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Marc Crépon

“La paix se travaille et s’entretient”

Propos recueillis par William Emmanuel

Le monde est secoué de conflits d’envergure déclenchés par des dirigeants qui prétendent favoriser la paix. Mais qu’est-ce que la paix ?
Rarement un dirigeant politique aura autant désorienté ses interlocuteurs : officiellement hostile à l’interventionnisme des États-Unis dans les conflits extérieurs et se présentant comme un « faiseur de paix », Donald Trump multiplie les interventions militaires unilatérales depuis son retour à la Maison-Blanche, début 2025. Ceux qui font la guerre ne cessent de parler de la paix. Comment expliquer cette ironie ? Marc Crépon, qui a dirigé le département de philosophie de l’École normale supérieure (ENS) et qui est directeur de recherche au CNRS, se penche sur la question de la violence depuis longtemps en étudiant les atrocités et les totalitarismes du xxe siècle. Dans son œuvre littéraire abondante, on peut signaler La Philosophie face à la violence, avec Frédéric Worms (éd. des Équateurs, 2015) et L’Épreuve de la haine. Essai sur le refus de la violence (éd. Odile Jacob, 2016). Son dernier ouvrage, Régressions. Des temps sombres à venir, vient de paraître chez Verdier. Il était donc particulièrement intéressant d’avoir cet entretien avec cet observateur engagé des soubresauts de notre monde, sur les fondements de la paix.

La première question que l’on a envie de poser à un philosophe est : comment définir la paix ?

Pour répondre à cette question, je suivrai volontiers la méthode adoptée par Kant dans son Projet de paix perpétuelle (1795), qui reste un des textes philosophiques majeurs sur la paix. Il n’a rien perdu de son actualité, dès lors qu’il commence par définir ce avec quoi la paix ne saurait être confondue, sous peine de ne faire rien d’autre que suspendre la guerre, en attendant que l’occasion se présente de la reprendre, dans des conditions plus favorables. Le philosophe prend dès lors le soin de distinguer la paix d’une simple trêve, en analysant les conditions qui permettent de la garantir. La première est que disparaissent les raisons de recommencer les hostilités, que soient réglés les différends, notamment territoriaux, mais aussi commerciaux, par des accords que les différentes parties s’engagent à respecter. Cela vaut particulièrement du tracé des frontières. Pour que ces accords restent fiables, nous dirions qu’il faut aujourd’hui que soient remplies à tout le moins trois conditions. La première est que le passif des relations anciennes, le sentiment d’une revanche à prendre sur un passé mal digéré ne viennent pas hanter le présent, faisant peser sur lui le spectre d’un ressentiment. Elle suppose qu’aucune revendication ne puisse se réclamer de l’histoire pour revendiquer une modification des frontières, la réappropriation d’un territoire, un droit de reconquête. Rappelons-nous le discours de Vladimir Poutine, il y a quatre ans, pour justifier l’invasion de l’Ukraine et sa réécriture de l’histoire. Songeons aux revendications territoriales de la Chine sur Taïwan, et à toutes ces frontières, dont le tracé n’est pas accepté par l’un ou l’autre des États qu’elles séparent. Elle exige ensuite – et c’est une condition sine qua non – que l’on puisse se fier à la parole des dirigeants pour respecter aussi bien les accords de paix que les règles du droit international, dont la fonction est d’une part de stabiliser la paix, d’autre part d’empêcher les gouvernements d’entraîner leur pays dans une guerre, selon leur bon vouloir, en n’écoutant que leur intérêt. Elle implique enfin – et ce n’est pas la condition la moins problématique – que le gouvernement d’aucun des belligérants ne se distingue par la violence qu’il exerce contre sa propre population, la terreur dans laquelle il la fait vivre, en un mot son indifférence au coût humain de sa politique. En d’autres termes, il est très difficile de faire la paix avec un État, dont la culture politique est intrinsèquement mortifère, comme c’est le cas dans la Russie de Vladimir Poutine ou la République islamique d’Iran.

Diriez-vous que la paix est positive parce qu’elle est un ordre se suffisant à lui-même par rapport auquel la guerre, qui est seconde et négative, constitue un désordre ?

Votre question a au moins deux dimensions, la première anthropologique et la seconde politique. On ne saurait soutenir tout d’abord que les hommes sont naturellement pacifiques, qu’ils ne se font la guerre que contraints et forcés, ou par accident. Comme l’a montré Freud, le plaisir-­désir de meurtre est, avec le cannibalisme et l’inceste, une pulsion fondamentale, inscrite dans la nature humaine, que tout le travail de la civilisation consiste à refouler. Lorsqu’arrive la guerre, elle reprend ses droits et il n’y a pas de limites à la destructivité qu’elle déchaîne. Si nous ne reconnaissions pas cette possibilité, nous ne comprendrions rien non seulement à la violence qu’elle libère, mais, au moins autant, à la jouissance que provoque cette libération. Voilà pourquoi la paix doit faire l’objet d’une institution. Elle l’exige à l’intérieur des frontières d’un territoire, en imposant à la population de se soumettre à des lois qui interdisent aux uns autant qu’aux autres de donner cours à leur agressivité et de s’entredétruire, au gré de leurs passions. L’acceptation et le respect de ces lois sont garants de la paix civile. Ils sont supposés nous protéger des vendettas familiales, des guerres entre des communautés de langue ou de culture différentes. Nos existences en ce sens sont tributaires d’une paix ordonnée et commandée, selon des règles dont la transgression, effectivement négative, est un facteur de désordre. L’une des grandes avancées de la civilisation au lendemain de la Seconde Guerre mondiale a consisté dans la volonté qu’un ordre de même nature soit institué entre les nations qui se substitue à la loi du plus fort et au droit des vainqueurs. Aussi fragile soit-il, aussi difficile qu’il soit de l’imposer, à défaut d’une force susceptible de le faire respecter, il eut le mérite d’édicter des règles, dont les deux axes majeurs étaient le respect de la souveraineté des États, proscrivant leur agression, et celui de la dignité humaine et des droits de l’homme, en cas de conflit. Il était censé permettre aussi de distinguer clairement l’agresseur de l’agressé, c’est-à-dire de désigner et de condamner comme tels les responsables d’une agression, introduisant par la force un désordre majeur dans l’ordre international que le respect de ses règles avait pour vocation de préserver. Si nous sommes si inquiets aujourd’hui c’est que ces règles sont contestées de toute part, y compris par les États signataires de toutes les déclarations et conventions chargées de garantir cet ordre. C’est pourquoi je trouve particulièrement suspect le discours des responsables politiques qui laissent entendre que ces institutions sont obsolètes et ces règles dépassées, ils sont prêts à « jeter le bébé avec l’eau du bain ». Si tel était le cas, comme nous le voyons ces derniers temps, sous l’impulsion du président des États-Unis, rien n’empêcherait le chaos de s’installer durablement. C’est alors que le désordre triompherait. Et nous savons ce qu’il ramène dans son sillage, avec un nihilisme et un cynisme que rien ne retient plus de s’exprimer : toutes les horreurs de la guerre, des villes dévastées et des centaines de milliers de vies détruites.

Comment interprétez-vous la formule de Spinoza selon laquelle « la paix n’est pas l’absence de guerre, c’est une vertu, un état d’esprit, une disposition à la bienveillance, à la confiance, à la justice » ?

C’est une formule extraordinaire, dont chacun des termes nous parle aujourd’hui. Dans des mots qui ne sont pas ceux de Spinoza, elle m’inspire les réflexions suivantes : s’il est vrai que la relation aux autres est fondée sur la responsabilité de l’attention, du soin et du secours qu’appellent de partout et pour tous leur vulnérabilité et leur mortalité, nous pouvons désigner sous le nom de consentement meurtrier toute transgression de ce principe. Qu’est-ce que la guerre alors ? Rien de moins que la généralisation de cette transgression à une très grande échelle. Dès lors qu’elle impose qu’on accepte la mort, celle qu’on est susceptible de donner et celle à laquelle on a le devoir de s’exposer, elle ne se contente pas seulement de relativiser et de diviser cette responsabilité, elle l’éclipse et la suspend, au regard des sacrifices qu’elle attend des combattants. À l’inverse, l’éthique se distingue par le souci que nous avons d’être, autant que possible et malgré la limite de nos facultés, à la hauteur de ce principe qui ne souffre pas d’exception. L’état d’esprit que demande la paix relève de ce souci. Et c’est en ce sens qu’elle est une vertu, dont l’entretien se manifeste dans les gestes et les paroles de bonté de bienveillance qui contredisent aussi bien notre indifférence que notre consentement à ce qui blesse, meurtrit ou détruit autrui. Qu’est-ce que la paix alors ? Une prévalence. Elle fait prévaloir la responsabilité que nous avons les uns à l’égard des autres sur toute autre considération. Nous sommes en paix quand aucun pouvoir, politique, économique, idéologique ou religieux n’est en mesure de nous contraindre à la suspendre, quelle que soit la cible de cette suspension. Et cela vaut pour tous. Pour peu que ce ne soit pas le cas, que nous fassions des exceptions, que nous nous accommodions d’une différence entre « les nôtres » et « les autres », comme la guerre le demande, nous sommes assurés d’être injustes. Aussi la justice se comprend-elle comme le refus de céder à toute fracture de la responsabilité, discriminante et meurtrière de cet ordre.

La paix suppose le consentement des parties, l’impartialité et le non-recours à la force sauf en cas de légitime défense ou en cas d’intervention validée par les institutions internationales. Comment interprétez ces deux exceptions ?

Les deux exceptions que vous présentez posent chacune un double problème. L’« état de légitime défense », tout d’abord, est une notion peu fiable, dès lors qu’elle se prête à une interprétation partiale et partisane, pour peu qu’elle soit laissée à l’appréciation des États qui s’estiment en droit de l’exercer. À supposer qu’ils arguent d’une « menace », celle par exemple d’intentions malveillantes avérées ou de la disposition d’armes de destruction massive par un « ennemi » susceptible de les utiliser contre eux, nous savons combien leur épouvantail peut faire l’objet d’une manipulation, masquant de tout autres motifs de faire la guerre. À supposer toutefois que l’invocation de la légitime défense fasse suite à une agression confirmée, la question posée est celle de la proportionnalité de la réponse apportée. Considère-t-on qu’elle donne (ou non) tous les droits ? Justifie-t-elle qu’on s’affranchisse des règles du droit international ? Justifie-t-elle le bombardement délibéré des populations civiles, la privation de soins et de nourriture, l’usage de la torture ? De la nature des réponses qu’on apporte à ces questions dépend la possibilité d’une paix effective et la sincérité (ou non) de sa recherche et de son désir. La légitime défense, en effet, peut servir de prétexte à des destructions qui n’ont d’autre objectif que de créer une situation de fait la rendant impossible : trop de destructions, trop de malheurs et de misère, trop d’injustice. Quant à la validation de l’intervention par les institutions internationales, elle dépend d’une décision du conseil de sécurité de l’ONU, ce qui, compte tenu de sa configuration, la rend ipso facto partielle et partisane. Comment croire à ces décisions, quand plusieurs de ses membres sont les premiers à ne pas respecter ces règles ?

Le concept de paix est essentiellement un concept positif, comme nous l’avons vu. Nous constatons que tous les dirigeants politiques appellent à la paix, certains réclamant même une récompense pour leurs efforts supposés en faveur de la paix, et pourtant les conflits armés se multiplient. Nous observons aussi que personne ne veut utiliser le terme de guerre, préférant « opération spéciale » chez les Russes et « excursion » chez les Américains. Comment expliquez-vous cette contradiction ?

Il n’y a pas d’usage de la force qui ne sollicite les ruses du langage pour édulcorer aussi bien son illégalité que sa violence et sa brutalité, et pour finir son injustice. George Orwell le remarquait déjà dans 1984 et Victor Klemperer dans LTI, la langue du Troisième Reich. Au pays de Big Brother, comme dans l’Allemagne de Hitler, il n’y a pas de mot, dont la signification ne puisse être pervertie. C’est ainsi que les actes traduisant le plus grand mépris de la vie, les pratiques les plus contraires au respect de la dignité humaine se trouvent idéalisés par une désignation qui leur donne un sens positif, sinon héroïque et glorieux. Il n’en résulte rien moins qu’une culture du mensonge, qui fait couple avec ces cultures de la peur et de l’ennemi caractéristiques des régimes liberticides. Le propre de la guerre est de pousser ces trois cultures à leur paroxysme. En témoigne le discours des chefs d’État, quand ils invoquent les « nobles » raisons qui les ont poussés à déclencher « une opération spéciale » ou une « excursion », pour justifier leur agression. Ce faisant, c’est aussi leur propre image qu’ils cherchent à grandir et à héroïser, à leurs propres yeux tout d’abord, à ceux des peuples qu’ils gouvernent ensuite et, pour finir, aux yeux du monde entier. Il n’est pas surprenant, dans une telle perspective, qu’ils cherchent par tous les moyens à apparaître comme des « faiseurs de paix », des « justiciers » et autres « défenseurs des peuples », réprimant tout discours qui viendrait contredire leur version officielle de l’histoire qu’ils prétendent écrire pour « le bienfait de l’humanité ».

La théorie de la paix démocratique – qui pose que les démocraties ne se font pas la guerre – est-elle encore pertinente en ce début de xxie siècle ?

On avait coutume de distinguer au début du xxie siècle les démocraties et autres États de droit de ceux qu’on désignait sous le nom d’« États voyous ». Ce qui les différenciait ne tenait pas seulement à l’arbitraire du pouvoir autoritaire, sinon dictatorial qui caractérisait les seconds, à leur ­violation systématique des droits de l’homme, mais concernait également leur mépris des règles du droit international. L’ensemble des autres, qui recoupait pour l’essentiel les démocraties, était censé se distinguer à l’inverse par un attachement à ces mêmes droits et à ces mêmes règles. Cela, en droit, excluait qu’elles se fassent la guerre. Leur respect mutuel du droit international était de nature à le garantir. La frontière était cependant poreuse et il ne manqua pas de voix (Noam Chomsky, Jacques Derrida) pour souligner que ces démocraties qui avaient tôt fait de condamner les États qu’ils jugeaient transgressifs n’étaient pas les derniers à se comporter en « voyou ». C’est peu dire que le premier quart du xxie siècle n’aura cessé de le confirmer. De ce point de vue, nous avons franchi une limite depuis la réélection aux États-Unis d’un président, Donald Trump, qui affiche ouvertement, sinon revendique, le plus souverain mépris des institutions, des règles de droit et de la cour de justice internationales, au point de vouloir y substituer son très autocratique et lucratif « Conseil de la paix », dont la plupart des membres ne sont pas reconnus pour un indéfectible attachement à la démocratie. Dès lors que le président de la première puissance mondiale considère que la démocratie n’est pas incompatible avec un exercice illimité de la souveraineté, aucun des verrous que les régimes démocratiques partageaient ne tient plus… et tout redevient possible.

On a longtemps affirmé que le commerce favorisait la paix. C’est un postulat courant en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. On a l’impression aujourd’hui que le commerce conduit à la guerre. Qu’en pensez-vous ?

Dans un chapitre célèbre (Livre XX, chapitre II) de son grand livre, De l’esprit des lois (1748), Montesquieu soulignait que « l’effet naturel du commerce est de porter à la paix. » Toutefois, soulignait-il, si cela est vrai de nation à nation, il n’en va pas de même entre les individus, pour peu qu’on considère alors que tout est monnayable. Quand « les plus petites choses que l’humanité demande s’y font ou s’y donnent pour de l’argent », on peut légitimement douter que le commerce qui en résulte favorise la paix entre les hommes. Si toutes nos relations étaient exclusivement dictées par l’intérêt commercial que nous y trouvons, la paix ne tiendrait qu’à un fil. Elle durerait tant que chacun y trouve son compte, tandis qu’elle serait menacée de se rompre à tout moment, pour peu que l’un ou l’autre s’estime lésé. La paix entre les hommes, par conséquent, en ce sens ne saurait reposer sur la seule satisfaction du commerce. Elle demande un souci des uns et des autres, dont la vertu la dépasse. Qu’en est-il maintenant si la logique, du même coup très peu pacifique, des intérêts privés contamine les relations de nation à nation ? Qu’arrive-t-il si ce n’est plus l’intérêt de la nation qui est en jeu, mais celui d’une minorité d’individus qui ne reculeront devant aucune aventure pour augmenter leur profit ? Nous le savons aujourd’hui. Loin d’avoir pour effet la paix, le commerce fait de la guerre un calcul. Il mesure ce que pourrait lui rapporter l’appropriation de ressources minières, énergétiques, le contrôle de la circulation des marchandises, l’imposition des droits de douane. Les gouvernants, leurs soutiens et leurs servants, loin de reculer devant le coup humain de la guerre, seront obnubilés par le bénéfice financier qu’ils pourraient en tirer.

Dans l’histoire de l’humanité, la paix n’est-elle donc qu’une parenthèse dans une succession de guerres ?

Je ne pense pas que la paix soit une parenthèse, mais j’ai la conviction qu’elle n’est jamais acquise, que, quand bien même le bruit des armes se serait tu, c’est une illusion dangereuse que nous imaginer être quitte de la guerre. De la paix, nous devons garder à l’esprit qu’elle est toujours perfectible. La paix, en d’autres termes, se travaille et s’entretient. Et nous disposons de deux leviers pour assurer cette double tâche. Le premier est institutionnel. Il n’y aurait rien de plus dramatique à ce jour que d’envoyer les institutions internationales, les règles de droit communes, dont s’est dotée l’humanité, et les cours de justice qu’elles ont créées, pour qu’elles soient respectées, aux oubliettes de l’histoire, sous prétexte que les premières ne sont jamais respectées et que les secondes sont partisanes. Quoi qu’il en soit de leur imperfection, nous devons faire de leur réforme, sinon de leur refonte, un horizon crédible, sachant que si nous cessions d’y croire, nous abandonnerions le monde au jeu mortifère de rapports de force et de destruction, dans lequel c’est toujours la vie qui perd. Le second levier est l’éducation. Les guerres ne seraient pas possibles, si elles ne présupposaient une incorporation de la violence qui tient aux préjugés, aux différends, aux haines, à ces façons de dire et de faire agressives, dont nous avons hérité. La paix impose leur désincorporation....

Le monde est secoué de conflits d’envergure déclenchés par des dirigeants qui prétendent favoriser la paix. Mais qu’est-ce que la paix ? Rarement un dirigeant politique aura autant désorienté ses interlocuteurs : officiellement hostile à l’interventionnisme des États-Unis dans les conflits extérieurs et se présentant comme un « faiseur de paix », Donald Trump multiplie les interventions militaires unilatérales depuis son retour à la Maison-Blanche, début 2025. Ceux qui font la guerre ne cessent de parler de la paix. Comment expliquer cette ironie ? Marc Crépon, qui a dirigé le département de philosophie de l’École normale supérieure (ENS) et qui est directeur de recherche au CNRS, se penche sur la question de la violence depuis longtemps en étudiant les atrocités et les totalitarismes du xxe siècle. Dans son œuvre littéraire abondante, on peut signaler La Philosophie face à la violence, avec Frédéric Worms (éd. des Équateurs, 2015) et L’Épreuve de la haine. Essai sur le refus de la violence (éd. Odile Jacob, 2016). Son dernier ouvrage, Régressions. Des temps sombres à venir, vient de paraître chez Verdier. Il était donc particulièrement intéressant d’avoir cet entretien avec cet observateur engagé des soubresauts de notre monde, sur les fondements de la paix. La première question que l’on a envie de poser à un philosophe est : comment définir la paix ? Pour répondre à cette question, je suivrai volontiers la méthode adoptée par Kant dans son Projet de paix perpétuelle (1795), qui reste un des textes philosophiques majeurs sur la paix. Il n’a rien perdu de son actualité,…

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