Le train Z8991 pour Lhassa part de Xining à 22 heures, de la voie 1. Il faut montrer son permis d’entrée pour le Tibet pour embarquer. Dans la file d’attente, quelques Chinois, beaucoup de Tibétains en costume traditionnel, et aucun touriste. Le trajet est long (vingt heures !), les étrangers – qui courent après le temps comme une drogue – préfèrent l’avion.
À bord, on reconnaît les travailleurs aux mains rugueuses et à la peau tannée par le soleil, les enfants qui retournent visiter leur famille, les jeunes couples qui reviennent d’un voyage de noces, les nappes violettes dans le wagon restaurant surmontées par d’immenses banderoles rouges dont les idéogrammes vantent la politique publique de répression des crimes sexuels, les voyageurs sans place garantie qui dorment devant les portes de descente sur un balluchon improvisé, les passagers assis sur les strapontins dans le couloir en moquette plus pour recharger leurs téléphones portables sur les prises électriques que pour regarder le paysage, les enfants qui font la queue au distributeur d’eau chaude puis dévorent avec goulument leur soupe instantanée sur la petite table centrale de leur compartiment « six places »…
Un générateur d’oxygène se met en route périodiquement pour pressuriser l’habitacle (étanche) du train quand on dépasse les 3 500 mètres d’altitude. La cheffe de wagon tient à disposition des voyageurs indisposés par le mal des montagnes une petite bouteille d’oxygène d’appoint et un masque d’inhalation. Dehors, à cette hauteur, les animaux se font rares, et les paysages sont désolés : lacs, montagnes, landes désertes.
À l’arrivée à Lhassa, une carte immense de la Chine accueille le voyageur. On y voit la voie ferrée serpenter entre les sommets enneigés jusqu’au plus profond de l’Himalaya. Prodige technique indéniable, et geste géopolitique incontestable : les grands empires modernes se sont bâtis avec les trains.
Le train longe les eaux cristallines (et salées) du lac Namtso, un haut lieu du bouddhisme tibétain.
À l’embarquement, sur le quai de Xining, deux contrôleurs chinois vérifient les permis spéciaux d’entrée dans la « Région autonome du Tibet ».
Les soft sleepers sont des cabines de quatre couchettes. Au niveau de la tête, un robinet d’oxygène est à la disposition des voyageurs sujets au mal des montagnes.
Dans le wagon restaurant, plats chinois traditionnels et himalayens cohabitent facilement. On mange à la main ou avec des baguettes sous les slogans du Parti communiste chinois.
Golmud, Tuotuohe, Amdo, Nagchu... Les gares se suivent, les paysages défilent à des hauteurs vertigineuses, tel ce glacier niché à 5 072 mètres d’altitude, la « zone de la mort ».
Certains voyageurs dorment à même le sol, entre deux wagons, la tête calée sur leur sac à dos.
D’autres passent des heures sur les strapontins du couloir à regarder le paysage défiler, guetter les yacks et les gazelles du Tibet, pendant que leur téléphone portable est en charge.
Le soir, on dîne de nouilles instantanées chinoises (min, en cantonais) et de légumes très pimentés.
Le midi, on dévore des fruits frais achetés sur le quai lors d’un bref arrêt, quelques gâteaux de Lune, et on s’hydrate abondamment. Dehors, la température est proche de zéro.
Le train arrive à Lhassa en fin d’après-midi, sous une pluie battante de neige fondue. Sur l’escalator, les voyageurs parlent presque tous tibétain... avec une carte d’identité chinoise....
Le train Z8991 pour Lhassa part de Xining à 22 heures, de la voie 1. Il faut montrer son permis d’entrée pour le Tibet pour embarquer. Dans la file d’attente, quelques Chinois, beaucoup de Tibétains en costume traditionnel, et aucun touriste. Le trajet est long (vingt heures !), les étrangers – qui courent après le temps comme une drogue – préfèrent l’avion. À bord, on reconnaît les travailleurs aux mains rugueuses et à la peau tannée par le soleil, les enfants qui retournent visiter leur famille, les jeunes couples qui reviennent d’un voyage de noces, les nappes violettes dans le wagon restaurant surmontées par d’immenses banderoles rouges dont les idéogrammes vantent la politique publique de répression des crimes sexuels, les voyageurs sans place garantie qui dorment devant les portes de descente sur un balluchon improvisé, les passagers assis sur les strapontins dans le couloir en moquette plus pour recharger leurs téléphones portables sur les prises électriques que pour regarder le paysage, les enfants qui font la queue au distributeur d’eau chaude puis dévorent avec goulument leur soupe instantanée sur la petite table centrale de leur compartiment « six places »… Un générateur d’oxygène se met en route périodiquement pour pressuriser l’habitacle (étanche) du train quand on dépasse les 3 500 mètres d’altitude. La cheffe de wagon tient à disposition des voyageurs indisposés par le mal des montagnes une petite bouteille d’oxygène d’appoint et un masque d’inhalation. Dehors, à cette hauteur, les animaux se font rares, et les paysages sont désolés : lacs, montagnes, landes désertes.…