Ce sont mes voix qui chantent
pour qu’ils ne chantent pas, eux,
les muselés grisement à l’aube,
les vêtus d’un oiseau désolé sous la pluie.
Il y a, dans l’attente,
une rumeur de lilas qui se brise.
Et il y a, quand vient le jour,
un morcellement du soleil en petits soleils noirs.
Et quand c’est la nuit, toujours,
une tribu de mots mutilés
cherche asile dans ma gorge,
pour qu’ils ne chantent pas, eux,
les funestes, les maîtres du silence.
À Cristina Campo
Alejandra Pizarnik (1936-1972) est née en Argentine dans une famille juive tout juste émigrée de Galicie. Elle se vit sans-patrie, exilée. À moins qu’il existe une patrie passionnelle où elle côtoie Rimbaud, Kafka, Pierre Jean Jouve, Artaud, Sade et d’autres compagnons d’intranquillité. Au cœur de sa vie comme de sa poésie, la question dévorante : « Que vais-je faire de la peur ? » On ne referme pas les livres d’Alejandra Pizarnik, on commence avec eux un chemin imprévisible vers ce feu nommé vérité – cette vérité qui souffle : « Je suis et je ne suis pas au monde ».
Œuvres d’Alejandra Pizarnik, traduction de Jacques Ancet, Ypsilon éditeur, 2022....
Ce sont mes voix qui chantent pour qu’ils ne chantent pas, eux, les muselés grisement à l’aube, les vêtus d’un oiseau désolé sous la pluie. Il y a, dans l’attente, une rumeur de lilas qui se brise. Et il y a, quand vient le jour, un morcellement du soleil en petits soleils noirs. Et quand c’est la nuit, toujours, une tribu de mots mutilés cherche asile dans ma gorge, pour qu’ils ne chantent pas, eux, les funestes, les maîtres du silence. À Cristina Campo Alejandra Pizarnik (1936-1972) est née en Argentine dans une famille juive tout juste émigrée de Galicie. Elle se vit sans-patrie, exilée. À moins qu’il existe une patrie passionnelle où elle côtoie Rimbaud, Kafka, Pierre Jean Jouve, Artaud, Sade et d’autres compagnons d’intranquillité. Au cœur de sa vie comme de sa poésie, la question dévorante : « Que vais-je faire de la peur ? » On ne referme pas les livres d’Alejandra Pizarnik, on commence avec eux un chemin imprévisible vers ce feu nommé vérité – cette vérité qui souffle : « Je suis et je ne suis pas au monde ». Œuvres d’Alejandra Pizarnik, traduction de Jacques Ancet, Ypsilon éditeur, 2022.