Avant Honoré de Balzac, Eugène Sue, Émile Zola et les multiples feuilletonistes du xxie siècle, Louis-Sébastien Mercier avait exploré, juste avant la Révolution, la capitale dans son Tableau de Paris.
Le Tableau de Paris offre une surprenante plongée dans le Paris de la fin du xviiie siècle traçant un portrait particulièrement vivant d’une métropole animée. En choisissant de parler non des édifices, des monuments ou des curiosités mais des mœurs publiques et particulières, des idées régnantes ou de la situation des esprits tout comme des richesses monstrueuses et du luxe scandaleux, Louis-Sébastien Mercier (1740-1814) mêle descriptions objectives et critiques acerbes des mœurs, témoignage engagé, travail d’historien et de sociologue qui s’emporte contre une société d’Ancien Régime qui va bientôt être balayée par la Révolution prochaine.
Cet emportement qu’il traduira plus tard avec son engagement révolutionnaire, il l’exprimait déjà avec la publication, en 1771, de son roman d’anticipation, L’An 2440. Rêve s’il en fut jamais, dans lequel il présentait ses idées novatrices en matière d’éducation, de morale et de politique, véritable brûlot contre le pouvoir royal aveugle devant les inégalités sociales.
C’est en 1781 que Louis-SébastienMercier commence la rédaction de son Tableau de Paris mais la police veille. Il se réfugie en Suisse, échappe à la censure royale en faisant publier à Neuchâtel cette même année les deux premiers volumes. C’est à Amsterdam, de 1782 à 1788, qu’il publie la suite de son ouvrage fleuve en plus de 1 000 chapitres et 12 volumes chroniquant sans relâche les mœurs de la ville.
La censure royale s’avérait totalement inefficace puisque les livres entraient en contrebande dans Paris et faisaient la fortune des libraires et imprimeurs étrangers ce que l’auteur dénonçait sans mesure dans les préfaces des éditions qu’il pouvait contrôler. Tableau de Paris, a rencontré dès sa première parution un réel succès néanmoins plus à l’étranger qu’à Paris même, ce qui engendra des éditions successives qui se poursuivront après la Révolution. Sans doute le reflet renvoyé par ce miroir déplaisait-il aux coteries parisiennes de l’époque car il approchait sans doute d’une vérité à cacher.
Si Tableau de Paris se présentait initialement sans illustration ou carte, ce n’était pas un accident, Louis-Sébastien Mercier considérait la peinture comme un art inférieur car elle figeait le flux toujours changeant de la vie. Néanmoins, les libraires avaient un avis différent et passèrent commande d’illustrations à Baltasar-Antoine Dunker pour agrémenter l’ouvrage. Louis-Sébastien Mercier fut particulièrement insatisfait des 96 gravures inspirées par le travail de l’artiste, et on ne peut que lui donner raison.
Arpentant sans relâche les rues et les quartiers parisiens, flâneur attentif et curieux, rencontrant de multiples habitants de toutes les strates de la société de son époque, enchaînant les descriptions et observations, s’indignant, s’emportant, critiquant les mœurs du moment, décrivant le spectacle d’un monde à son crépuscule – mais qui ne le savait pas encore –, Louis-Sébastien Mercier remarque tout, enregistre la moindre information venue à ses oreilles et propose ensuite un texte unique foisonnant. Tableau de Paris est une sorte de grand reportage un peu désordonné et terriblement vivant, un kaléidoscope mobile et complet d’une société d’Ancien Régime qui allait disparaître, un formidable et précieux témoignage sur l’effervescence d’une ville qui s’ignorait révolutionnaire mais qui n’allait pas tarder à le devenir. 
Véronique Delacroix , libraire, a créé en 2015 le site de librairie ancienne paris-libris.com consacré aux livres rares du xvie au xxe siècle, sur le thème de Paris....
Avant Honoré de Balzac, Eugène Sue, Émile Zola et les multiples feuilletonistes du xxie siècle, Louis-Sébastien Mercier avait exploré, juste avant la Révolution, la capitale dans son Tableau de Paris. Le Tableau de Paris offre une surprenante plongée dans le Paris de la fin du xviiie siècle traçant un portrait particulièrement vivant d’une métropole animée. En choisissant de parler non des édifices, des monuments ou des curiosités mais des mœurs publiques et particulières, des idées régnantes ou de la situation des esprits tout comme des richesses monstrueuses et du luxe scandaleux, Louis-Sébastien Mercier (1740-1814) mêle descriptions objectives et critiques acerbes des mœurs, témoignage engagé, travail d’historien et de sociologue qui s’emporte contre une société d’Ancien Régime qui va bientôt être balayée par la Révolution prochaine. Cet emportement qu’il traduira plus tard avec son engagement révolutionnaire, il l’exprimait déjà avec la publication, en 1771, de son roman d’anticipation, L’An 2440. Rêve s’il en fut jamais, dans lequel il présentait ses idées novatrices en matière d’éducation, de morale et de politique, véritable brûlot contre le pouvoir royal aveugle devant les inégalités sociales. C’est en 1781 que Louis-SébastienMercier commence la rédaction de son Tableau de Paris mais la police veille. Il se réfugie en Suisse, échappe à la censure royale en faisant publier à Neuchâtel cette même année les deux premiers volumes. C’est à Amsterdam, de 1782 à 1788, qu’il publie la suite de son ouvrage fleuve en plus de 1 000 chapitres et 12 volumes chroniquant sans relâche les mœurs de la ville.…