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Littérature

Laure Adler écrit et crie Femme, vie, liberté

Par Chloé Elbaz

La journaliste et essayiste érige un front littéraire dans Femmes d’exception. Elle y livre le destin de huit figures féministes, et une neuvième se révèle ici.

Elle aime rappeler que sa vie a commencé dans le mouvement, par un déplacement entre les continents. « Je suis née à Caen, dans le Calvados », raconte Laure Adler, mais ce lieu n’est qu’un prologue. Trois semaines après sa naissance, un bateau l’emmène en Guinée et, plus tard, en Côte d’Ivoire. Ce n’est qu’à 17 ans qu’elle « connaît la France », et de cette itinérance elle garde un doux souvenir.
À l’école, rien de la discipline docile, « j’étais une mauvaise élève, très impertinente, imprudente, curieuse… virée assez souvent ». Elle travaille peu, par bravade, là où l’effort lui semblait presque un aveu de conformité. Puis, soudain, la bascule. « Mon premier amoureux m’a offert un livre : L’Écume des jours, de Boris Vian… à partir de là, ma vie a changé. Et c’est quand j’ai rencontré la lecture que j’ai compris, assez tardivement, que travailler dans le cadre scolaire pouvait vous épanouir. » Boris Vian agit comme une flèche, il ouvre sa cible et la laisse agonisante de savoir.
La musique, à cette époque, est sa seconde péninsule. « Je vivais dans et par la musique » : Beatles, Rolling Stones, Hardy, Vartan, Barbara, la bande-son d’une élaboration. La suite se construit sur une exigence héritée de son père, « il nous a toujours appris à ne jamais dépendre d’un homme ». Un père féministe, un milieu éveillé et privilégié, un moment historique, celui de l’entrée au MLF, des études de philosophie et d’histoire menées au milieu de professeurs passionnés par l’effervescence des luttes féministes. « Je baignais dans un milieu d’engagement et de valeurs humanistes », se souvient-elle. Ce climat mi-intello, mi-­révolutionnaire nourrit la jeune femme, qui se tournera vers la radio.
Laure Adler y entre « par la petite porte », gravit les échelons jusqu’à devenir directrice de France Culture. Ici, l’admiration cède la place à une violence nue, « caricatures tous les jours, insultes quotidiennes, tentative de viol dans ma voiture, syndicats qui voulaient ma peau ». Au tribunal elle gagne « un franc symbolique », dont elle dira aujourd’hui qu’il agit comme « un message pour les autres femmes ».
« La vengeance et le ressentiment ne font pas avancer », insiste-t-elle. Alors elle écrit, transmet, éclaire, plutôt que de se complaire dans ces sentiments négatifs. Et c’est dans cette veine qu’elle publie Femmes d’exception, aux éditions Grasset, un livre né de ses podcasts sur France Inter. Huit figures de femmes y surgissent, Laure Adler en fait des arches, des phares pour les jeunes générations, « il faut leur faire comprendre qu’il y a des héroïnes dans lesquelles se reconnaître… pour leur donner du courage, de l’espoir ».
Car, pour elle, le paysage littéraire actuel est une respiration, « les femmes ont pris le pouvoir… je les trouve remarquables ». Cet essor n’est pas une mode mais un « espace de liberté inédit, vital ». « Il faut des moyens politiques et juridiques, en faire plus que ce qu’Emmanuel Macron a demandé, en faire une cause nationale. Et surtout inscrire les femmes d’exception dans les manuels, dès le plus jeune âge. » Et peut-être gagnerons-nous l’égalité lorsque l’on cessera de différencier les femmes des hommes, en les reconnaissant comme des égaux au-delà du genre et des constructions patriarcales

Femmes d’exception de Laure Adler, éd. Grasset, coédition avec France Inter, 224 p., 20,90 €


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