Dans un premier roman réjouissant, Aurélien Blanchard imagine la fuite éperdue d’un ex-taulard et d’une créature mystérieuse. Un ex-taulard escorte, à pied, une créature vers le domicile d’un pseudo-docteur en zoologie, mais ce compagnonnage étrange et bon enfant tourne assez vite à la fuite éperdue. Sur la base d’une idée en apparence simple, Aurélien Blanchard construit un premier roman abouti, plus complexe qu’il n’y paraît et d’une lecture réjouissante. Car la créature en question, elle, n’est pas simple. Qu’est-ce ? Tour à tour désignée comme « la chose », « la créature » ou « le tapir » car elle est dotée d’une trompe, elle est tantôt quadrupède, tantôt bipède. Docile, résignée, venue d’on ne sait où, elle change imperceptiblement d’aspect ; son visage « n’est pas stable » et le tout change donc de « classification taxonomique » au gré du temps… Cela étant, à des moments pivots du roman, elle communique avec Braque, l’ex-taulard, par une forme de transmission de pensée. Braque, pour instiller un brin de clarté dans tout ça, baptise la « créature » Victor. Le temps de la narration est indéterminé ; le lieu est à l’avenant, flouté. Ce road movie entre Ionesco et Beckett se déroule après un « grand shutdown » aux contours imprécis, dont on ne sait bien comment il est advenu : « Il n’y a pas eu de révolution, pas de catastrophe, juste un effondrement progressif où tout le monde s’est en quelque sorte replié sur soi-même, sans changer grand-chose en fait. Bien sûr, il y a eu des trucs, la fin d’Internet, les mégafeux ». Aurélien Blanchard maîtrise l’art…



