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Le devoir de partager

Par Ylias Akbaraly

Un chef d’entreprise doit-il se soucier du bien-être de la population ? Un patron, né dans l’un des pays les plus pauvres du monde, explique comment on peut agir.
Je ne sais pas si beaucoup de chefs d’entreprise s’intéressent au bonheur des autres et je ne prétends pas avoir de recette universelle du bonheur. Je ne peux pas non plus m’exprimer au nom de tous les dirigeants. Je partage simplement ce que mon parcours, avec ses réussites mais aussi ses épreuves, m’a appris au fil du temps. Il me semble que, parfois, la pression de la réussite peut nous éloigner de l’essentiel : l’impact que nous avons sur les autres.

Pour ma part, je m’intéresse au bonheur parce que mon parcours m’a donné la possibilité, et surtout la responsabilité, d’essayer de partager davantage avec les autres. Quand on partage, on ressent de la sérénité, du bonheur. Quand on fait preuve de bienveillance avec ses collaborateurs, avec ceux qui nous entourent, cela apporte une grande paix. Tel est l’objectif : réussir dans les affaires, mais sans mettre la totalité de la masse monétaire produite sur son compte bancaire. Il est primordial de partager, par exemple en créant une fondation en faveur de la santé, de l’éducation, ou d’une autre cause. Mais l’éducation est centrale : on ne peut que constater que les pays qui ont le plus de problèmes sont aussi ceux où la population n’est pas ou pas assez éduquée.

Il me semble qu’un dirigeant devrait, autant que possible, s’interroger : que puis-je rendre à la communauté qui m’a aussi permis de grandir ? Parce que, quand on voit le résultat de ses actions à moyen et long terme, on se dit qu’au moins on sert la communauté. Personnellement, je crois que c’est la question la plus importante pour un patron, un chef d’entreprise, comme pour un dirigeant politique : qu’est-ce que je peux apporter à ma communauté pour que les gens vivent mieux, soient heureux ?

Le bonheur individuel doit être compatible avec le bonheur collectif. Bien sûr, un dirigeant doit bien gérer son entreprise pour générer des profits. Mais, sur un résultat de 100, je pense qu’un tiers doit aller à la communauté, un tiers reste à l’investissement et un tiers va en réserve afin de rémunérer les actionnaires, familiaux et autres.

Est-ce une approche politique ? Dans certains pays, notamment lorsque l’État fait face à de nombreuses contraintes, les entreprises peuvent venir en appui, sans prétendre se substituer à lui. Dans le cas de mon pays, Madagascar, il est important que les chefs d’entreprise soutiennent l’État afin d’aider la population. Si les patrons se disent : « Nous payons des taxes, c’est à l’État de se débrouiller », nous faisons face à un problème très grave. Car payer des contributions ne doit pas nous empêcher de faire plus pour la communauté. Cette approche a du sens dans un pays extrêmement pauvre comme le mien – et c’est là où j’agis – mais aussi dans les pays développés. Les grandes multinationales des pays riches doivent agir globalement.

Certains chefs d’entreprise disent que, compte tenu des destructions d’emplois induites par l’intelligence artificielle, il faut instaurer un revenu universel. Je suis favorable à l’IA, qui va créer des emplois et aussi en détruire. Mais le revenu universel est-il pour autant la solution ? Je ne sais pas. Devons-nous mettre dans une situation de dépendance une partie de la population mondiale ? Je ne crois pas que ce soit la solution, car la dépendance entraîne la perte de la dignité, la perte d’honneur. Il faut donc réfléchir à une autre formule pour voir comment apporter notre appui à ceux qui vont perdre leur emploi.

Ce n’est pas parce que j’ai réussi que je suis plus intelligent que les autres. Peut-être était-ce mon destin. Peut-être ai-je eu plus de chance que les autres. De la même manière, ce n’est pas parce que d’autres n’ont pas réussi qu’ils sont stupides. Tout est question d’opportunité, d’accompagnement. Ainsi, si nous avons réussi, nous avons le devoir d’aider ceux qui n’ont pas eu autant de chance. Réduire la pauvreté à un manque de volonté individuelle, c’est un prétexte pour ne rien faire.

Faut-il taxer les plus riches ? Je suis favorable à une distribution équitable. L’accumulation de la fortune est une chose, mais je n’en vois pas l’intérêt. Je suis parfois surpris de voir que certains dirigeants, qui sont extrêmement fortunés et gagnent beaucoup avec des placements financiers, refusent toute idée de contribution afin de partager et de contribuer ainsi à apporter plus de bien-être à une population qui n’a pas les moyens. Ce n’est pas mon optique, ma vision de la vie. Je considère que nous n’avons pas le droit d’agir ainsi quand on vit dans des conditions très favorables et qu’on est témoin de la souffrance de certaines personnes dans le monde.

En améliorant la vie de ceux qui en ont le plus besoin, nous pouvons contribuer à ce qu’ils soient heureux et s’ils le sont, nous le serons aussi. Peut-être que le bonheur commence là. Dans le sentiment d’avoir été utile, même modestement.

Y Croire d’Ylias Akbaraly, éd. Fayard 200 p., 20 €

Parti de rien, Ylias Akbaraly est aujourd’hui à la tête de Redland, une holding présente sur trois continents. Figurant parmi les plus grandes fortunes d’Afrique, il prône un entrepreneuriat éthique alliant réussite, responsabilité et quête de sens.

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Un chef d’entreprise doit-il se soucier du bien-être de la population ? Un patron, né dans l’un des pays les plus pauvres du monde, explique comment on peut agir. Je ne sais pas si beaucoup de chefs d’entreprise s’intéressent au bonheur des autres et je ne prétends pas avoir de recette universelle du bonheur. Je ne peux pas non plus m’exprimer au nom de tous les dirigeants. Je partage simplement ce que mon parcours, avec ses réussites mais aussi ses épreuves, m’a appris au fil du temps. Il me semble que, parfois, la pression de la réussite peut nous éloigner de l’essentiel : l’impact que nous avons sur les autres. Pour ma part, je m’intéresse au bonheur parce que mon parcours m’a donné la possibilité, et surtout la responsabilité, d’essayer de partager davantage avec les autres. Quand on partage, on ressent de la sérénité, du bonheur. Quand on fait preuve de bienveillance avec ses collaborateurs, avec ceux qui nous entourent, cela apporte une grande paix. Tel est l’objectif : réussir dans les affaires, mais sans mettre la totalité de la masse monétaire produite sur son compte bancaire. Il est primordial de partager, par exemple en créant une fondation en faveur de la santé, de l’éducation, ou d’une autre cause. Mais l’éducation est centrale : on ne peut que constater que les pays qui ont le plus de problèmes sont aussi ceux où la population n’est pas ou pas assez éduquée. Il me semble qu’un dirigeant devrait, autant que possible, s’interroger : que puis-je rendre à…

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