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Guillaume Apollinaire, Le flâneur des deux rives

Par Véronique Delacroix

Apatride, naturalisé français en 1916, Romain de naissance, Polonais de nom, voyageur européen, Apollinaire s’installe à Paris en 1900.
Ce n’est pas en auteur de poèmes, de lettres enflammées, de contes érotiques, explorant des formes littéraires nouvelles mais en arpenteur des rues de la capitale qu’Apolinaire raconte ses émotions, ses rencontres et ravive ses souvenirs en une forme de réalité « rêvée » avant les bouleversements d’un nouveau siècle. Jean Cocteau et Blaise Cendrars rassemblent et enrichissent de parties inédites ses chroniques initialement parues au Mercure de France pour une publication posthume en 1919 du Flâneur des deux rives aux éditions de la Sirène.

« Les hommes ne se séparent de rien sans regret, et même les lieux, les choses et les gens qui les rendirent les plus malheureux, ils ne les abandonnent point sans douleur. C’est ainsi qu’en 1912, je ne vous quittai pas sans amertume, lointain Auteuil, quartier charmant de mes grandes tristesses. Je n’y devais revenir qu’en l’an 1916 pour être trépané à la Villa Molière. »

Amoureux de Paris, zigzagant dans sa vie comme dans ses vers, Guillaume Apollinaire s’inspire de la capitale et de son esprit, mêlant le réel et l’imaginaire, de l’autobiographie aux observations les plus fines pour capturer l’essence des lieux et des personnages. Arpenteur des rues, doucement nostalgique et un peu amer face à la disparition de certaines atmosphères, il crée pour ce récit une forme de beauté mélancolique pleine de charme.

Ainsi Auteuil accueille Guillaume adolescent, avant d’explorer l’autre côté de la ville, la librairie de M. Lehec, rue Saint-André-des-Arts, puis le 1, rue Bourbon-le-Château où un crime fut commis jusqu’à la rue de Buci et ses Noëls en passant par le « Napo » sur les boulevards, repère littéraire avant la Première Guerre où l’on croisait Ernest La Jeunesse jusqu’aux quais et aux bibliothèques parisiennes pour ensuite pousser vers le couvent de la rue de Douai où fut imprimé, par Paul Birault, en 1909, le premier livre d’Apollinaire, L’Enchanteur pourrissant, illustré par André Derain et aussi la préface d’un catalogue de peinture, en 1908, celui de la première exposition de Georges Braque. Pour ensuite filer manger au bouillon Michel Pons poète et restaurateur, rue des Moulins, découvrir un musée napoléonien inconnu 14, rue de Passy et terminer dans la cave de M. Vollard 8, rue Lafitte où se réunissait jusqu’en 1908, Forain, Alfred Jarry, Odilon Redon, Maurice Denis, Maurice de Vlaminck, José-Maria Sert, Vuillard, Bonnard, Aristide Maillol, Picasso, Derain, etc.

De ces pérégrinations s’exhale un doux parfum de nostalgie tempéré par les vapeurs de la modernité qui avance à grand pas, bouleversant jusqu’aux souvenirs.

Cette ultime flânerie parisienne connaîtra de nombreuses rééditions illustrées ou non. Une revue d’études apollinariennes portant le titre de l’ouvrage paraîtra de mars 1954 à décembre 1955, hommage au poète qui capta l’esprit d’un Paris aujourd’hui disparu. ...

Apatride, naturalisé français en 1916, Romain de naissance, Polonais de nom, voyageur européen, Apollinaire s’installe à Paris en 1900. Ce n’est pas en auteur de poèmes, de lettres enflammées, de contes érotiques, explorant des formes littéraires nouvelles mais en arpenteur des rues de la capitale qu’Apolinaire raconte ses émotions, ses rencontres et ravive ses souvenirs en une forme de réalité « rêvée » avant les bouleversements d’un nouveau siècle. Jean Cocteau et Blaise Cendrars rassemblent et enrichissent de parties inédites ses chroniques initialement parues au Mercure de France pour une publication posthume en 1919 du Flâneur des deux rives aux éditions de la Sirène. « Les hommes ne se séparent de rien sans regret, et même les lieux, les choses et les gens qui les rendirent les plus malheureux, ils ne les abandonnent point sans douleur. C’est ainsi qu’en 1912, je ne vous quittai pas sans amertume, lointain Auteuil, quartier charmant de mes grandes tristesses. Je n’y devais revenir qu’en l’an 1916 pour être trépané à la Villa Molière. » Amoureux de Paris, zigzagant dans sa vie comme dans ses vers, Guillaume Apollinaire s’inspire de la capitale et de son esprit, mêlant le réel et l’imaginaire, de l’autobiographie aux observations les plus fines pour capturer l’essence des lieux et des personnages. Arpenteur des rues, doucement nostalgique et un peu amer face à la disparition de certaines atmosphères, il crée pour ce récit une forme de beauté mélancolique pleine de charme. Ainsi Auteuil accueille Guillaume adolescent, avant d’explorer l’autre côté de…

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