire pour soi, on se demande ce que le monde peut faire pour nous. Quand on voit qu’il ne peut rien faire parce que c’est à nous et non à lui de faire, déçu, amer, en colère, on déclare qu’il n’existe pas. Derrière ce rejet, ce sont les dieux et pas simplement le monde qui sont condamnés. Si le monde ne peut rien faire pour nous, c’est qu’il est mal fait. S’il est mal fait, c’est que les dieux sont mauvais. Ils ont mal fait leur travail. Ils ont mal créé le monde. D’où la sagesse des stoïciens.

Si le monde était si mal fait que cela, il ne pourrait pas exister. Or, il existe. Signe qu’il y a en lui une qualité plus forte que ses défauts. Cette qualité est palpable. S’il y a l’existence, il y a le fait qu’elle existe. Ce fait est beau. Il témoigne d’un don premier. Avant même que l’on fasse quelque chose de l’existence, celle-ci est bonne. La sagesse s’en souvient. C’est la raison pour laquelle elle demeure heureuse et sereine. « La vie est belle », écrit Etty Hillesum alors qu’elle est dans un camp de concentration. La barbarie qui va contre la vie n’est pas plus forte que la vie. L’humanité tient à travers ses souffrances parce qu’elle le sait dans l’intime d’elle-même. Comme il le raconte dans son Journal de la félicité, Nicolae Steinhartd, intellectuel roumain sous le communisme, en a fait l’expérience. Alors qu’il était dans un camp pour sa défense de la liberté, il n’a pas pour autant cessé de se sentir vivant et, par là même, libre.

La confusion du bonheur avec l’état du monde va de pair avec sa réduction à sa faisabilité. Il semble juste de penser que, pour qu’une chose soit bonne, il faut qu’elle soit faisable. En quoi on se trompe. Quantité de choses sont bonnes sans être faisables. Quantité de choses faisables ne sont pas bonnes. Certes, il faut se féliciter que certaines choses soient bonnes et faisables. Comme il faut se féliciter que certaines choses soient faisables et bonnes. Il n’en demeure pas moins que le faisable n’est pas un critère.

Faisons tout dépendre de lui. On va droit à l’échec. Quand on attend que le faisable décide de la valeur d’une chose, on n’attend pas que nous fassions quelque chose. On attend que le faisable le fasse. Au lieu d’être dans l’action, on est dans le possible. Il s’agit là d’une façon magique de penser. En apparence, le faisable donne l’impression de ne pas croire au miracle. En réalité, il l’attend. C’est le faisable qui va décider. Étant le possible du possible, il va être le faisable avant même que quoi que ce soit ait été fait. Cette attitude qui pense ne pas rêver rêve. Elle veut qu’avant de faire, tout soit déjà fait. La réalité que c’est l’action qui fait, non le faisable.

Dans l’histoire de l’humanité, si on avait attendu que le monde soit idéal pour agir, on n’aurait rien fait et rien n’aurait été fait. Tout ce qui s’est fait a pu se faire parce que l’on n’a pas attendu. On a fait. C’est ce qui a été idéal et qui l’est encore. Quand Spinoza explique qu’une chose est belle parce qu’on la désire et non qu’elle est désirable parce qu’elle est belle, c’est ce qu’il veut dire. La beauté se vit. C’est ce qui fait qu’elle est belle. Incarnant l’harmonie de la vie avec elle-­même, son harmonie est toujours belle. Étant la vie même dans la pleine jouissance d’elle-même, elle est la joie même. D’où le lien entre la joie et le bonheur. Le bonheur étant l’unité de tout avec tout quand tout tombe juste, à la bonne heure, la joie l’inspire comme il inspire la joie. Existant grâce aux âmes joyeuses, il existe grâce aux âmes légères qui savent le vivre heureusement sans s’en soucier ni s’en inquiéter. On est heureux parce que l’on est joyeusement heureux et non tristement heureux. Le sens se fait en se faisant, écrit Bergson. Le bonheur se fait en sachant cultiver les occasions heureuses et en composant avec elles. Il se fait en improvisant. D’où son art. Certes, il faut prévoir. Mais prévoir ne veut pas dire tout prévoir. Qui le peut ? L’imprévisible existe. Prévoir consiste non pas à l’éliminer, mais à l’intégrer. Ainsi, prévoyant qu’on ne peut pas tout prévoir, on reste attentif. Restant attentif, on est toujours prêt à voir, ce qui est la meilleure façon de prévoir. La conséquence métaphysique en est majeure.

La pensée critique explique qu’avant de penser Dieu, l’âme et la liberté, il serait bon de savoir si on peut les penser. On pense parce que l’on pense. On ne pense pas parce qu’on se demande si on peut penser ce que l’on pense. Quand pour penser Dieu, l’âme et la liberté, on se demande si on peut les penser, c’est qu’on les a déjà pensés. On a déjà pensé qu’on ne peut pas les penser. Sinon, on ne se poserait pas la question. Aussi, pensons Dieu, l’âme et la liberté. Ne nous demandons pas si nous pouvons les penser.

Avec l’amour, il en va de même. On aime parce que l’on aime. On n’aime pas parce que l’on se demande si l’on peut aimer. Quand on aime en se demandant si on le peut, on n’aime pas. On se sent aimé, quand on sent que l’autre aime parce qu’il aime et non parce qu’il peut aimer. L’amour est l’amour vrai parce qu’il est la condition de l’amour et non parce que ls possibilité est sa condition.

Il est certes heureux de découvrir que l’on peut être aimé. Toutefois, cette possibilité est heureuse parce qu’elle n’est pas une simple possibilité. On pensait ne pas pouvoir être aimé. Soudain, on découvre qu’on peut l’être. L’amour est devenu possible pour nous parce que l’on est devenu possible pour lui. Cela s’appelle la promesse. Quand on est face à la vie et qu’il nous faut choisir entre tel et tel possible, on est dans le probable. Quand c’est la vie qui nous choisit en faisant de nous son possible, on n’est plus dans le probable mais dans la promesse. On était promis à rien. On est promis à la vie parce que la vie nous a choisis.

Avec le bonheur, il en va comme avec l’amour et la pensée. On est heureux quand on l’est parce qu’on l’est et non parce qu’on peut l’être. Dans Propos d’un Normand, Alain l’explique fort bien. « Comme la fraise a goût de fraise, la vie a goût de bonheur. Elle n’est pas heureuse pour ceci ou pour cela. Elle est heureuse parce qu’elle est heureuse. » Nous sommes liés à l’infini. Celui-ci s’exprime par le fait inouï de l’existence. C’est ainsi. Il y a quelque chose d’immense dans le fait de vivre. Ce fait relève de l’infini. Il est si riche, si beau, si réjouissant, si délectable qu’on ne s’en lasse pas.

On pense mal le bonheur. Sans que l’on s’en rende compte, on est dévoré par la tristesse et la morosité.

Il est facile de faire grise mine, d’être maussade, mal embouché, de mauvaise humeur, de triste humeur, d’exécrable humeur. Tous les jours nous rencontrons cette affreuse mauvaise humeur qui pourrit tout. Aussi est-il remarquable d’avoir affaire à des hommes et des femmes heureux parce qu’ils ont décidé de l’être.

Il existe un conformisme de la tristesse et de la colère. Il est né au xixe siècle, avec le nihilisme. À l’époque, on pensait qu’il ne durerait qu’une saison. Plus d’un siècle après, il est devenu l’idéologie officielle du monde occidental. Cette domination s’explique. On croit que la tristesse rend profond et la colère, intelligent. On n’imagine pas cela du bonheur. On ne veut pas l’imaginer. Pourtant rien n’est plus profond ni plus intelligent que la puissance de vie. Tous les jours, partout, dans le silence, celle-ci agit avec une prodigieuse créativité. Ainsi, sans que l’on s’en rende compte, le monde est constamment sauvé. Notre époque peine à le reconnaître. Elle manque de gratitude. Elle n’a pas appris à dire merci. Elle n’apprend pas à le dire.

Sous la forme de la divine surprise et de l’inattendu, le miracle existe. Il y a des moments dans la vie où tout est à l’unisson. Tout tombe juste. Tout est à la bonne heure. D’où le terme de bona hora. On ne sait pas pourquoi, mais tout marche. Tout s’accorde. Regardez bien ce moment. Il ne reviendra pas de sitôt.

Autre miracle, partout et tout le temps, on trouve les invisibles. Ce sont les hommes et les femmes responsables et parfaits dans leur genre qui font que le monde peut tourner. S’il y a les importuns, il y a les opportuns. Partout et tout le temps, on trouve des occasions, des opportunités, ce que les Anciens appelaient des kaïros, des ouvertures inattendues. Tous les jours et partout, il y a des choses qui se font. Il y a des hommes et des femmes qui font.

En 2000, Pascal Bruckner a écrit L’Euphorie perpétuelle, livre dans lequel il fustige le devoir de bonheur de notre époque. À l’idée très chrétienne qu’il faut souffrir pour réparer ses péchés et ainsi mériter le salut dans l’au-delà, notre modernité oppose l’épanouissement par le plaisir comme salut. La culture européenne est passée d’un extrême à un autre, du fanatisme de la souffrance – ou algophilie – au fanatisme du plaisir – ou algophobie. Pascal Bruckner a raison toutefois, en rejetant tout devoir, on fait une erreur.

Certes, il y a un devoir de bonheur qui est aussi peu excitant que le devoir conjugal et on ne va pas le regretter. En revanche, il y a des moments où le devoir est libérateur. Nous avons tous vu certains films et lu certains livres parce qu’on nous a pressés. Quand on a vu et aimé tel film et tel livre, on n’a pas regretté d’avoir entendu « Il faut. » Cela vaut pour la joie, l’émerveillement et le bonheur. Heureusement que l’on nous presse de nous réjouir, de nous émerveiller et d’être heureux.

La vie nous presse de nous réjouir. Elle nous presse pour cela d’être nous-mêmes. Les deux choses vont ensemble. En 1937, Ray Ventura a connu un immense succès en chantant Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? En 1982, Coline Serreau en a fait un film. À cette question, il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais qu’une réponse : « Toi ! C’est toi que l’on attend. »

Voltaire l’a dit. Woody Allen aussi. Toute une tradition de pensée heureuse l’a dit. Le bonheur est vivant et il se vit dans la liberté. « J’ai décidé d’être heureux. C’est bon pour la santé », a dit Voltaire. « Si vous ne décidez pas d’être heureux, vous ne le serez jamais », a-t-il encore dit. « Si, quand j’étais heureux, j’avais su combien j’étais heureux, qu’est-ce que j’aurais été heureux », a dit Woody Allen. Voltaire et Woody Allen disent la même chose. Nous avons besoin de bonheur. La vie a besoin de bonheur. En retour, le bonheur a besoin que l’on vive. La vie a besoin que l’on vive. Quand le bonheur existe, on existe. Quand on existe, le bonheur existe. D’où la réponse à la question : le bonheur est-il possible ? Quand nous devenons possibles pour nous-mêmes, tout devient possible à commencer par le bonheur. C’est ce que Mère Teresa suggère quand elle écrit :

 

La vie est précieuse. Prends en soin.

La vie est une promesse. Tiens-la.

La vie est un hymne. Chante-le.

La vie est un combat. Accepte-le.

La vie est une aventure. Ose-la.

La vie est un bonheur. Mérite-le.

 

Bertrand Vergely est un philosophe et essayiste français, professeur de philosophie. Il travaille notamment sur le bonheur et la foi. Il est l’auteur d’une quarantaine de livres, dont, en 2019, Notre vie a un sens ! Une sagesse contre le pessimisme ambiant (éd. Albin Michel) et, en 2024, Main basse sur la pensée. Les Grandes arnaques, (éd. Salvator)....

Le bonheur est-il encore possible ? Dans notre monde dominé par le pragmatisme, il lui est reproché sa naïveté, son imprudence et son inactualité. Or, sa quête est plus nécessaire que jamais. L’Antiquité, avec Épicure, a fait du bonheur et de sa quête le fondement de la sagesse. Il a vu en lui un progrès pour l’intelligence. La modernité, avec Nietzsche, a fait du tragique le fondement de la sagesse. Il a vu dans le bonheur une décadence pour l’intelligence. Épicure et Nietzsche paraissent se contredire. Ils poursuivent un même but. Le bonheur est sage parce qu’il apprend à voir le divin en soi et non à l’extérieur. Le tragique est sage parce qu’il apprend à ne pas avoir besoin d’être heureux pour vivre. Vivre suffit. Il est sage de voir le divin en soi et non à l’extérieur. Il est sage de voir le bonheur dans la vie et non la vie dans le bonheur. Être intérieur à soi comme Épicure, être intérieur à la vie comme Nietzsche : dans tous les cas, il s’agit d’être intérieur. Sages leçons d’intériorité. On n’en finit pas de l’apprendre. La question du bonheur ne se limite pas toutefois à cette discussion. Aujourd’hui, notre rapport au bonheur n’est pas de nous demander s’il est sage ou pas, mais s’il est possible. Cela signifie deux choses. D’abord, cela veut dire interroger le bonheur. Est-il possible ? Il n’est pas sûr qu’il le soit. Ensuite, cela veut dire interroger la possibilité. On croit qu’il s’agit d’une question pertinente.…

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